À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Société

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Jean Dussault 

Ça fait plus d’un an que la Cour d’Appel du Québec a entendu les plaidoiries contre la décision de la Cour Supérieure sur la loi 21. Ladite Cour Supérieure avait statué sur l’affaire il y a 33 mois. (1).

Le juge Blanchard avait alors conclu que le gouvernement du Québec a le droit de faire ce qu’il a fait, en l’occurrence interdire le port de signes religieux dans certains services publics. Le magistrat avait aussi conclu que des dispositions de la loi 21 vis-à-vis les commissions scolaires anglophones et les députés étaient inconstitutionnelles.

En appel, et en attendant l’appel de l’appel en Cour Suprême, le gouvernement du Québec a défendu l’ensemble de sa loi et d’autres ont contesté le droit du gouvernement provincial de déroger à la Charte canadienne des Droits.

La Cour d’Appel a aussi entendu ce que des profanes pourraient qualifier d’avocasseries.

Par ailleurs

Aux États-Unis,  le pays de la liberté individuelle, une femme s’est vue interdire le droit d’avorter le fœtus de son éventuel enfant trisomique et une autre a été poursuivie pour avoir subi une fausse couche.

Des lois dans certains États imposent amendes et/ou prison à quiconque, médecin, conjoint, belle-sœur, chérie ou amie contribue au crime immonde.

En Iran, des femmes sont emprisonnées pour avoir «mal» porté le voile ; en Afghanistan, pour avoir marché en public sans être accompagné d’un homme.

Des anecdotes ne constituent pas une preuve inattaquable. Mais quand toutes les anecdotes racontent la même histoire, elles illustrent une tendance : celle de l’oppression des femmes.

Par ici

Il y a une différence, même une opposition, entre une obligation et un droit. Si des femmes portent ici une ou l’autre version du voile musulman à cause de pressions familiales, communautaires ou religieuses, il faut les aider à se défaire de ces menottes. Sans doute une infime partie des humiliations qu’elles doivent endurer.

Si elles décident librement de le faire, elles doivent en reconnaître le sens et en assumer la signification. Elles portent ici  ce qui est un signe d’oppression générale et de  soumission personnelle dans trop de pays. Ces signes ont été inventés spécifiquement dans le but de rabaisser et de soumettre des femmes.

La perruque des femmes hassidiques est du même ordre.

Un signe, c’est un signe

Personne ne peut porter les couleurs d’une équipe et prétendre ne pas en être partisan. Le touriste québécois qui voyage avec une casquette ou un chandail arborant le fleurdelisé veut être reconnu  comme Québécois. Le spectateur qui s’est présenté à la finale de la dernière Coupe du monde à Doha avec un chandail de l’Argentine a déclaré et proclamé son allégeance.

C’est là la définition même du signe : il signifie quelque chose.

Son sens ne change pas quand il traverse une frontière.

Le service public

Personne ne se souvient de féministes ayant jadis défendu le « droit » des religieuses enseignantes d’ici de se coiffer d’une cornette ; il est même plutôt facile d’imaginer que des femmes avant-gardistes aient approuvé et même célébré la disparition de ce symbole sexiste.

Il n’y a pas eu de syndicats pour défendre le «droit» des frères enseignants de porter la soutane en classe; pas non plus de séance émouvante de pleurnichage sur le sort des religieux, frères ou prêtres enseignants qui ont troqué le col romain pour le col roulé.

Personne n’a renié sa foi en enlevant sa soutane sur son lieu de travail à ce moment-là, personne ne reniera sa foi en enlevant son voile sur son lieu de travail à ce moment-ci.

D’hier à aujourd’hui

Avec une dette énorme à l’endroit des religieuses et des religieux qui ont soigné et éduqué des générations, le Québec a choisi  dans un immense consensus d’assumer collectivement ces services essentiels à la population.

Il y a plus d’un demi-siècle.

Les dernières semaines de négociation/grève dans les services publics ont rappelé que le noble but de collectiviser des intérêts variés constitue un immense défi. C’est pour ça que les règles, les normes et les objectifs des services publics ne peuvent être déterminés que par l’instance choisie par la population pour ce faire.

En démocratie, les choix politiques collectifs relèvent des gouvernements élus. Toujours, les employés ont le droit de négocier, et de débrayer ; et toujours, la population a le droit fondamental de râler, de contester, de manifester. De voter. Et le droit démocratique de continuer à râler, contester et manifester après les élections. Et voter à nouveau au tour suivant.

C’est différent dans les églises/mosquées/synagogues/temples et autres campements d’adeptes plus ou moins sectaires.    

L’enfermement

Il faut bien sûr ne pas blâmer les femmes obligées d’étaler leur soumission dans des pays totalitaires.

Or, il n’y a pas au Québec de loi qui ordonne comment s’afficher.

Il n’y a pas plus d’ordonnance religieuse qui exige le port du voile, hijab, tchador, niqab, burqa au travail, ou d’ailleurs sur la rue. Comme le port d’une kippa que la majorité des hommes de confession juive ne porte pas, comme le port d’un turban qui n’est pas inclus dans les cinq K des préceptes sikhs. Comme aucun catholique n’est obligé de porter une croix au cou pour aller au ciel.

Le Titanic idéologique

Il n’y a pas une religion dont les ultras aient favorisé l’instruction, l’éducation, la réflexion, l’égalité, la liberté. Pas une où les fanatiques aient voulu élever la femme sur un autel, sinon pour l’y sacrifier.

À chaque fois, dans chaque pays ou banlieue où une clique du genre a pris le pouvoir, officiel ou pas, s’est installée une offensante version de « les femmes et les enfants d’abord » : ce sont d’abord les femmes qui sont enfermées, ce sont d’abord les écoles qui sont fermées par des fous du contrôle et de l’oppression.

Du pouvoir prétendu divin.

Porter ici  librement ce qui est exigé sous peine de mort ailleurs, c’est participer à l’odieuse parade d’une infecte idéologie de      répression et d’humiliation. C’est admettre, même proclamer  son assujettissement à un sexisme flagrant déguisé en religion.

La nouvelle année n’y changera rien.

La Charte des Droits non plus.

Pas plus les avocasseries.

(1) En Retrait : 08-23 et 11-22

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