À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

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Serge Truffaut

Il y a eu Mose Allison. Puis il y a eu et il y a toujours, heureusement pour nous, Ben Sidran. Le premier fut chanteur, pianiste, auteur, compositeur, accompagnateur, poète, raconteur, commentateur politique et homme de lettres très influencé par William Faulkner. Quoi d’autre ? Il était un original.

Le deuxième étant à plus d’un égard son exécuteur testamentaire, il est tout cela plus autre chose. Quoi donc ? Historien du jazz. On lui doit plusieurs livres dont des entrevues de fond avec les maîtres du genre rassemblées dans un livre intitulé Talk Jazz et qui reste un sommet du genre.

À l’instar de son aîné, Sidran a été musicien de studio. Allison avait enregistré auprès de Stan Getz, Zoot Sims, Gerry Mulligan et autres. Son benjamin a accompagné Eric Clapton, les Stones, Rickie Lee Jones, Steve Miller, Richie Cole et beaucoup d’autres.

Il y a quelques années de cela, Sidran avait signé le plus littéraire des albums dans l’histoire du jazz-blues. En hommage à Albert Camus, il avait titré ce disque Blue Camus, une de ses compositions inspirée par L’Étranger. Outre Camus, il avait composé A Is For Alligator inspirée par La Ferme des animaux de George Orwell, The King of Harlem inspirée par Poet In New York de F. Garcia Lorca, Wake Me When It’s Over inspirée par Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Aujourd’hui, il nous revient avec le plus politique de sa trentaine d’albums. Il l’a baptisé Rainmaker et a été publié comme ses précédents albums par l’étiquette Bonsai-Nardis. Bonsai est un label français, Nardis est l’étiquette fondée par Ben Sidran et son fils Leo qui est aussi son batteur-producteur.

Sur les onze morceaux proposés, cinq d’entre eux ont une tonalité politique au diapason de l’air du temps, soit quelque peu déprimant. Humanity, dont le refrain écrit en français est chanté en compagnie du guitariste Rodolphe Burger, Rainmaker, Are We There Yet, Victime de la mode et Ever Since The World Ended sont autant de déclinaisons de la vanité humaine, ici son thème de prédilection.

À ce propos, on notera que sa reprise de Ever Since The World Ended, chanson composée et enregistrée en 1987 par Mose Allison, est là pour renforcer le constat dressé par Sidran, soit la permanence de la vanité évoquée plus haut.

Comme la plupart de ses productions précédentes, Rainmaker a été réalisée en compagnie de ses fidèles collaborateurs : Leo Sidran à la batterie et Billy Peterson à la contrebasse. Auxquels se sont joints le guitariste Burger, invité régulier aux sessions du pianiste, les saxophonistes Rick Margitza et John Ellis, le trompettiste Michael Leonhart, le percussionniste Andy Narell, Olivier Ker Ourio très présent à l’harmonica et Mike Mainieri au vibraphone.

Le résultat est un parfait écho aux disques antérieurs : plein de finesse, de subtilités, séduisant en diable. On se régale de bout en bout, car Ben Sidran confirme comme si besoin était qu’il est la personnification contemporaine du cool jazz.

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