Le premier ministre Mark Carney avait répété préférer ne pas avoir d’accord que d’en conclure un mauvais. Il aura tenu parole, quitte à subir les foudres de l’intimidateur en chef Donald Trump, trop confiant de voir le Canada à ses pieds, comme tant d’autres pays. « Ce n’est pas notre choix, mais quand on est attaqué, on est en guerre », a expliqué M. Carney en fin de conférence de presse. C’était au lendemain de l’abandon des négociations avec les États-Unis, amorcées dans l’espoir de mettre fin à des tarifs américains sur l’acier, l’aluminium, le bois et les véhicules et d’éviter une nouvelle pluie de droits de douane. L’Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM) prévoit pourtant la circulation de toutes ces marchandises en franchise de douane.
Après avoir misé et perdu gros dans la filière batteries, le Québec choisit de passer son tour devant la relance du nucléaire dans laquelle le Canada entend tirer son épingle du jeu. Le rapport dévastateur de la vérificatrice générale Christine Roy à l’endroit du tandem formé des comptables François Legault et Pierre Fitzgibbon a déjà été largement commenté. Qu’il suffise d’ajouter qu’on compte moins prudemment avec l’argent des autres qu’avec le sien.
Une superpuissance énergétique, soit ! Mais sommes-nous prêts à en payer le prix ?
Le Canada dispose de tous les atouts pour atteindre ce statut. Quatrième producteur mondial de pétrole, cinquième de gaz naturel, il est aussi le deuxième producteur d’uranium, tout juste derrière le Kazakhstan. Le Canada exploite de plus des mines de charbon, destiné à la fois à la production d’électricité (la houille blanche) qu’à la production d’acier dont il est une composante essentielle.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, termine la première année de son mandat en position de force. L’ancien banquier, devenu homme politique il y a un an à peine, continue de bénéficier d’un large appui dans l’opinion publique. Il est le politicien le plus populaire au pays y compris au Québec. Certains disent qu’il marche sur les eaux. Les plus enthousiastes parlent de carneymanie. Pas beaucoup de faux pas donc. Le premier ministre a même réussi à consolider ses assises à la Chambre des communes grâce à l’adhésion de cinq transfuges sortis des rangs conservateurs et néo-démocrates. Il ratisse surtout à droite mais aussi à gauche.
Avant d’aller faire un discours surtout jugé réaliste à Davos et un autre qualifié au minimum de révisionniste à Québec, le premier ministre canadien, Mark Carney, était allé à Pékin signer un accord commercial avec la Chine. En résumé, le Canada sera plus ouvert aux autos électriques chinoises en retour d’une plus grande ouverture du marché chinois à certains produits agricoles canadiens. Ou le contraire.
La nouvelle doctrine « Donroe » ranime les velléités impérialistes de Washington sur l’ensemble du continent américain. Elle doit être prise avec le plus grand sérieux par le Canada et par le Mexique, son amigo dans le traité de libre-échange qui lie leurs deux économies à celle des États-Unis. La capture par Washington des ressources pétrolières du Venezuela menace toutefois moins le Canada et sa riche industrie pétrolière qu’une conclusion désavantageuse de la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique qui s’amorce en principe cette année. À moins que … à moins que les États-Unis choisissent d’y mettre fin, comme le permet le traité, avec à la clé une nouvelle salve de droits de douane.
Au Canada, le Québec traîne de la patte dans la régularisation de ses relations avec les Premiers peuples. Depuis la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975 avec les Cris et les Inuit et la Convention du Nord-Est québécois de 1979 avec les Naskapis, aucun traité moderne n’a été conclu avec les Premières Nations de la province, contrairement à ce qui se passe ailleurs.
Qu’ont en commun la France, les États-Unis et le Canada ? Des déficits budgétaires élevés et une dette gouvernementale brute qui augmente. Qu’est-ce qui distingue le Canada ? Un système de retraite public résilient qui lui permet d’alléger le poids de sa dette nette et de préserver sa note de crédit enviable.
La guerre commerciale que livrent les États-Unis au reste du monde met à risque un fleuron de l’industrie manufacturière canadienne. Ce n’est pas tant le bois-d’œuvre, ni l’aluminium, l’acier ou le cuivre qui risquent de pâtir, même si ces secteurs souffrent des tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump. C’est avant tout l’industrie automobile qui est menacée de panne sèche. L’abandon du rêve Northvolt par Québec ne doit pas éclipser le véritable enjeu de l’offensive américaine: concentrer davantage aux États-Unis la fabrication des véhicules qui roulent sur les routes de l’Oncle Sam.
La planète brûle. La saison des feux de forêt 2025 sera aussi inscrite dans le livre des records infernaux. Si le Québec a été relativement épargné cet été, d’autres provinces, d’ouest en est, ont été débordées par plus de 5000 incendies jusqu’à maintenant. Mêmes extrêmes en Europe où, là aussi, les ressources ne suffisent plus. On a besoin d’avions citernes, les fameux Canadair, mais nous sommes incapables de les leur fournir. Une autre histoire de génie aéronautique canadien négligé, quand ce n’est pas abandonné.

