À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

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John Coltrane et Eric Dolphy.

Serge Truffaut

Aujourd’hui c’est « craignos », comme ils disent ces temps-ci dans la fournaise marseillaise. CQFD : nous voici donc confrontés, c’est sérieux, au devoir de précaution. En d’autres mots, les plus clairs d’entre eux, nous sommes dans l’obligation de camper le rôle du garde-chiourme des consommateurs avertis. Car il y a bel et bien anguille sous roche. Financière l’anguille, c’est à retenir.

C’est bien simple, le topo est le suivant : il y a des mois de cela, par magazines interposés, l’étiquette Impulse! avait fait savoir qu’elle avait acquis des bandes enregistrées en 1961 au Village Gate, à Nueva Yorke, lors d’une prestation du quintet de John Coltrane composé à l’époque de McCoy Tyner au piano, Reggie Workman à la contrebasse, Elvin Jones à la batterie et …  Eric Dolphy à la flûte, le sax alto et la clarinette basse.

À peine la nouvelle communiquée, ce fut évidemment jours de fête. À preuve, tous les croyants de la note bleue de par le globe ont fait le tour du pâté de maisons et d’immeubles avec le vélo du facteur de Tati. On exagère?  Jamais !

Parce qu’un inédit de Coltrane qui plus est avec Dolphy, ça frappe l’amateur en plein coeur du plexus, pas le solaire mais le nerveux. Parce que (bis repetita) Coltrane c’est plus que du costaud, c’est une constellation à lui tout seul. Car il n’y a pas plus hypnotique que le jeu de John Coltrane, né le 23 septembre 1926 à Hamlet en Caroline du Nord.

On s’est empressé de faire une OPA de l’objet en pré-vente (28 $ sans les taxes et les frais de livraison). Puis on a attendu. Puis on l’a reçu. Puis on l’a écouté. Puis on a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité des consommateurs  bernés. Car la réalité, brutale la réalité, c’est qu’il n’y a pas anguille mais magouille ou plus exactement escroquerie à l’impact aussi sournois que celui conséquent aux manipulations de Madoff Bernard. C’est dire.

Il en fut et il en reste ainsi « bicause » l’enregistrement est pourri. On s’explique. Un micro et un seul avait été disposé au dessus de la formation. Et d’une. Et de deux, pour avoir fréquenté le lieu on se souvient que le plafond est passablement haut, beaucoup plus qu’au Village Vanguard, au Sweet Basil ou Mezzrow. Bref, les rebondissements sonores appartiennent tous à la catégorie du hasard.

Résultat net, la batterie d’Elvin Jones est dominante. Et comme le jeu de ce dernier s’est toujours conjugué avec l’abondance, mettons que le piano de Tyner et la contrebasse de Workman sont aux abonnés absents, la flûte ainsi que la clarinette de Dolphy font dans la timidité. Reste le maître.

Avant tout, il faut rappeler que cet enregistrement a été réalisé en août 1961, soit un an à peine après son départ du quintet de Miles Davis. De ce dernier il faut retenir une anecdote pleine d’enseignements. Voilà, lors d’un concert Davis s’était approché de Coltrane et lui avait signifié ceci : « Tes solos sont beaucoup trop longs. Ferme-là ! »

Coltrane : « Je sais, mais je ne sais pas comment m’arrêter.» Davis: « Bonté divine ! C’est pas compliqué, enlève ton saxo de ta bouche. » À ces mots, il avait ajouté ces gros, dont il était friand. À écouter ce Live At The Village Gate, on se dit qu’il avait raison, le Davis.

Sur My Favorite Things, When Lights Are Low, Impressions, Greensleeves et Africa, soit le programme du show, Coltrane est encore trop bavard. Alors on s’est consolé en écoutant pour la énième fois le Live At The Village Vanguard, toujours sur Impulse! avec la même formation, mille fois mieux enregistré et qui reste un chef d’oeuvre.

Amis lecteurs. lectrices ou vice-versa, cet achat vaut pour une chose et une seule : le livret qui l’accompagne. C’est dit. Avouez que nous sommes bienveillants à votre égard et non à votre endroit. Ave !

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