À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Société

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Jean Dussault

Jean Dussault 

Madame Marse et Monsieur Mars ont été surpris de la mort du président Trump au milieu de son troisième mandat.

Quatre-vingt-quatre ans, c’est jeune.

Ciel de ciel, ils avaient cent vingt-trois enfants plus matures que lui.

Oui, ils ont pu raconter leur surprise alentour.

Ils ont par ailleurs choisi de garder pour eux le fait qu’ils étaient surtout ravis que le gourou soit dorénavant, quelle drôle d’expression, sous terre.

Ça faisait quasi quinze ans qu’ils reportaient leur premier voyage là-bas.

À nous la Terre

Après quatre cent quatre-vingt-trois ans de magasinage de cadeaux de Noël sur leur planète, MM et MM avaient eu en 2015 l’impression, même la certitude, d’avoir fait le tour de leur triangle.

Leurs cent soixante-dix-sept rejetons multipodes trouvaient eux aussi que, ben, ça commençait à se ressembler d’une année à l’autre.

Leur envie, volonté, goût, désir, besoin de changer d’air noëlien avait été castré pendant trop longtemps par le weirdo aux cheveux orange.

Non seulement, le prétendu républicain avait construit des murs autour de son pays pour bloquer les immigrants pauvres et bruns, il avait érigé des barrières  aussi étanches qu’astrales tout le tour de ce qu’il considérait être sa planète pour écœurer le plus de monde possible.

Itou, le plus de mondes possible.

Cette ère était enfin révolue, l’air de bœuf avait disparu.

Qui l’eût cru ? Le moment tant attendu était venu.

L’objectif

C’est au vingt-quatrième-avant-dernier, 153-nredz, que les démarches préliminaires avaient été confiées quand le projet d’aller prendre de l’air pour les Fêtes n’était encore qu’une idée. Le plus futé parmi les bollés a trouvé, tout seul, plein d’affaires.

Dont, presque pas loin, un recoin traditionnellement bébelleux dans une atmosphère absolument cadeauesque.

À cent soixante-dix-neuf, ç’avait été un peu long de s’interembrasser pour fêter l’approbation unanime de la famille. Et, comme d’habitude, un peu mêlant de manoeuvrer à travers mille deux cent-cinquante-deux pattes.

Neptune merci, le bonheur ne se laisse pas enfarger par des détails.

La famille heureuse avait donc pris une grande inspiration de pas d’air pour gonfler ses poumons émotifs en vue de l’ulysséenne traversée inter-stellaire. Chanceux, les Martiens allaient en plus emprunter la nouvelle rem (1), accessible sans péage pour souligner son inauguration.

MéM, comme ils étaient connus chez eux, étaient ravis : leurs petits pou’ts mauves auraient des jouets à la mode du jour.

Ou de la nuit, une fois retournés sur leur planète.

Le coût

Comme ceux de l’OMCP (3), le voyage s’annonçait loin, loin, loin et cher, cher, cher. Mais le conseil de famille, un genre de sénat respectable, a trouvé une solution calquée sur les pratiques comptables de la plupart des gouvernements terriens : la magie financière. Puisque le périple était dans les cartons depuis la première élection de The Donald, il s’agissait  tout simplement de rétroactivement attribuer 6,6666 pour cent du coût estimé à chacune des quinze années budgétaires précédentes.

Sur terre, ça s’appelait de la frime aux yeux. 

L’itinéraire

Transgenre de naissance, Monsieur Mars n’a aucun sens de l’orientation. Madame Marse, elle, est souvent, hum, poétiquement dans la lune.

Le trente-sixième défi du voyage consistait donc à décider qui, entre le perdu et la lunatique, tracerait l’itinéraire entre le milieu de l’univers et un stationnement de centre commercial.

Comme sur tant et tant de planètes, c’est à Monsieur Mars qu’a incombé la lourde responsabilité d’établir la voie, lactée, à suivre.

Les recherches de 153 lui-là ont convaincu le pluri-paternel qu’il devait éviter à sa famille de débarquer au Burj Khali de Dubai. D’abord parce qu’il s’agit du plus gros rot mercantile du monde, aussi dans une région où les Noëlitudes, comment dire, s’intégraient mal.

Pis atterrir dans le sable quand on arrive de la poussière n’est pas l’idée du millénaire.

D’où, c’est fou la vie, l’idée de débarquer dans la neige inconnue.

Les préparatifs 

Grâce aux quinze ans de réflexion, passagère, mais quand même, les Martiens étaient certains de connaître suffisamment de tics des Terriens pour ne pas causer d’inconfort mutuel lors de leur éventuelle rencontre.

Les prudents et sages parents avaient aussi pris soin de transmettre le plus fidèlement possible ce qu’ils apprenaient eux-mêmes des spécificités du territoire et des occupants qu’ils allaient visiter.

Leur apprentissage et leur enseignement se sont faits d’étonnement en ébahissements.

Fascinant, tant et tant de similitudes, entre Martiens et Terriens.

Ahurissant, ces différences immenses entre eux et nous. Ou le contraire.

Et Jupiter ! , sur Terre, que d’identités diverses, que d’héritages distincts, que d’histoires variées.

Et dans le lot, ce petit coin de pas-pays.

Découvrir d’abord que le Québec, kwibeq en Martien, était à peine plus vieux qu’eux les a surpris en sapristi.

Que ses habitants parlaient une langue différente de celle utilisée par tous les autres autour deux, ah ben là, c’est pas croyable.

Que beaucoup de lois et règlements différaient de ceux de leurs voisins terriens leur a semblé inimaginable.

Pis un sport qui se pratique sur de l’eau glacée même en été. Décidément.

Aussi intéressant qu’intriguant. Oh combien intéressant, oh combien intriguant.

La curiosité, le respect et le goût d’échanger avec leurs hôtes ont amené MéM à inculquer l’idiome local à leur trâlée.

Les fiers parents n’ont pas douté une seconde que leurs brillants descendants apprendraient tout ça en clignant de leurs trois yeux.

Ils feraient tout ce qu’il faut comme il le faut.

Ce qui fut fait.

De leur part.

Merry Christmas

À l’arrivée devant le gigantesque magasin we r toyz , les plus grands se sont empilés dans les quatre ascenseurs de l’omti (3)  familial, les plus petits ont déboulé plus que descendu les cinq escaliers ; la famille s’est déversée dans la sloche avec une effervescence et une excitation que même la température de pingouin n’a pu refroidir.

Moman ! Quinze ans à attendre ce moment.

C’est à l’intérieur de l’immense hangar de jouets que la dégradation de l’humeur a débuté. Rangée après rangée, étagère après étagère, l’incompréhension grandissait, la déception envahissait.

Tout était dans une langue que ni les parents ni les enfants n’ont réussi à comprendre.

Les robots/employés, eux, ne comprenaient rien de ce que leur demandaient les Martiens.

Qui n’avaient pas vu ça venir.

Les Québécois non plus.

(1) Route extra mars.

(2) Organisme Martien de Collecte de Palabres.

(3) Oiseau multi-tâches intégré.

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