À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : Société

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Catherine Saouter


Marie-Josée Boucher

La participation au vote affiche une baisse constante depuis quelques années, notamment aux élections provinciales et municipales, comme au Québec et à la ville de Montréal. Il y a lieu de s’interroger sur cette démobilisation de la population… et d’agir.

Lors des élections des 6 et 7 novembre derniers, la mairesse Valérie Plante a été réélue pour un deuxième mandat. Si elle a recueilli 52,14% des voix, à peine 38,32 % des Montréalais sont allés voter. En 2017, le taux de participation avait atteint 42, 47 %. Pourquoi ce recul?

« Il n’y a pas de réponse rapide à cette question-là », soutient Mathilde St-Vincent, responsable, relations médias à Élections Montréal, en entrevue téléphonique. « Nous restons quand même dans la moyenne, mais en effet, c’est bas », reconnaît-elle. Elle justifie ce recul, notamment par la pandémie et les élections fédérales qui avaient eu lieu quelques semaines plus tôt, le 20 septembre dernier, et qui ont pu susciter de la confusion chez certains électeurs.

« Il semble y avoir un désintérêt dans la population par rapport aux élections municipales, qui sont de première instance et de proximité importante pour l’électeur. C’est très surprenant », constate Thierry Giasson, professeur de science politique et directeur du groupe de recherche en communication politique à l’Université Laval, interviewé lors d’un entretien téléphonique.

Une élection montréalaise complexe

« Montréal est un des endroits les plus complexes, c’est une opération majeure au Canada », explique Mathilde St-Vincent. « Les gens doivent voter de deux à cinq fois selon l’arrondissement, notamment pour élire le maire, le maire de l’arrondissement et le conseiller.»

Elle précise qu’un personnel de 13 000 personnes était sur place pour assurer le respect de la loi électorale dans les 19 arrondissements que compte Montréal.

Le directeur du groupe de recherche en communication politique à l’Université Laval remarque que ce recul de la participation au vote n’est pas propre au Québec. « Depuis 30, 40 ans, il y a une tendance globale au déclin de la participation électorale dans toutes les grandes démocraties où le vote obligatoire n’est pas imposé », dit-il.

Élections Québec déçu et préoccupé

Devant ce pourcentage très faible aux élections à Montréal, Élections Québec a fait part de sa déception par communiqué. Le directeur général, Pierre Reid, a réitéré l’importance de mener des actions concrètes d’éducation à la démocratie.

Il avait également manifesté sa déception par communiqué, lors des élections provinciales du 1eroctobre 2018. Il se disait préoccupé par la baisse de participation, qui s’était chiffrée à 66,45 % par rapport à 71,44% au scrutin du 7 avril 2014.

Doit-on craindre une baisse encore plus importante lors des élections du 3 octobre prochain? « C’est difficile à prévoir. Bien entendu, c’est une préoccupation que nous avons », répond la porte-parole d’Élections Québec, Julie St-Arnaud Drolet, en entrevue téléphonique.

Thierry Giasson observe que le niveau d’identification de la population québécoise est assez important au palier provincial, et les gens participent davantage. Facteur important et non le moindre pour Thierry Giasson : « Plus on vieillit, plus on vote! »

Afin de mieux sonder le pouls des électeurs, Élections Québec travaille en partenariat avec la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.Après le scrutin de 2018, la Chaire a réalisé une étude qui apporte un éclairage utile sur la démobilisation grandissante.

La porte-parole d’Élections Québec souligne que parmi les raisons invoquées, l’étude citait le manque d’informations sur les candidats, les partis et les programmes ainsi que le fait de ne pas se sentir concerné par les enjeux.

À la lumière du sondage de la Chaire, Élections Québec a émis ses recommandations. Afin de mieux outiller les électeurs, l’organisme souhaite d’abord créer un portail complet. « Chaque candidat aurait un espace similaire. Ce serait une plateforme neutre et impartiale pour faire connaître les idées véhiculées par chacun», explique Julie St-Arnaud Drolet.

Elle fait valoir que l’information demeure un enjeu important. Cette volonté pourrait aussi se traduire par des cours d’éducation à la démocratie.

Une voie de solution qu’approuve Thierry Giasson. « On règle le problème de participation par des cours d’éducation à la citoyenneté, qui montrent aux jeunes que le pouvoir appartient aux citoyens. On a perdu ça à l’esprit », estime-t-il.

Éduquer dès le jeune âge

Ces cours pourraient être dispensés dans les établissements scolaires. « La démocratie, ça s’apprend et ça peut vraiment être enseigné dès le jeune âge en faisant vivre des expériences concrètes aux jeunes. L’école est un peu comme une microsociété qui peut permettre de faire ces apprentissages », souligne Julie St-Arnaud Drolet.

En 2018, l’expérience de petits bureaux de vote pour enfants, une initiative appelée Électeurs en herbe, s’adressait aux jeunes des cycles primaire et secondaire.

Elle se déroulait sur le site même des bureaux de vote des adultes, et a permis à près de 180 000 enfants de se faire entendre en répondant à la question : Pourquoi penses-tu qu’il est important de voter?

Régime parlementaire et résistance au changement

Thierry Giasson attribue également le problème de participation à deux facteurs majeurs, d’abord un système parlementaire qui ne s’est pas renouvelé au fil des années.

« Nos élus n’arrivent pas à changer le système électoral dans lequel on est. Tous ceux qui tentent de s’engager dans un exercice de réforme n’arrivent pas à s’entendre et se rendent compte qu’ils vont perdre au change.» En second point, il avance que les électeurs sont réfractaires au changement.

Progression législative

Par communiqué, le 17 décembre dernier, Élections Québec s’est réjoui du projet de loi 7, Loi modifiant la loi électorale, qui a été adopté à l’Assemblée nationale le 10 décembre dernier. La plupart des recommandations d’Élections Québec s’appliqueront en mars prochain, à temps pour le scrutin d’octobre 2022.

Par exemple, les jeunes de 16 et 17 ans pourront désormais faire partie du personnel électoral. « Ça élargit le bassin de candidats potentiels et ça fait vivre une expérience très intéressante aux jeunes en les aidant à se familiariser avec le processus », affirme Julie St-Arnaud Drolet.

Vote par internet

Une question qui revient fréquemment dans le contexte électoral est de savoir si le vote par internet sera un jour permis. Julie St-Arnaud Drolet rapporte qu’Élections Québec établit actuellement des normes avec les autres administrations électorales au Canada.

Cependant, le facteur vérification pose actuellement problème. « Nous devons nous assurer que les résultats des élections puissent demeurer intègres. On ne peut pas faire des vérifications comme on le fait quand il y a une version papier. La transparence n’est pas la même », dit-elle.

La participation électorale, un enjeu clé

Thierry Giasson rappelle que la participation électorale est au cœur du sain fonctionnement de la démocratie.  « Elle est l’assise de notre régime politique. Si les gens ne se rendent pas voter, il y a un problème fondamental. »

Il n’hésite pas à avancer sa propre conception sur le recul de la participation électorale. « La classe citoyenne peu mobilisée, peu informée et peu intéressée, ça fait l’affaire de la classe politique, et ça c’est préoccupant. »

Question de conjoncture?

Il est permis de se demander si la participation au suffrage ne dépend pas également des conjonctures politiques ou du type d’élections. Les référendums sur la souveraineté de 1980 et 1995 ont fait couler beaucoup d’encre au Québec et au Canada.

Ils ont suscité controverses et oppositions dans les voisinages, les familles et les milieux de travail. Au référendum de 1980, 85,61 % des Québécois ont fait connaître leur position. Quinze ans plus tard, en 1995, le taux, inégalé depuis, a atteint 93,52 %.

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