À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Société

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Catherine Saouter

Pour nier que « la police des mœurs »ait été responsable de la mort de la « mal voilée » Masha Amini en septembre, le procureur général d’Iran a déclaré en décembre que ladite « Gasht-e Ershad » n’existait plus. Là, ailleurs et ici, certains, surtout certaines, ont émis des doutes : quelqu’un d’autre s’occupera bien de policer les femmes. Là, ailleurs et ici.

Jean Dussault 

La hiérarchie catholique du Québec a longtemps prôné le repli sur soi au nom de la défense de la langue, de la foi et  même de l’identité contre des valeurs exogènes. L’ambition, le commerce,  l’argent, « les autres »  comportaient de grands risques de miner l’âme religieuse et donc nationale. Ou le contraire.

Il fallait rester dans « ses » « affaires », rejeter celles des autres.

Pour vivre ici-bas et au-delà.

Des curés défendaient la foi bien au-delà de leur église.

Des imams défendent la foi bien au-delà de leur mosquée.

Des soutanes aux jellabas

Les catholiques d’ici, alors très majoritairement très pratiquants, ont appris la crainte de Dieu descendue de la chaire de l’église ; idem aujourd’hui chez la minorité de musulmans qui fréquentent la mosquée (1).

Le curé disait à Madame catholique comment se vêtir à l’église et sur la rue ; l’imam dit à Madame musulmane où s’agenouiller dans la mosquée et comment s’habiller sur le trottoir.

L’oppression ne venait pas du ciel, elle venait de l’église ; elle ne vient pas du ciel, elle vient de la mosquée.

Pas de toutes les mosquées, bien sûr ; comme d’ailleurs tous les curés ne tenaient pas en 1957 le discours le plus contrôlant.

Les criards

Les curés d’ici tenaient un propos quasi unanime descendu de Rome ; le monde des imams en est un tout autre. Une explication de ce monde disparate vient d’Ali Daher qui démontre qu’il y a au Québec pas une mais des communautés musulmanes.

Selon les tendances intra-confessionnelles et d’après les origines nationales, émane une courtepointe pas du tout tricotée serrée qui est soumise aux prétentions d’une grande variété de leaders. «Parmi les imams autoproclamés, qui sont nombreux au Québec, on trouve les imams les plus bruyants, les plus criards, les plus sensationnalistes, les plus politisés et les plus bricoleurs en matière religieuse, politique et sociale.» (2)

Un cas

Un de ces leaders est Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal, un regroupement d’une quarantaine de mosquées et organisations musulmanes. Il a fait les manchettes en 2005 en dénonçant une motion unanime de l’Assemblée nationale contre l’établissement de tribunaux islamiques basés sur la charia. Le groupe de Monsieur Elmenyawi avait fait pression sans succès sur le gouvernement Charest en faveur d’un « Conseil de la Charia » (3).

Encore aujourd’hui co-aumonier des universités Concordia et McGill, M. Elmenyawi  a aussi été en 2013 à la tête du « collectif des opposants à la Charte » du gouvernement péquiste.

L’autre meneur dudit collectif était l’imam Adhil Charkaoui, dont le certificat de sécurité avait été retiré quatre ans plus tôt. (4) Quelques mois après le vote unanime de l’Assemblée nationale, La Presse a rapporté que « la mosquée Assuna est de façon récurrente, depuis la fin des années 90, un « lieu d’intérêt » pour les policiers et services de renseignement. Plusieurs individus accusés ou soupçonnés de terrorisme y ont eu leurs attaches, en particulier les membres de la « cellule islamiste de Montréal ». (5)  M. Elmenyawi en était alors le président et administrateur et il avait vivement dénoncé l’attention dont sa mosquée faisait l’objet. Le même article de La Presse notait que « sur le site internet de sa mosquée, fermé au cours des derniers jours, un texte rappelait notamment qu’il « incombe à la femme musulmane de rester dans son foyer et de n’en sortir qu’en cas de besoin pressant ».

Un plus posé

L’imam  du centre communautaire islamique de la Grande-Allée, à Brossard, ne fait pas partie des criards étiquettés par M. Daher. Foudil Selmoune a reçu la visite de la police en janvier 2020. Il s’agissait d’une visite amicale  et planifiée dans le cadre d’une session de sensibilisation du Service de Police de l’Agglomération de Longueuil. Des policiers sans uniforme et sans arme visitaient des groupes et organismes pour apprendre des réalités souvent obnubilées dans des interventions par définition pressées et stressées.

L’imam de la plus importante mosquée au Québec a raconté pourquoi les femmes et les hommes, les filles et les garçons sont séparés pour ceci ou cela ; il a fait visiter à des policiers.es de Longueuil des classes de jeunes filles dont certaines portaient  un hijab ou un tchador.

Un très posé

Le président du Centre Culturel Islamique de Québec a impressionné par sa retenue, son émotion dosée, sa sérénité dans l’effroi après la tuerie anti-musulmans à la mosquée de Québec en janvier 2017. De même, Boufeldja Benabdallah a navigué  intelligemment et subtilement sur, dans et autour du débat sur la localisation d’un cimetière musulman à Québec l’année suivante.

M. Benabdallah a affirmé plus tard que la loi 21 qui interdit le port de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants.es, fait que c’est « surtout la femme musulmane qui se trouve pénalisée ». (6)

Le leader spirituel n’a pas précisé en quoi cette loi pénalise la majorité des musulmanes qui ne portent pas le voile.

Un signe, c’est un signe

Les femmes qui  portent ici une ou l’autre des variantes du voile musulman ne sont pas nécessairement plus adeptes de la charia que leur voisine aux cheveux battant au vent. Cependant, elles affichent un tissu destiné ailleurs à l’oppression générale et/ou à la soumission personnelle.

Or, personne ne peut porter les couleurs d’une équipe et prétendre ne pas en être partisan. Pas plus que la couleur d’une valise, le sens du signe ne change-t-il en traversant une frontière.

Le touriste québécois qui voyage avec une casquette ou un chandail arborant le fleurdelisé sur son sac à dos veut être reconnu comme Québécois. Le spectateur qui s’est présenté à la finale de la Coupe du monde à Doha avec un chandail de l’Argentine a déclaré et proclamé son allégeance.

C’est là la définition même du signe : il signifie quelque chose.

L’inclusion

Il ne faut évidemment pas s’en prendre de quelque façon que ce soit à la femme qui porte un voile, encore moins stupidement l’inviter à « retourner chez elle ». D’abord parce qu’elle peut être ici chez elle et, surtout, parce que son avenir sera probablement plus bouché ailleurs qu’ici.

La responsabilité collective est donc de trouver « un moyen de moyenner », une façon d’aider ces femmes à viser l’égalité.

Par l’unanimité de son Assemblée Nationale et dans un très large consensus social, le Québec a modestement tracé la voie nord-américaine de l’aide médicale à mourir dans la dignité.

Il doit bien rester suffisamment de bonne volonté, d’intelligence et d’humanisme sur ce petit recoin de la planète pour que cette société prenne humblement, mais résolument la main de femmes qui ont besoin d’aide pour vivre dans la dignité.

Ce serait bon signe.

1- CDPJD 2.120-4.21.1 Paul Eid . Tableau 6a p. 47

2-uqac.ca/contemporains/daher ali/imams du quebec/ txte. Htmal

3-Le Devoir.11-12-2004

4-La Presse. 05-10-2013

5-LaPresse+.13-11-2013

6-ici.radio-canada.ca/nouvelle/1496151

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