À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

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Serge Truffaut

C’était attendu, c’est confirmé : Emmanuel Macron – 27,8 % des suffrages -, affrontera Marine Le Pen – 23,1% -, lors de la finale présidentielle qui se tiendra le 24 avril. Derrière eux, Jean-Luc Mélenchon, grâce à une montée en puissance dans les derniers jours, a récolté près de 22 % des votes.

Au terme du premier tour, trois faits majeurs se confirment : la mise au rancart de l’histoire des partis qui ont dominé la vie politique de la Ve République depuis 1958, soit Les Républicains et le Parti socialiste, l’affection certaine des Français pour la cohabitation et l’augmentation du vote sanction. Déclinons.

Dans les années 80, on disait de la droite française qu’elle était la plus bête du monde. Aujourd’hui, on doit souligner mille fois plutôt qu’une que la gauche française est la plus stupide du monde. Symboliquement, on peut même avancer que la stupidité évoquée a sa… géographie! On s’explique.

Pauvre Hidalgo

En plébiscitant Anne Hidalgo candidate à la présidentielle, en optant pour la mairesse de Paris, capitale de la gauche-caviar, chef-lieu des bobos honnis dans tous les coins de France et de Navarre, le PS s’est aliéné du coup, et avant même que la campagne ne commence véritablement, des centaines de milliers de votes. Que ce fait géopolitique ait été ignoré par les caciques du PS laisse pantois.

Il faut dire qu’à la tête de ces derniers, se trouve un homme qui a fait la preuve par A plus B qu’il excellait davantage dans l’art de la figuration que dans la modernisation du logiciel d’un parti dont Emmanuel Macron aspira des pans entiers lors du scrutin de 2017. L’homme en question s’appelle Olivier Faure.

Il a disposé de cinq ans pour rénover le corpus idéologique du PS. Résultat ? Le néant. Quoi d’autre ? Il a laissé Anne Hidalgo mener la barque du PS. Mais encore?  Il y a quinze mois ou davantage madame a fait savoir qu’elle ne voulait pas de primaires.

Faure mais aussi Carole Delga, numéro deux du PS, se sont pliés à sa volonté au grand dam de Stéphane Le Foll, Jean-François Cambadélis et Arnaud Montebourg, ex-poids-lourds du PS qui voulaient se présenter.

Que les dirigeants de cette formation qui se plait à dispenser des leçons de morale politique tous azimuts aient refusé à ces militants d’exercer un de leurs droits, doit être rangé sous la rubrique « inclination totalitaire ». Ce faisant, Hidalgo, Faure et consorts viennent de nourrir, comme si besoin était, le désenchantement démocratique. À preuve, Hidalgo a obtenu 1,7 % des suffrages, un chiffre à ranger à la rubrique du pathétique.

Le Parti incompétent

Dans le temps, on disait de la droite française qu’elle était la plus bête du monde, elle est aujourd’hui la plus incompétente. L’inaptitude évoquée a pour noms propres Christian Jacob, patron des Républicains, Gérard Larcher, président du sénat et, derrière les rideaux, Nicolas Sarkozy. À l’instar du PS, la direction de cette formation a eu cinq ans pour rénover son discours après que Macron eut aspiré, là encore un pan entier, de ses forces vives. Rien n’a été fait ou si peu.

En laissant Sarkozy camper le rôle du parrain de la droite française, Jacob et Larcher ont affaibli durablement celle-ci. Faut-il rappeler que Sarkozy a perdu une présidentielle, qu’il a terminé troisième lors de la primaire de son parti en 2016, qu’il a été condamné à un an de prison ferme pour corruption. Condamné !

En laissant (bis) Sarkozy occuper la place, Jacob et Larcher ont brouillé le visage, si l’on peut dire, de la droite républicaine, voire du gaullisme. On s’explique. L’ex-président a osé faire ce que jamais Jacques Chirac n’avait osé. Là où ce dernier refusait, voire condamnait, toute compromission avec le Front National, Sarkozy a multiplié les clins d’oeil à coups de karcher.

La conséquence qu’a eue cette injection à petites doses des thèmes chers au Front National (FN) puis au Rassemblement National (RN) a été double, voire symétrique : ceux qui adhéraient aux inflexions droitières de Sarkozy ont rejoint le RN, ceux qui s’y opposaient ont rejoint Les Républicains en marche de Macron. Cette aspiration explique en bonne partie le résultat désastreux de Valérie Pécresse: 4,7 %. Comme elle n’a pas atteint les 5 %, elle devra rembourser les frais de campagne. La honte.

L’écume insoumise

Pour ce qui est de la montée en puissance de Mélenchon, on peut se demander si elle n’est pas l’écho lointain du Programme commun élaboré par le PS et le Parti communiste à la fin des années 70. À bien des égards, le projet politique de Mélenchon, qui était membre du PS ces années-là, a ceci de commun avec le programme évoqué : la greffe du front de classe cher aux communistes avec le réformisme social cher aux socialistes.

Cela étant, il faut bien souligner que chez lui le souci démocratique a l’épaisseur du papier à cigarettes. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder à la véhémence, à la violence, qui distingue ses rapports avec les journalistes, le quatrième pouvoir. Sans oublier sa complaisance à l’égard de Poutine, le goulag des tropiques, soit Cuba, ou encore Hugo Chavez qui symbolise les effets délétères du populisme.

Les petits marquis de l’information

Pour la deuxième fois consécutive, Marine Le Pen a obtenu plus de 20 % des votes. Une fois encore, le score obtenu, le plus important de ses campagnes, découle du vote sanction qui singularise ce premier tour qui se distingue, lui, de tous les mécanismes électoraux qui ont cours en Occident. Quoi d’autre ? La présence d’un candidat ayant fait du Grand remplacement et de ses immondices idéologiques son programme. Il s’agit évidemment d’Éric Zemmour.

Zemmour éliminé, Le Pen pourra difficilement cacher que son projet politique reste celui d’une formation d’extrême-droite. Ceci explique en grande partie que les Français se détournent toujours de cette formation lors des autres élections. Ce qui, on ne peut s’empêcher de le soulever, échappe toujours aux petits marquis de l’information ou de l’analyse.

Il se trouve en effet que le RN compte sept députés à l’Assemblée nationale sur 577 ! Il compte un sénateur sur 348 ! Le RN ne préside aucune des 18 régions alors qu’on lui en promettait trois. Aux municipales, il a pour ainsi fait chou blanc. Bref, pour dire les choses telles qu’elles sont, le RN  est aux abonnés absents dans les autres rendez-vous électoraux. En un mot comme en mille, ce parti reste le réceptacle du vote sanction et non du vote d’adhésion.

Le roué

Qu’on apprécie ou pas Emmanuel Macron, un fait demeure : son intelligence politique reste de loin supérieure à celle des mandarins du PS et des Républicains. Plus que quiconque il a compris qu’entre les cohabitations Mitterrand-Chirac, Mitterrand-Balladur, Chirac-Jospin, soit une douzaine d’années sur deux présidentielles ou quatorze ans, les Français veulent être gouvernés là où De Gaulle avait constaté qu’ils aimaient être dirigés : au centre.

Ayant saisi cela, la fatigue des Français pour le fanatisme corporatiste des élus de gauche comme de droite, il s’est appliqué a monter une formation La République en marche qui pourrait fort bien être rebaptisé le parti de la cohabitation.

Au ras des pâquerettes, cela s’est traduit comme suit : ses deux premiers ministres Édouard Philippe et Jean Castex, son ministre de l’Économie et des Finances Bruno LeMaire, son ministre de l’Intérieur Gérald Darmarin sont d’ex-Les Républicains, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, Oliver Véran, ministre de la Santé, sont d’ex-socialistes.

Lorsqu’on ajoute les cinq ans du mandat de Macron aux cohabitations antérieures, on peut se demander si les dix ans de Sarkozy et de François Hollande n’ont pas été les derniers intermèdes d’une histoire politique rythmée depuis 1986 par le scepticisme prononcé des Français à l’endroit des idéologies politiques qui avaient dominé le paysage politique depuis 1958.

En introduisant la cohabitation en mars 1986, Mitterrand le Florentin, l’artiste des vices politiques, a ouvert la boîte de Pandore. Macron ayant évité les effets nocifs de celle-ci, contrairement à ses adversaires, il a remporté la mise. Avec une maîtrise telle qu’il devrait remporter le deuxième tour avec plus de voix qu’on lui prête pour l’instant. Ce qui évidemment est à suivre.

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