À propos de l'auteur : Jean Dussault

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Jean Dussault
Le New Hampshire ouvre la saison des primaires depuis plus d’un siècle.

Jean Dussault 

Le sprint vers la Maison-Blanche commence par un faux départ.

Habituellement et officiellement, les caucus de l’Iowa et les primaires du New Hampshire ouvrent la longue marche vers les conventions républicaine et démocrate de l’été suivant.

Ce ne sera pas le cas cette année.

Iowa

Des membres du Parti républicain vont se réunir le 15 janvier dans presque 1500 lieux publics : églises, écoles, bibliothèques, gymnases, salles communautaires et autres arénas.

Tout ce beau monde exprimera son choix à main levée ; ainsi, Mme Jones saura qui M. Smith appuie. Et vice-versa.

Ce procédé viole la confidentialité sacrée du vote, mais ça ne dérange personne en Iowa : le but de l’opération est de faire parler du petit État. Une fois aux quatre hivers.

Et alors

Moins d’un pour cent des Américains vivent dans cet État rural où la ville la plus populeuse, Des Moines, compte 200 000 personnes. Déclaré phare électoral des États-Unis d’Amérique, l’Iowa est blanc comme neige à longueur d’année.

Moins et pire à la fois, les quasi mythiques caucus ont rarement compté pour quoi que ce soit, à part l’excitation des Iowiens ; et la couverture médiatique démesurée.

Excluant les présidents sortants non contestés dans leur propre parti, seulement deux candidats gagnants dans le spectacle de début d’année ont été élus à la présidence depuis 1972: Bush fils en 2000 et Obama en 2008. Deux fois sur treize élections où l’auréolé de l’Iowa est devenu POTUS. (1)

Il s’agit donc d’un sondage insignifiant.

Une fois que Donald Trump aura célébré sa victoire prévisible, la seule curiosité qui restera, et encore, est l’identité du deuxième. Ce sera logiquement Ron DeSantis puisque l’Iowa compte plus de chrétiens évangélistes que la moyenne nationale ; ils seront peut-être envoûtés par le discours religieux du gouverneur de la Floride.

Trump adore dénigrer ses adversaires : quand il qualifie DeSantis de « santimonious » (2), il s’agit plus d’une définition que d’une insulte.

Les démocrates absents

Seuls les républicains vont participer à la parade iowienne cette fois-ci.

Les démocrates ont choisi d’abandonner ce processus archaïque. Au nom de « l’importance de mieux refléter notre parti et notre pays », le parti national a choisi d’accorder plus de visibilité aux votes des Noirs dans le premier concours de popularité électorale de l’année. Le parti de Joe Biden a ainsi statué que sa première primaire serait celle de la Caroline du Sud, au début de février.

Et alors-bis 

Un quart de la population y est noire. Ce n’est pas plus représentatif que la pâleur de l’Iowa ou du New Hampshire, mais une majorité des électeurs afro-américains vote démocrate. La victoire assurée de Joe Biden dans cet État du sud-est sera plus glorieuse que celle auprès de quelques blancs-becs d’un État au milieu de nulle part.

Et plus important encore en vue du scrutin de novembre : il s’agira d’un appel et d’un rappel à l’essentiel vote afro-américain qu’il n’y a qu’une alternative à Donald Trump.

Fini

C’est bien dommage pour la gloriole de l’Iowa, mais quelqu’un de sensé a maintenu que l’exercice bucolique avait fait son temps.

Il n’y aura donc pas de réunions de démocrates pour exprimer sa «préférence présidentielle», mais un vote par la poste. Le résultat de ce scrutin ne sera annoncé que le cinq mars, le jour du « Super Tuesday » où se dérouleront une quinzaine de primaires.

New Hampshire

Cet État compte la moitié de la population du petit Iowa, une population statistiquement plus blanc que blanc. Sa plus grande ville, Manchester, a la moitié de la population de Des Moines.

C’est, comme l’Iowa, un État rural dans un pays où 85 % de la population vit dans ce que les statisticiens appellent une « zone urbaine ».

Néanmoins, le New Hampshire ouvre la saison des primaires depuis plus d’un siècle.

La farce 

Il y a même une loi qui oblige l’État à amorcer la marche solennelle tous les quatre ans. Et comme le Parti démocrate tiendra « sa » première primaire le 3 février en Caroline du Sud, le très républicain New Hampshire a devancé la sienne au 23 janvier pour respecter la loi qui exige que sa primaire ait lieu « au moins sept jours » avant celle de tout autre État.

Et alors bis

Donald Trump va remporter le simulacre de course dans un des États les plus républicains du pays. Il est fort probable que la deuxième position sera obtenue par l’ancienne gouverneure de, hasard, la Caroline du Sud ; le conservatisme de Nikki Haley se marie très bien à la devise libertarienne de l’État qui orne les plaques d’immatriculation du coin.

Donc, l’enjeu du côté républicain est aussi absent que le suspense.

Mieux … ou pire

Pour ajouter au calme plat de ce mardi 23 janvier dans les Montagnes Blanches, il n’y a pas de course du côté démocrate : le président sortant est, comme le veut la tradition, le seul candidat de son parti. Plus, ou moins, Joe Biden ne montera pas sur le manège.

Frustré que le « Granite State » tienne finalement sa primaire avant celle  du « Palmetto State »(3),  le Parti démocrate  a retiré le nom de son candidat des bulletins de vote du New Hampshire !

Aucun délégué démocrate au congrès du mois d’août ne sera issu de la première primaire de 2024.

Ce qui rendra ce sondage encore plus insignifiant.

Only in America

Pour les candidats, il faut finir le premier en dernier, au scrutin de novembre quand ça compte. Pour les États, petits ou grands et surtout petits, il fallait commencer le premier pour attirer les regards et les dollars de tout ce monde qui vient voir, et se faire voir.

Historiquement, la mascarade a permis au petit Iowa et au minuscule New Hampshire de se bomber le torse et se pomper l’orgueil.

Dorénavant, les deux États pèseront leur poids politique réel dans les investitures à la présidence: un tout petit poids.

(1) President Of The United States

(2) Un dérivé de « sanctimonious », traduit librement pas prêchi-prêcha.

(3) L’arbre emblématique de la Caroline du Sud est le chou palmiste.

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