À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

Partagez cet article

Serge Truffaut

La dernière fois que l’idée a bousculé nos neurones elle avait pour origine le mensuel Jazz Times. Avant ce dernier, l’idée du sujet du jour nous était venue de Jazz Hot puis de Jazz Magazine, Jazziz, DownBeat, Jazz Journal sans oublier les quotidiens au premier rang desquels on retrouve évidemment le New York Times. L’idée du sujet du jour (bis, repetita) se résume en un mot et un seul : liste !

Il y a un mois de cela, donc, Jazz Times a publié la liste des dix plus grands albums du style dit hard bop. Art Blakey, Horace Silver, Sonny Rollins, Lee Morgan et autres canons du genre en étaient évidemment. Avant celle-ci, il y eut celle des dix meilleurs de ceci, les dix de cela et ceux, bien sûr, de l’île déserte. Bref, le plus souvent, cet exercice s’est conjugué avec les lieux communs.

Cela posé, on a noté à plusieurs reprises des … absences ! On ajoutera : très étonnantes absences. Alors, comme on aime bien « jouer au Nestor Burma qui met le mystère du jazz KO », on a touillé nos neurones avec l’espoir de mettre la main – oui ! la main -, sur le fin mot de l’Histoire. On est parvenu à nos fins. Enfin, on pense y être parvenu.

Et alors ou résultat, c’est au choix ? Le fin mot en question est le suivant : financier. On supputera, à cela rien de nouveau. Mais si à financier on greffe la concentration, à notre tour on peut supputer avoir aiguisé quelque peu votre curiosité. Bon.

Au ras des pâquerettes comme à celui du bitume, au cours des 20 dernières années on a assisté à une concentration des labels sans équivalent dans l’histoire de la musique. Aujourd’hui, deux groupes, soit Concord-Fantasy et Unversal Musical Group, possèdent toutes les étiquettes historiques du jazz et du blues.

Au fil des ans, ces deux conglomérats ont fait l’acquisition de Blue Note, Impulse! , Verve, Riverside, Prestige, Cadet, Vanguard Records, Mercury, Contemporary, Candid, CTI, Milestone, Mosaic, Bethlehem, ECM, Dial Records, Landmark, Commodore, Vee Jay et d’autres qu’on oublie.

Tout un chacun aura évidemment compris que Concord-Fantasy et Universal disposent désormais d’une masse critique, d’une force de frappe, notamment sur le front médiatique, qui leur permet d’orchestrer, c’est le cas de le dire, l’histoire de la musique au jour le jour.

On en doute ? Prenez Universal. Son principal actionnaire est le Français Vincent Bolloré qui détient 28 % des actions et qui est également le principal actionnaire de Vivendi en train de compléter l’achat de Hachette, un des cinq leaders mondial du secteur magazines-maisons d’éditions. En d’autres mots, Universal est la filiale musique de Vivendi.

Tout logiquement, Universal peut compter sur le support médiatique de Vivendi pour mousser, vendre ses produits. CQFD : les listes que ses magazines produisent sont effectuées à l’aune du marketing. Ceci explique, nous semble-t-il, cela : les étonnantes absences.

Plus exactement, on a noté que des chefs d’oeuvres n’étaient jamais inscrits dans les listes en question. Alors pour y remédier nous vous proposons la liste de dix chefs d’œuvre oubliés. Dix chefs d’oeuvre réalisés uniquement par des quartets. Dans le désordre la voici :
–    The Gifted Ones par Dizzy Gillespie et Count Basie. Étiquette Pablo.
–    If I’m Lucky par Zoot Sims et Jimmy Rowles. Étiquette Pablo.
–    Soul Fusion par Milt Jackson et le Monty Alexander Trio. Étiquette Pablo.
–    Among Friends par Art Pepper. Étiquette Jazz Lips.
–    The Heavy Hitter par Eddie «Lockjaw» Davis. Étiquette 32 Jazz.
–    The Warm Sound par Johnny Coles. Étiquette Epic.
–    The Blues Book par Booker Ervin. Étiquette Prestige.
–    Steve Grossman Quartet With Michel Petrucciani. Étiquette Dreyfus Jazz.
–    Don’t Lose Control par le George Adams – Don Pullen Quartet. Étiquette Soul Note
–    Back In Town par Palatino. Étiquette Naïve.

Tout a été dit ou presque.

***
C’est ce qu’on appelle une bonne nouvelle : la création par des musiciens et des bénévoles de la Société Jazz de St-Henri qui propose une programmation rassemblant ici et là surtout des musiciens montréalais comme Kevin Dean, André White, Sam Kirmayer et autres. Adresse courriel: sainthenrijazz.com

***
Quand on adore Sun Ra on est content. De-que-cé ? La municipalité de Philadelphie a classé la maison de trois étages ou le Sun Ra Arkestra répète depuis 1968, où Sun Ra habita et ou Marshall Allen, l’actuel patron de l’Arkestra,  habite, a classé donc l’endroit de « Lieu Historique ».

Laisser un commentaire

Autres articles

  • Edward Kennedy Ellington dit Duke Ellington avait coutume de dire qu’Oscar Peterson était le ‘maharaja du piano’. Quant il ne soulignait pas cela, il conseillait de ne jamais s’asseoir au piano après Peterson car si tel était le cas la comparaison avec ce dernier se traduirait par la mise en miettes du quidam ayant osé défier « ze master ».

  • Le nouvel album du trompettiste Eddie Henderson s’intitule Témoin de l’histoire. Il l’a bien nommé, son album publié par l’étiquette Smoke Sessions qui ose encore produire du jazz et non du « jazz-machin-chose-hip-hop-école russe du piano-rap-fusion ».

    Il est si ben nommé qu’il pourrait être imprimé sur la pochette du dernier disque du contrebassiste Buster Williams. On devrait ajouter immense contrebassiste, car sur cet instrument avec ses camarades Ron Carter, Cecil McBee et Christian McBride mister Williams est dominant.

  • Une fois par mois, parfois moins, le New York Times propose une rubrique intitulée ‘5 minutes pour apprécier un musicien de jazz’ ou un courant de cette musique. Ainsi, au cours de la dernière année, ce temps a été accordé au Miles Davis électrique, au jazz d’avant-garde, à Wayne Shorter ou encore au jazz de l’antiquité, soit évidemment celui de La Nouvelle-Orléans.

  • Aujourd’hui c’est «craignos», comme ils disent ces temps-ci dans la fournaise marseillaise. CQFD: nous voici donc confrontés, c’est sérieux, au devoir de précaution. En d’autres mots, les plus clairs d’entre eux, nous sommes dans l’obligation de camper le rôle du garde-chiourme des consommateurs avertis. Car il y a bel et bien anguille sous roche. Financière l’anguille, c’est à retenir.