À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec

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Valérian Mazataud
Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec Solidaire

L’opinion publique ne varie pas fondamentalement sur une courte période, l’orientation politique ne change pas grandement à court terme. Ce qui évolue, c’est la perception que l’électorat a des partis politiques.

Jean Dussault

Les militants.es de Québec Solidaire ont une impressionnante feuille de route d’appartenance à des groupes communautaires, un salmigondis de sigles qui fait pâlir celui du CIUSSSMCQ.(1)
Les solidaires sont essentiellement et fondamentalement des personnes convaincues que seule la solidarité, la communauté et l’entraide offrent une chance de résister aux pouvoirs écrasants et oppressants. Économiques, étatiques, politiques, sociaux, culturels, religieux.

Les femmes devenues féministes ont compris ça, les ouvriers devenus syndicalistes ont compris ça, les gais devenus militants ont compris ça, les Noirs descendus dans la rue états-unienne ont compris ça.
« L’union fait la force » est (était ?) une conviction aussi profonde que sincère dans les rangs de QS.

Le long cheminement

QS s’est présenté à l’élection d’octobre 2018 avec un programme de 92 pages établi dans une « démarche de démocratie participative »  amorcée dix ans plus tôt, donc présumé mûri. Au chapitre de la laïcité, le parti avait choisi le camp de l’immense majorité ou, c’est selon, adhéré au plus bas commun dénominateur.

Pour des raisons qui doivent être présumées réfléchies, Québec Solidaire a alors fait campagne avec et sur trois propositions claires : pas de signes religieux pour les employés.es du service public avec un pouvoir de coercition, le déplacement du crucifix de l’Assemblée nationale ailleurs que derrière le siège de la présidence et les services publics donnés et reçus à visage découvert.

Un quasi copier-coller du rapport de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements culturels.

Le virage abrupt

Cinq mois après l’élection, le parti a changé de cap. Les délégués.es à un conseil national ont, à la quasi-unanimité, accepté le port du tchador, du niqab et, oui en théorie, de la burqa d’un côté ou de l’autre d’un comptoir de, disons, la SAAQ.

L’aspirant premier ministre, Gabriel Nadeau-Dubois, a expliqué le tête-à-queue par le fait que des femmes niqabées, ou même burqanées, n’envahiront pas le service public puisqu’elles sont sans dessein professionnel : « Il n’y a pas de femme portant le niqab qui souhaite vendre des bouteilles de vin à la SAQ » (…) et « des femmes qui portent le niqab et qui veulent devenir rectrice de l’UQAM, ça n’existe pas ».(2)

Sous prétexte qu’il est peu probable que ça se produise, le parti formellement féministe ne s’oppose pas à ce que des employées du  service public portent le plus infamant symbole de l’oppression des femmes. Il s’agit du parti publiquement fier d’avoir eu la plus grande proportion de candidates à l’élection de 2018.

L’explication

Le raisonnement derrière le changement radical de position a été annoncé dans un communiqué officiel du parti. Manon Massé, alors leader parlementaire de QS, y est citée : « La question que nous nous posions en fin de semaine était simple : le compromis Bouchard-Taylor tient-il toujours la route ? La réponse à laquelle nous sommes arrivé-es, c’est non ».(3)

Mme Massé a aussi argué qu’à cause du projet de loi 21 du gouvernement Legault présenté quelques jours auparavant, son parti s’était retrouvé seul à défendre ledit compromis.(4)

Or, si QS abandonnait toutes les propositions qu’il est le seul à défendre et à promouvoir, il resterait  peu de pages dans son programme.

Si jeune, si vieux

Ce parti longtemps animé par une poignée de leaders dont il n’était pas nécessaire d’appuyer toutes les orientations pour admirer l’engagement pour un plus grand bien-être collectif, ce parti de renouveau, de coups de gueule, de coups de pied et de coups de cœur, ce parti de brassage de la cage a imité la pire des plus mauvaises habitudes des « vieux » partis : changer de position après une élection.

Aucune donnée statistique ne révèle quelle proportion des votes accordés à Québec Solidaire à l’élection du 1er octobre 2018 aurait été octroyée à un autre parti si celui proclamé féministe avait changé le chapitre de son programme sur la laïcité avant l’élection plutôt qu’après.

Aucune donnée, certes ; un doute, certain.

Le post-mortem

Ç’aura pris une réunion d’une fin de semaine pour  remplacer l’humanisme collectiviste de QS par les droits à vau-l’eau du multiculturalisme canadien, en l’occurrence le droit d’une femme de porter des menottes dans son poste public. Ce conseil national a ainsi balayé les efforts de celles et ceux qui avaient trimé pour arriver à un programme  collectiviste cohérent.

Dans le même élan, un autre conseil national du parti, à la fin de mai dernier à Montréal,  a statué que la loi 96, qui veut renforcer la loi 101, est en fait une attaque contre les droits des minorités anglophone, autochtone, immigrante.

Les députés.es de QS à l’Assemblée nationale avaient voté en faveur de ladite loi la semaine précédente. Penaud, leur chef promet maintenant qu’une fois au pouvoir, son gouvernement invaliderait cette partie de la loi 96 qu’il a appuyée.

Question/réponse

Le parti étiqueté de gauche risque de ramener le portrait électoral là où il était avant la fusion de l’Union des Forces Progressistes et Option Citoyenne qui a mené à sa naissance en 2006.

En fait, seize ans plus tard, le rééquilibrage des forces politiques que l’avènement d’un vrai parti intelligemment à gauche aurait pu susciter à moyen terme semble pencher encore plus dans le sens contraire.

À moyen ou à long terme, un discours de gauche constant prônant les intérêts de la collectivité dans le respect des minorités aurait pu convaincre une proportion significative de l’électorat de délaisser le confortable centre idéologique.

Par sa propre faute, QS n’a pas tiré le Québec à gauche.

L’amalgame des amalgames

Les militants.es « anti-coloniaux» , qui pèsent lourd dans les instances de QS, nient le droit de l’état d’instaurer des règles collectives parce que l’état en question représenterait l’héritage de l’exploitation du capitalisme fondamentalement sauvage contre les déshérités.es de la planète. Soit.

En terme électoral, la raison pour laquelle Québec Solidaire ne recueille pas plus d’adhésion à ce moment-ci ne réside pas dans l’âme collectivement modérée de la nation.

Elle se trouve dans un changement radical chez les militants.tes de QS, un virage que les partisans de la CAQ applaudiront le soir de l’élection.

(1)   Centre Intégré Universitaire de Santé et des Services Sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.
(2)   Presse Canadienne. 30-03-19
(3)   quebecsolidaire.net/nouvelle/quebec-solidaire-revise-sa-potition-sur-les-signes-religieux.
(4)   Le Journal de Québec. 30-03-19

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