À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec

Partagez cet article

Catherine Saouter

Populiste par ci, populiste par là, la récente élection québécoise oblige à chercher la définition du mot qui sert à surtout blâmer, rarement à louanger. À droite comme à gauche.

Jean Dussault

Alors que le mois d’octobre rappelle la re-naissance des dévastateurs courants populistes en Europe et ailleurs (voir autres textes), il apparaît utile de définir le populisme d’ici.

Un sapristi de défi

Pendant que des exégètes tiennent tribune sur la profondeur relative du populisme dans la toute récente campagne électorale québécoise, personne ne s’entend sur ce qu’est ledit populisme.

Ce qui n’empêche personne d’accuser untel d’être, ouache, populiste ou de féliciter unautretel d’être, bravo, populiste.

D’où le recours aux sources : d’après le Petit Robert, le populisme est « la critique du système et de ses représentants, des élites ».

Cette définition ne permet pas de comprendre comment le milliardaire américain Donald Trump a pu être considéré comme un opposant aux élites.

Une autre piste

La base première du journalisme est (était ?) de consulter une deuxième source. D’où un saut dans le Petit Larousse. Selon cet autre monument de la définition, le populisme est « une attitude politique qui vise à satisfaire les revendications immédiates du peuple ».

Cette définition ne permet pas de comprendre comment le milliardaire américain Donald Trump a pu être considéré comme le défenseur et le promoteur des revendications immédiates du peuple.

Prise trois… ou troisième prise

La recherche effrénée mène au Multidictionnaire de la langue française.  Or la (très vieille) version papier consultée n’inclut pas le mot « populisme » alors que s’y trouvent «communisme», «socialisme», «capitalisme».

Ostracisme ? Que non.

L’auteure du Mdlf a expliqué à En-retrait.com pourquoi et comment le mot a fait son entrée dans son multidictionnaire seulement en 2015: « Le critère utilisé  pour inclure un mot est sa fréquence dans les medias de bonne tenue .» (1)

L’hypothèse est ci-devant proposée : les savants dictionnaires incluent des mots, par exemple la peste ou le populisme, quand ils se répandent. Ou quand ils prennent un nouveau sens …

Marie-Éva de Villers a expliqué que  « populiste » définissait jadis l’œuvre artistique,  par exemple les écrits de Zola ; alors que c’est devenu une étiquette politique.

Lexicographe et non pas politicologue, Madame de Villers ne donne pas l’exemple du Donald en lien avec le mot « plus souvent péjoratif ».

Help

Comme le renommé et surnommé populiste contemporain Donald Trump est Américain, fureter dans la « bible » lexicographique des États-Unis est devenu la quête ultime de la définition dudit mot maudit.

Il est bien écrit dans le New Websters Dictionary and Thesaurus qu’un mouvement politique étiqueté « populist » a voulu répandre des idées socialistes révolutionnaires en Russie de 1870 à 1981. L’édition papier du NWDaT consultée pour cette recherche est trop vieille pour qu’y apparaisse une explication du populisme socialiste révolutionnaire du milliardaire Donald Trump.

Euh ! 

Les élites d’ici

Michel C. Auger, alors à Radio-Canada, et François Cardinal, alors éditorialiste-en-chef de LaPresse+, ont clairement adopté la définition du Petit Robert pour nourrir leur réflexion sur le populisme d’ici. Ils en ont trouvé l’indice incriminant dans un énième débat sur l’immigration à l’automne 2019 quand, pour des raisons différentes, les universités et les milieux d’affaires réclamaient plus d’immigration.

Le premier ministre Legault  a alors plus  que moins accusé les universités de chercher des étudiants payants et les compagnies de vouloir des employés pas cher.

Analyse de l’ancien animateur de Midi-info : « Il s’agit surtout d’un argument clairement populiste qui vise à diviser les Québécois et à rejeter le blâme sur des élites comme les établissements d’enseignement supérieur ou les milieux d’affaires face à un gouvernement qui serait seul à travailler pour les intérêts du peuple .» (2)

Celle  du commentateur de LP+ : « Le populiste, c’est plutôt celui qui prétend incarner le peuple… contre les élites et les institutions. Et c’est là que le jupon populiste de la CAQ commence sérieusement à dépasser. » (3)

Non, pas moi

Pourtant, et dès son élection, M. Legault avait énoncé une définition xénophobe du populisme pour mieux s’en éloigner : « Je ne me considère pas populiste et je rejette toute forme d’association avec Madame Le Pen ou avec les partis populistes. »(4)

Une tout autre version des choses, il y en a toujours au moins deux, est celle qui dénonce le  « discours prépondérant de la fierté québécoise au congrès de la CAQ à Drummondville à la fin mai (…) je me demande réellement s’il y a une limite au populisme du gouvernement Legault. Jusqu’où est-il prêt à aller dans la démagogie, dans la déshumanisation de l’immigration et dans la division pour se maintenir au pouvoir ? » (5)

La recherche du populisme perdu

Il appert que le populisme ne connaît pas la différence entre sa main droite et sa main gauche. «Plusieurs experts considèrent la CAQ comme plutôt populiste (…) malgré tout significativement derrière Québec solidaire (QS), qui est perçu (…) comme étant de loin le plus populiste des principaux partis au Québec (…) comme l’a montré la décision de leurs députés de prêter serment à la reine derrière des portes closes (…) sans compter le débat autour du code vestimentaire à l’Assemblée nationale».(6)

Pour le chercheur Éric Montigny, de l’Université Laval, QS est devenu en 2018 « le premier parti populiste à être représenté à l’Assemblée nationale du Québec ». (7)

CAQ-QS-PCQ : même combat

Selon M. Montigny, les populismes de gauche et de droite ont beaucoup en commun. « Ils sont d’abord portés par des acteurs politiques qui se caractérisent par leur radicalité. Le populisme relève par ailleurs davantage d’une rhétorique politique que d’une idéologie forte. Le discours populiste tend ainsi à s’adapter aux circonstances. La droite populiste et la gauche populiste se confondent donc régulièrement sur plusieurs enjeux. » (7)

Donc, donc

La confusion autour du terme « populiste » est comparable à l’imprécision du mot « woke ».

Faudrait rechercher « galvaudé »  dans les dictionnaires.

Selon le Md de Mme M-ÉdV, ça veut dire « qui ne veut plus rien dire ».

(1) Entrevue le  01/08/2022

(2)  Midi-info   08-11-2019  https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1381039/gouvernement-legault-limites-populisme-auger

(3) 16-11-2019 3-https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2019-11-07/immigration-legault-s-en-prend-a-la-chambre-de-commerce-de-montreal

(4)- 09-10-2018 https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/francois-legault-je-rejette-toute-forme-dassociation-avec-les-partis-populistes-au-quebec-141233

(5) https://www.journaldemontreal.com/2022/06/01/y-a-t-il-une-limite-au-populisme-de-la-caq

(6) https://policyoptions.irpp.org/fr/magazines/march-2019/la-caq-et-le-risque-du-populisme/

(7)https://policyoptions.irpp.org/fr/magazines/january-2019/le-pari-populiste-de-quebec-solidaire/

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Autres articles

  • Mariia Legenkovska avait sept ans. Rarement, le Québec ne s’est autant ému du décès d’une enfant. On a plus l’habitude des grands mouvements d’empathie à la suite de crimes crapuleux, comme un enlèvement ou un abus parental, ou encore l’explosion d’un véhicule piégé par une bande de motards. Mais lors d’un accident de la route, c’est sans doute une première. Un accident qu’on qualifie ordinairement de banal, mais qui ne l’a pas été.

    Continuer la lecture
  • Entrevue avec Frédérick-Guillaume Dufour, professeur de sociologie politique à l’UQAM.

    Continuer la lecture
  • Adhérer à Québec solidaire, La France insoumise ou Podemos en Espagne relève d’une même démarche : concilier le désir de changements radicaux exprimés par des mouvements de contestation, « la rue », avec un besoin de résultats tangibles immédiats, la participation à la politique traditionnelle. L’irruption de ces mouvements dans les parlements a bouleversé l’alternance feutrée du bipartisme, mais leur promesse de faire de la politique « autrement » a pris un coup de vieux.

    Continuer la lecture
  • Sans l’accord de Londres, l’Écosse n’aura pas le droit d’organiser de deuxième référendum sur l’indépendance, neuf ans après l’échec d’un premier scrutin sur la même question en 2014. Ainsi vient d'en décider la Cour suprême du Royaume-Uni[1]. Nous avons recueilli les commentaires du constitutionnaliste Daniel Turp, professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal et co-fondateur des Intellectuels pour la souveraineté lors du référendum québécois de 1995.

    Continuer la lecture