À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec

Partagez cet article

Le Parti conservateur du Québec a pris son envol quand son chef Éric Duhaime s’est proclamé le défenseur de la liberté individuelle en opposition aux restrictions pour contrer la Covid. Grand bien lui en fasse.

Jean Dussault

Quelque soit l’appui au Parti conservateur du Québec le 3 octobre , rien n’indiquera un soudain «virage à droite» de l’électorat. Pas plus d’ailleurs qu’une éventuelle dégelée de ce parti ne signifiera que «le Québec a rejeté la droite».

La base

Le Devoir a démontré, en mai dernier, que l’arrivée du PCQ sur l’échiquier électoral ne résulte en rien d’un séisme politique. La plupart des donateurs au nouveau parti n’ont pas transféré leur contribution politique d’un autre parti à celui de M. Duhaime, ils/elles ont pour la première fois de leur vie électorale contribué au financement d’un parti politique. (1)

C’est très bien que le PCQ sensibilise des, disons, sceptiques à la chose publique : pour autant, il ne transforme aucun progressiste en conservateur. Ses succès présumés n’indiquent en rien un virage majeur de la société québécoise qui ne dérogera pas soudainement à sa très habituelle, même rituelle, modération généralisée.

Une anecdote

M. Duhaime affirme qu’il ratisse tellement large que de nombreux (maintenant-ex) partisans de Québec solidaire ont largué le parti de gauche pour adopter le sien : « Parmi nos 54 000 membres, je ne peux pas vous dire combien viennent de QS, mais je sais qu’ils sont nombreux. Après les anciens caquistes, ce sont maintenant les anciens solidaires qui composent le principal noyau qui vient s’additionner au PCQ ».(2)

Le chef venait d’annoncer que Luce Daneau, candidate pour Québec solidaire en 2007 et 2008, représentera le PCQ lors des prochaines élections dans la circonscription de Johnson.

Une autre anecdote

Au printemps, tant et tant ont été surpris ou offensés du passage de Bernard Drainville (3) d’une jadis profonde adhésion au PQ à un appui officiellement nouveau à la CAQ. Soit.

Nonobstant (un terme devenu symbolique) que passer de QS au PCQ demande un tremplin plus grand que pour sauter du PQ à la CAQ, Mme Daneau va perdre dans Jonhson parce que ce n’est pas une circonscription PCQ et M. Drainville va gagner dans Lévis parce que c’est un terreau caquiste.

La transhumance

Bien au delà de la plutôt inconnue madame Daneau et bien en deçà du très connu monsieur Drainville, la démonstration des changements de pâturage politique n’est plus à faire.

Certains y voient une transition personnelle, d’autres, une trahison individuelle.

L’électorat, pour sa part, ne vire pas de bout-en-bout à chaque scrutin. Les variations dans le résultat des élections tiennent beaucoup plus à l’usure du pouvoir ou à l’attrait des chefs qu’à des virages idéologiques fondamentaux chez la majorité.

Quatre trente sous pour une piasse

Le Québec n’est pas plus à gauche depuis que QS a recueilli 16 % des voix en 2018 et le Québec ne sera pas plus à droite même si le PCQ obtient un résultat comparable dans quelques semaines.

En 2018, les plus à gauche ont trouvé un parti plus progressiste à leurs yeux que le PQ ne l’était devenu ; en 2022, les plus à droite logeront à l’enseigne du PCQ, moins centriste à leurs yeux que la CAQ ne l’est devenue.

Cet électorat-là n’a pas changé d’avis, il a changé de parti.

Pour sa part, la très grande majorité restera, comme d’habitude, agglutinée près de chaque côté du centre.

D’ailleurs, c’est parce que M. Duhaime sait que les votes sont collés au centre qu’il se targue de ratisser et à gauche et à droite dans les deux autres moins vieux partis que sont QS et la CAQ.

La nouvelle politique

Le PCQ est un (autre) parti qui clame faire de la politique différemment. Annonçant en mai la candidature du Dr Roy Eappen, un médecin affiché anti-avortement, le chef du Parti conservateur du Québec a voulu préciser que la position de son candidat ne représente aucun danger pour le droit des femmes : à preuve (?), Québec solidaire aurait eu une approche similaire en 2018 en présentant une candidate voilée.

C’est ce qu’a avancé M. Duhaime.

Il s’agit à n’en point douter d’une nouvelle façon de faire la politique différemment quand le parti le plus à droite défend son attitude en l’attribuant au parti le plus à gauche.

L’ouverture étroite

« Tous les Québécois, tous les électeurs ont droit d’être candidats à une élection générale et ce n’est pas vrai qu’on va exclure des gens, parce qu’ils ont la foi et croient en Dieu », a martelé M. Duhaime, en rappelant que le Dr Eappen est opposé à l’avortement en raison de ses convictions religieuses.

Le chef n’a pas cité de cas où une telle exclusion est survenue lors d’une élection québécoise.

Il appartiendra à l’électorat de faire la différence entre la nature des convictions d’un candidat et celle des arguments de son chef.

La volonté divine

Il a déjà été écrit dans ces pages que les dieux sont moins bêtes que ceux qui s’en réclament les porte-parole.

Invoquer quelque déité que ce soit en campagne électorale peut théoriquement relever d’un acte de foi sincère; il peut aussi s’agir d’une indécence offensante pour les divines providences. Et pour celles et ceux, électrices et électeurs, qui préfèrent réserver leurs croyances religieuses au dieu de leur choix.

Donc

Après son résultat dans l’élection partielle dans Marie-Victorin en avril, Éric Duhaime s’est réjoui que le PCQ soit passé de zéro à dix pour cent des votes en moins d’un an.

Le soir de l’élection, M. Duhaime se félicitera d’avoir amené son parti du néant à… quelque chose.

Il n’aura pourtant été qu’une petite brise, plus ou moins rafraichissante, dans le calme plat de l’orientation politique de l’électorat québécois.

Mitsou

Avec affection ou sarcasme, c’est selon, ses partisans ou opposants pourront alors lui chanter le succès populaire de 1988 :  Bye, bye, mon cowboy.

  • 1- Le Devoir. 6 mai 2022
  • 2 – Le Soleil 3 mars 2022
  • 3 – Bernard Drainville est un ami depuis plus de trente ans.

Laisser un commentaire

Autres articles

Voir tout
  • Le Parti conservateur du Québec (PCQ) et son chef Éric Duhaime joueront-ils les trouble-fête dans une campagne électorale qui s’annonçait sans surprise et dont l’issue semble écrite d’avance, la seule inconnue de l’élection générale du 3 octobre étant de savoir qui formera l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale ?

    Continuer la lecture
  • Le 3 octobre, nous serons appelés à renouveler les membres de l’Assemblée nationale, des gens qui, ainsi le veut la théorie, nous représenteront. Pourtant, si on en juge par le résultat des précédentes élections générales, les élus de 2018 sont loin de refléter la réalité de la société québécoise : 27,2 % de femmes députées contre 50,3 % de Québécoises, 84 % de personnes de plus de 40 ans contre 52 % dans la population générale, 79 % de diplômés des universités contre 29 %. Donc, très souvent, des gens qui nous représentent, mais ne nous ressemblent pas.

    Continuer la lecture
  • À l’approche de l’élection québécoise, le PLQ a moins d’appuis dans les sondages qu’il n’en a récolté dans ses deux plus grandes défaites en plus d’un siècle et demi. Sous ses deux derniers premiers ministres, Jean Charest en 2007 et Philippe Couillard en 2018. Pente glissante.

    Continuer la lecture
  • Il y a longtemps que tout un chacun annonce que le Parti québécois aura été le parti d’une seule génération. À deux mois de l’élection, les militants péquistes clameront que l’hypothèse était fausse et ils auront raison : le PQ aura réussi à vivre … deux générations.

    Continuer la lecture