À propos de l'auteur : Diane Précourt

Catégories : Tourisme

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Garnotte

Diane Précourt

La génération des jeunes nés grosso modo entre 1998 et 2007, qui englobe près du tiers de la population mondiale (autour de 18 % au Canada) selon les statistiques officielles, représente les voyageurs des prochaines décennies. La Gen Z, de son petit nom, celle qui a grandi dans le giron d’Internet et des connexions numériques 24/7, dicte déjà ses besoins et préférences dans la sélection et la nature de ses déplacements. L’industrie touristique et les merketeurs sont aux aguets pour cerner ce segment de la société et pouvoir s’adapter à ses comportements.

Beaucoup de ces jeunes maintenant âgés entre 16 et 25 ans ont bourlingué avec leurs parents, se sont frottés à l’a b c de l’univers touristique et ils affichent des exigences aux antipodes de celles des générations précédentes, dans la foulée des babyboomers, des X et des Y. Souvent bilingues ou trilingues, voire multilingues, ils intègrent le monde du voyage avec un imposant bagage de connaissance et de vécu.

Considérés comme de grands usagers du transport aérien par rapport à leurs aînés, les Z carburent à la découverte des cultures, aux expériences, de préférence inédites et personnalisées, ou même convoitent ne serait-ce que quelques fragments du luxe qu’ils ont connu dans des destinations avec leur famille.

On est loin des backpackers ou des freaks branchés sur l’autostop qui prenaient d’assaut les auberges de jeunesse en quête de rencontres et de liens avec leurs pairs. « Les Z arrivent chez nous en voiture, munis de leur téléphone cellulaire, de leur ordinateur portable et de leurs écrans », note David Huot, propriétaire de La Secousse, jusqu’à récemment l’Auberge de jeunesse de La Malbaie. « Mais, non, il n’y pas de téléviseur dans nos unités, ni de déjeuner au lit, ni de service aux chambres », précise-t-il. Lui qui accueille depuis des années, avec son équipe, une clientèle de plus en plus hétéroclite, note que celle des jeunes contemporains n’a plus rien à voir avec ses prédécesseurs.

Il faut dire aussi qu’ils surnagent dans une ambiance mondiale trouble, poursuit-il, marquée par l’inflation, le dérèglement climatique, l’effritement du pouvoir d’achat, la crise du logement, la guerre … toutes des conditions au potentiel de morosité considérable. « Et même s’il existe toujours des moments magiques de sociabilité, l’esprit festif et le besoin d’échanges humains les animent peu. » Ainsi, le chacun-pour-soi semble faire des ravages sur le sens de la fête notoire chez les Québécois. Sans compter que la pandémie a laissé des séquelles sur le moral des troupes, et ce, à une étape sensible de la vie.

En berne, la notion de plaisir, les repères sociaux, relationnels, sensuels ? Et le langage de la séduction, bordel ! Passerait-il inévitablement par les Tinder de ce monde, dans une quête échevelée du match parfait ?

Bonjour les paradoxes

Si la Gen Z se montre généralement soucieuse de la protection de l’environnement et préoccupée par son empreinte carbone, paradoxalement, elle ne daigne pas pour autant sacrifier ses vacances ou modifier ses habitudes de voyage. Selon une consultation auprès de plus de 4000 personnes dirigée par la Fondation Higher Education for Good, dévoilée en octobre dernier dans Le Figaro et citée par la Chaire de tourisme Transat-UQAM, près de la moitié des jeunes Français «se disent disposés à réduire leur consommation matérielle […], mais certains postes comme le bien-être (confort, bonheur) sont intouchables ».

Chez nous, un texte paru en avril 2023 et signé par Julie Payeur, du Réseau de veille en tourisme, émet ceci : « À la lumière des différents sondages menés sur la conscience durable des Z, il est intéressant de constater que le comportement réel peut souvent diverger des intentions. »

Quant aux tarifs galopants des transports et des séjours à l’étranger, et même des prestations locales, ils conditionnent les décisions de voyage tous azimuts, y compris pour les Z. « Depuis un an, remarque David Huot, le prix est devenu l’un des premiers critères dans les options des clients. »

Cela dit, marketeurs et fournisseurs de services n’ont d’autre choix que de rester bien à l’affût des aléas de cette génération, vu les avancées technologiques à la vitesse grand V dont elle est inséparable – quel euphémisme – et la montée phénoménale de l’intelligence artificielle.

Et les attitudes en voyage ? Changeront-elles dans l’éventualité où le budget de la Gen Z gonflerait avec les années ? À voir. En attendant, on se demande bien ce que nous réserve la génération alpha, la prochaine en liste.

En vrac

Le groupe Staintlo, dont le siège social se situe à Montréal, est né d’un divorce entre des auberges de jeunesse québécoises et ontariennes et la bannière Hostelling International Canada : administration lourde, préoccupations différentes par rapport au reste du pays et communications strictement en anglais. Le nom est inspiré de son terrain de jeu le long du fleuve Saint-Laurent.

Dans une entrevue avec la ministre canadienne du Tourisme Soraya Martinez Ferrada, signée par Pierre Bellerose dans Tourismexpress, celle qui est aussi responsable de l’Agence de développement économique du Canada pour le Québec avance quelques chiffres. En 2022, « le tourisme a généré des recettes fiscales de 94 milliards de dollars et a représenté 1,5 % du PIB du pays durant la reprise. Un emploi sur dix au pays dépend du tourisme […] ».

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