À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : Société

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Comme nous tous, les jeunes cégépiens ont vu leur vie changer radicalement en raison de la crise sanitaire. Au chapitre de leur orientation professionnelle, ils sont davantage préoccupés de leur avenir, mais ils n’ont pas perdu leur détermination. 

Marie-Josée Boucher

Comme dans tous les secteurs d’activité, le coronavirus a bouleversé notre quotidien. Les plans professionnels de beaucoup d’étudiants de niveau collégial n’y ont pas fait non plus exception.

Le service d’orientation professionnelle du cégep Maisonneuve à Montréal, est très au fait de ce problème. D’entrée de jeu, la conseillère en orientation, Murielle Audet, souligne que le télétravail a permis au service de poursuivre sa mission et de garder le contact avec les jeunes.

« Nos activités n’ont pas diminué du tout. Nous avons même connu un peu plus d’achalandage. Nous avons créé une salle de documentation virtuelle et nous avons tenu des vidéoconférences avec les étudiants », témoigne-t-elle, lors d’une entrevue téléphonique.

La conseillère en orientation n’a pas été en mesure de nous donner des chiffres sur le nombre de jeunes du collège qui ont changé d’orientation professionnelle depuis mars 2020.

Par ailleurs, un sondage du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec mené auprès de plus de 600 jeunes de 15 à 35 ans, publié en mars 2021, avait révélé que 46 % ont été forcés de revoir leur plan de carrière, 38 % ont décidé de reprendre leurs études et 29 % ont choisi de se réorienter. En outre, les jeunes disaient avoir ressenti un sentiment d’isolement.

De son côté, l’organisme montréalais sans but lucratif Academos offre du mentorat virtuel en faisant le pont entre les aspirations des jeunes et le monde du travail. Une étude, publiée en février 2021 et réalisée auprès de 4 200 étudiants canadiens de 14 à 30 ans, dont plus de 1 000 au Québec, a fait ressortir neuf faits saillants quant aux effets nocifs de la pandémie sur leur orientation professionnelle.

Parmi ces points, signalons : une réflexion accrue sur leur orientation scolaire et professionnelle, un changement de leur vision du monde du travail et une disposition à demander davantage conseil à leur famille ou à leur entourage.

Plus de réflexion 

La crise sanitaire a d’abord entraîné chez les jeunes une réflexion sérieuse sur leur avenir professionnel. « En étudiant à distance, ils vivaient plus d’insécurité, ce qui créait de l’anxiété », signale Murielle Audet.

Le contexte d’études a également changé en raison de la crise. Elle explique que si l’apprentissage en ligne permet de rester à la maison, il comporte des désavantages. En classe, un jeune peut consulter un camarade s’il n’a pas bien compris une notion. Une option impossible lors de l’apprentissage en ligne.

Leur sens de l’adaptation a également été mis à rude épreuve. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) a publié un rapport de plus de 150 pages intitulé Derrière ton écran et réalisé en septembre 2020 auprès de plus de 6 000 étudiants d’une dizaine de régions administratives et de près de 20 collèges.

L’organisme illustre ainsi un des effets de l’enseignement en ligne : «…dans un même cégep, les membres du corps enseignant utilisaient bien souvent plusieurs plateformes numériques différentes. Cela a eu pour conséquence le fait qu’un étudiant pouvait, par exemple, avoir, dans chacun de ses cinq cours, une procédure différente à suivre, une plateforme différente à télécharger et une manière différente de remettre ses travaux».

Une situation qui a eu pour effet, selon la FECQ, d’exacerber l’anxiété des jeunes et d’alourdir leur charge de travail.

De plus, les cours permettent parallèlement de participer à la vie sociale du collège. L’étudiant crée des liens autour de lui et au sein de ses cours. Le collège Maisonneuve a offert ses cours en présentiel l’automne dernier, puis en ligne au début de janvier 2022 et à nouveau en présentiel dès le 31 janvier. « La première chose que les étudiants m’ont dite à leur retour, c’est : J’espère que nous allons rester en présentiel!», affirme Murielle Audet

Elle soutient que l’apprentissage en ligne à lui seul a suffi à détourner certains jeunes de leur projet professionnel initial. « Ils ne se voyaient pas travailler tout le temps à l’ordinateur; ils y ont goûté. »

La conseillère fait valoir la grande résilience des jeunes dans une période clé de leur cheminement. «Si je pense à la cohorte des étudiants 2019-2021, plus de la moitié de leur parcours a été fait en ligne, à l’âge où la vie tourne autour du réseau social et des amis. Ça n’a pas été facile pour eux!»

Elle donne aussi l’exemple d’un jeune qui a terminé ses études secondaires à distance et qui a fait son entrée au cégep de la même façon.« Tout est à distance. Il ne connaît pas nécessairement ses camarades de classe. Quand il revient en classe, ce sont des nouveaux camarades pour une deuxième fois.»

Ont-ils acquis plus de maturité ou la pandémie a-t-elle plutôt miné leur moral?« C’est un heureux mélange des deux, répond Murielle Audet. Pour certains, le temps d’arrêt leur a permis d’exprimer sur papier leur idée d’orientation et d’y réfléchir, mais chez d’autres, l’effet a été plus anxiogène », dit-elle.

Vision du monde du travail

Les cégépiens ont également compris que certains secteurs d’activité, comme la santé, l’enseignement, le droit ainsi que les services sociaux, communautaires et gouvernementaux sont devenus clés en raison des grands besoins sociaux et économiques de la situation actuelle, et ils ont réévalué leur choix.

Murielle Audet le confirme en ce qui a trait au secteur de la santé. « On ne se le cachera pas; il y a eu du questionnement. Ceux qui étaient tentés par le secteur de la santé m’ont dit qu’ils avaient envie d’explorer autre chose. Des étudiants en soins infirmiers se demandaient : je reste ou je change?»

Est-ce que les jeunes veulent vraiment aider dans des secteurs où les besoins sont grands, qu’ils soient motivés ou non par l’appât du gain? Murielle Audet répond par l’affirmative et souligne le grand cœur de beaucoup de jeunes : « Nous avons une belle génération. Certains jeunes ont fait du bénévolat pendant la pandémie ou se sont inscrits à Je contribue.  (9 :30)»

Rappelons que ce programme est la plateforme du gouvernement du Québec qui, depuis le début de la pandémie, invite les personnes intéressées à apporter leur participation aux grands besoins en santé et services sociaux dans toutes les régions du Québec.

Apport de l’entourage et influence parentale

Les jeunes se sont davantage rendu compte qu’ils devaient apprendre à se connaître en discutant avec leurs parents ou avec des personnes significatives de leur entourage, afin de prendre les bonnes décisions professionnelles sur leur avenir.  

« Ça a été peut-être plus accentué. Le confinement a fait en sorte qu’il y a eu plus d’échanges par le fait que les gens étaient en famille. Ces conversations n’auraient peut-être pas eu lieu en temps normal», rapporte Murielle Audet.

« Ne sous-estimons pas les jeunes de cette génération Z, ajoute-t-elle. C’est plutôt nous, des générations précédentes, qui avons du mal à nous adapter. Ils ont un bagage important de connaissances au niveau des communications et des médias sociaux. Ils ont leur propre façon de faire », avance-t-elle.

« Je suis une éternelle optimiste», poursuit Murielle Audet. Les jeunes du collégial sont à l’âge des questionnements, ils ont 17 ans et vivent des expériences parmi les plus significatives de leur vie. Ils veulent se situer dans la vie, décider où ils veulent aller, évaluer le temps qu’ils doivent y mettre, et ce qui les anime.»

Avantage majeur

Malgré les difficultés qu’a entraînées la pandémie chez les jeunes en réflexion sur leur avenir ou qui ont déjà choisi leur voie, ceux-ci bénéficient d’un atout majeur, contrairement aux générations précédentes: les besoins sont criants en main-d’œuvre dans la plupart des secteurs d’activité de l’économie!

« Oui, c’est une préoccupation en moins, admet Murielle Audet. C’est aussi une génération qui, globalement, veut travailler dans un secteur qu’elle aime. Il ne s’agit pas seulement de travailler et de gagner des sous!»

Il faut aussi, bien sûr, diminuer leurs inquiétudes. « L’anxiété de performance est plus intense. Nous devons les aider à dédramatiser. Il y a des solutions et d’autres options. En tant que conseillers, nous sommes là pour les accompagner », conclut Murielle Audet.

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