À propos de l'auteur : Daniel Raunet

Catégories : International

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Christian Tiffet

Daniel Raunet

Qu’adviendra-t-il de Gaza en ruine une fois que les Israéliens seront revenus de leur rage et de leur soif de vengeance ? Les leçons de l’histoire ne sont malheureusement pas très prometteuses.

Le point de départ, la catastrophe palestinienne de 1948

En 1947, l’ONU avait prévu la partition de la Palestine britannique en deux États, mais le rejet de la formule autant par les sionistes que par les nations arabes se termine par la victoire totale d’Israël l’année suivante. Pour les Palestiniens, c’est la « Nakba », la catastrophe. Le territoire de Gaza, qui avait été conquis par l’Égypte, devient la terre de refuge des Arabes de toute la région côtière et plus loin. Aux 80 000 habitants d’avant la guerre s’ajoutent plus de 200 000 réfugiés. La misère s’installe, pour longtemps.

Israël s’empare de Gaza

Hormis une brève parenthèse israélienne pendant la guerre de Suez de 1956, Gaza demeure égyptienne jusqu’à la deuxième guerre israélo-arabe de 1967. La Jordanie perd alors la Cisjordanie, la Syrie, le Golan et l’Égypte, la bande de Gaza. Que faire de tous ces non-Juifs ? Obsédé par la dynamique démographique du territoire, le premier ministre Lévi Eshkol parlait de déporter 100 000 réfugiés vers l’Irak tandis qu’Ygal Allon et Menahem Begin auraient préféré les envoyer dans le nord du Sinaï. On parlait même de l’Amérique latine !

L’occupation israélienne se traduit d’abord par la répression des combattants du Fatah. Puis, de 1972 à 1978, Israël table, sans grand succès, sur un rapprochement entre notables gazaouis et le roi de Jordanie afin d’écarter le spectre d’une unité des Palestiniens derrière l’OLP.

En 1977, le président américain Jimmy Carter veut relancer la solution onusienne à deux États. En Israël, les travaillistes perdent les élections, ce qui fait sombrer l’option jordanienne. Ils cèdent le pouvoir à une coalition de droite, le Likoud de Menahem Begin. En mars 1979, sous parrainage américain, Begin signe la paix avec le président égyptien, Anouar Sadate. À Gaza, c’est la consternation chez les Frères musulmans. Galvanisés par le succès de la révolution islamique en Iran, ils fondent le Hamas qui, à la faveur de la première Intifada (révolte) de 1987, prend le virage de la lutte armée.

Les Accords d’Oslo et leur sabotage

Fin 1988, l’OLP renonce à revendiquer tout le territoire de l’ancienne Palestine pour se rabattre sur les frontières d’avant 1967. Ce virage permet des négociations avec Israël qui débouchent en 1993 sur les Accords d’Oslo. Israël et l’OLP se reconnaissent mutuellement, une Autorité palestinienne est créée à laquelle devraient être rétrocédés progressivement la Cisjordanie et Gaza. En fait, tout reste à négocier, en particulier le statut de Jérusalem. À Gaza, les islamistes du Hamas dénoncent ces Accords et maintiennent à leur programme la destruction de l’État sioniste.

Le 4 novembre 1995, le premier ministre travailliste signataire des Accords, Yitzakh Rabin, est assassiné par un Juif religieux. En juin 1996, Benyamin Nétanyahou accède pour une première fois au pouvoir. Un Nétanyahou qui, en octobre 1995, manifestait encore contre les Accords d’Oslo derrière une banderole proclamant « Mort aux Arabes »[1]. À partir de 2000 et dans le contexte d’une deuxième intifada où le Hamas et le Jihad islamique multiplient les attentats, la droite israélienne enterre ces Accords. Elle multiplie les colonies dans les territoires occupés et rejette toute présence officielle palestinienne à Jérusalem[2].

À Gaza, les Israéliens cèdent la place au Hamas

En 2005, face à l’impossibilité de contrôler directement la bande de Gaza, Israël évacue les 7 000 colons du territoire et en retire totalement ses troupes. Il s’ensuit une guerre civile à l’issue de laquelle le Hamas supplante le Fatah et conquiert la majorité des sièges aux élections municipales du territoire. En janvier 2006, lors des dernières élections en date de l’Autorité palestinienne, le Hamas remporte 44 % des voix à Gaza, soit 29 sièges. Israël interdit alors aux députés islamistes de se rendre en Cisjordanie pour y siéger et jette en prison huit d’entre eux.

En juillet 2007, avec la collaboration de l’Égypte, Israël impose un blocus quasi total autour de la bande de Gaza, blocus qui n’a jamais été cessé depuis. Comme l’écrit l’historien Jean-Pierre Filiu, « Le scénario israélien d’une division entre un “Hamastan” à Gaza et un “Fatahstan” en Cisjordanie est devenu réalité ». Toutefois, le gouvernement israélien permet le financement en sous-main du Hamas par le Qatar, 30 millions $ US par mois aux dernières nouvelles.

La communauté internationale continue de parler du bout des lèvres d’une solution à deux États, mais en 2020 le président Trump enterre pour de bon la formule d’Oslo en présentant une nouvelle proposition qui légaliserait les colonies juives des Territoires occupés, 700 000 personnes désormais, et réduirait la carte des territoires palestiniens à une poussière d’enclaves.

Que faire de Gaza ?

Le gouvernement israélien semble à court de politique pour l’avenir. Un constat d’échec s’impose pour la doctrine Nétanyahou, ce que les Israéliens appellent la « conceptzia », c’est-à-dire une gestion au jour le jour de l’occupation liée à une division assumée des Palestiniens entre le Hamas et l’Autorité palestinienne. Le front commun des principaux acteurs politiques derrière la guerre cache d’importantes divergences quant au futur.

Solution n. 1 — le nettoyage ethnique

L’extrême droite du cabinet israélien envisage ouvertement le nettoyage ethnique de Gaza. « Nous enclenchons donc maintenant la Nakba de Gaza » déclarait Avi Dichter, ministre de l’Agriculture avant que Benyamin Netanyahu ne le réprimande pour avoir trop parlé à voix haute[3]. Le ministre des Finances Bezabel Smotrich lui non plus n’a pas pris de gants. « Je salue l’initiative d’une émigration volontaire des Arabes de Gaza vers des pays autour du monde (…) Israël ne sera plus capable d’accepter l’existence d’une entité indépendante à Gaza »[4].

Une telle solution finale se heurte à l’opposition de tous les pays arabes dont aucun n’accepte d’ouvrir ses frontières à une nouvelle marée humaine. L’armée israélienne pourrait toutefois forcer la main de l’Égypte en massant, comme elle le fait depuis quelques jours, l’immense majorité de la population gazaouie le long du territoire égyptien, 1,9 million de personnes déplacées sur les 2,3 millions d’habitants. C’est ce qu’a avancé à la télévision d’État turque le politologue britannique Afzal Ashraf, de l’Université de Loughborough. « C’est une tentative de forcer le gouvernement égyptien à les prendre comme réfugiés de façon à ce qu’éventuellement ils ne puissent plus jamais retourner »[5]. Le quotidien israélien Haaretz se fait l’écho d’une hypothèse encore plus sombre qui court à Gaza, celle d’une dégradation telle de la situation sécuritaire des réfugiés que ceux-ci, soumis aux feux de l’armée israélienne, franchissent en masse la frontière égyptienne, avec ou sans le consentement du Caire, et prennent le chemin d’un exil définitif en une gigantesque débandade incontrôlable[6].

Solution n. 2 — trouver le « bon » collaborateur palestinien

Tous les acteurs occidentaux et israéliens s’accordent sur un point, le Hamas ne doit jamais plus gouverner Gaza. Mais alors, qui va administrer le territoire ? Le premier ministre Nétanyahou ne veut rien savoir d’un retour de l’Autorité palestinienne[7]. Pour lui, Israël doit rester responsable militairement de Gaza « pour une période indéfinie ». Le Secrétaire d’État américain Anthony Blinken le contredit « Il est impératif que le peuple palestinien soit au centre de la gouvernance de Gaza ainsi que de la Rive Ouest (du Jourdain) »[8].

Mais quels Palestiniens ? Pour le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, la réponse est claire : « Qui contrôlera Gaza ? Je pense qu’il n’y a qu’un seul qui peut le faire, c’est l’Autorité palestinienne. »[9] Discrets sur le sujet, il semble toutefois que les Américains pensent plutôt à une tutelle internationale de quelques pays arabes, avec ou sans des Occidentaux[10]. Une solution rejetée par Netanyahu.

Tout ceci reflète la méfiance générale envers l’Autorité palestinienne et son chef Mahmoud Abbas, une administration corrompue et largement discréditée auprès de sa propre population. Le successeur favori du président Abbas, selon les sondages auprès de l’opinion palestinienne, serait Marwan Barghouti, mais il purge une peine de prison à perpétuité dans les geôles israéliennes. Les Américains ont quelqu’un d’autre en vue, Hussein al-Sheikh, le secrétaire de l’OLP, qui parle hébreu couramment et est bien connecté auprès des élites israéliennes. Difficile, la recherche du bon collaborateur.

Solution n. 3 — la solution à deux États

La troisième solution, c’est l’application des résolutions des Nations-Unies et la création de deux États souverains. Une solution dont personne ne veut en Israël, à part les pacifistes, très minoritaires. Pour succéder à Netanyahu, les sondages placent en tête un ancien chef d’état-major, Benny Gantz, actuellement membre du cabinet de guerre.[11] Il y a un an, Gantz s’était prononcé sur l’avenir de l’administration palestinienne en évitant soigneusement la formule des deux États. « Nous sommes pour deux entités séparées, mais pas de façon à mettre en danger Israël »[12]. Les observateurs estiment généralement que ce rival de Nétanyahou ne dévierait pas de sa politique d’avant le 7 octobre dernier : prise en charge sécuritaire du territoire et relais locaux palestiniens.

Que veulent les populations juives et arabes ?

Selon un sondage de l’Arab World Research and Development group (AWRAD), du début du mois de novembre, 76 % de l’opinion publique de Gaza et de la Cisjordanie occupée soutient « l’opération militaire » du Hamas[13]. Un sondage de janvier 2023 démontrait également le peu d’appétit en Israël, même avant la guerre de Gaza, pour un renforcement des institutions palestiniennes. 34 % des Juifs israéliens étaient en faveur de la solution à deux États, 37 % en faveur de la domination continue des Palestiniens par Israël, 71 % contre l’octroi du droit de vote aux Palestiniens au sein d’Israël, et un petit 20 % en faveur d’un état binational où chacun aurait les mêmes droits[14].

Conclusion, qu’on espère provisoire, c’est mal parti.

[1] Joshua Leifer, « The Netanyahu doctrine: how Israel’s longest-serving leader reshaped the country at his image », The Guardian, Londres, 21 novembre 2023. https://www.theguardian.com/world/2023/nov/21/the-netanyahu-doctrine-how-israels-longest-serving-leader-reshaped-the-country-in-his-image

[2] Assma Maad et Romain Imbach, « Israël-Palestine : du mandat britannique aux accords d’Oslo, l’échec de la solution à deux Etats en cartes », Le Monde, Paris, 17 novembre 2023. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/11/17/israel-palestine-du-mandat-britannique-aux-accords-d-oslo-l-echec-de-la-solution-a-deux-etats-en-cartes_6200786_4355770.html

[3] Emma Graham- Harrison et Jason Burke, « Israel says it will increase military offensive in Southern Gaza », the Guardian, Londres, 18 novembre 22023. https://www.theguardian.com/world/2023/nov/18/israel-says-it-will-increase-military-offensive-in-southern-gaza

[4] « Israeli minister says Israel no longer able to accept existence of Gaza, calls for ‘voluntary emigration' », dépêche du Guardian, Londres, 14 novembre 2023. https://www.theguardian.com/world/live/2023/nov/14/israel-hamas-war-live-updates-gaza-alshifa-hospital-staff-patients-trapped-israeli-drone-strike-west-bank-deaths-palestine?filterKeyEvents=false&page=with:block-655368898f087302118b42b2#block-655368898f087302118b42b2

[5] Afzaf Ashraf, « Why is Israel pushing Palestinians to the Egyptian border ? », TRT Word Now, Istamboul, 6 décembre 2023. https://www.youtube.com/watch?v=71hVCNBVQLo

[6] Jack Khoury, « Israeli air strikes in Gaza strip push Palestinian to Egyptian border, Haaretz, Tel Aviv, 6 décembre 2023.

[7] CNN,  » Netanyahu appears to rule out giving Palestinian Authority control of post war Gaza », Atlanta, 12 novembre 2023. https://edition.cnn.com/videos/politics/2023/11/12/sotu-netanyahu-on-palestinian-authority.cnn

[8] Patrick Wintour », Israel cannot reoccupy Gaza at end of conflict, says Antony Blinken »‘ The Guardian, Londres, 8 novembre 2023. https://www.theguardian.com/us-news/2023/nov/08/israel-cannot-reoccupy-gaza-at-end-of-conflict-says-antony-blinken

[9] Patrick Wintour,  » Corrupt, discredited: could a reformed Palestinian Authority run Gaza? », The Guardian, Londres, 27 novembre 2003. https://www.theguardian.com/world/2023/nov/27/corrupt-discredited-could-a-reformed-palestinian-authority-run-gaza

[10] Lorraine Mallinder, « Have teh US and Israel agreed on Gaza’s future ? », Al Jazeera, Doha, 21 novembre 2023. https://www.aljazeera.com/news/2023/11/21/have-the-us-and-israel-agreed-on-gazas-future

[11] The Times of Israel, « Election poll shows Gantz at 43 seats, Netanyahu’s Likud at 18, Smotrich out », Jérusalem, 30 novembre 2023. https://www.timesofisrael.com/election-poll-shows-gantz-at-43-seats-netanyahus-likud-at-18-smotrich-out/

[12] Haaretz, « Gantz: Agreement With Palestinians Not Likely in Foreseeable Future », Tel Aviv, 24 septembre 2022. https://www.haaretz.com/israel-news/2022-09-24/ty-article/.premium/gantz-agreement-with-palestinians-not-likely-in-foreseeable-future/00000183-70f6-dcfe-a993-fff74df40000

[13] Dahlia Scheindlin,  » Three-quarters of Palestinians Support Hamas’ Attack on October 7, Says New Poll. Why? »‘ Haaretz, Tel Aviv, 22 novembre 2023.

[14] Palestinian center for policy and survey research, « The Palestine/Israel pulse, a joint poll summary report »,  Ramallah, Territoires occupés de Cisjordanie, 24 janvier 2023. https://pcpsr.org/en/node/928

Gaza avant Israël

L’idéologie sioniste justifie son bien-fondé par un don initial de Dieu aux anciens Hébreux. « Eretz Israel », la Terre d’Israël, c’est chez eux. Pourtant, l’histoire est un peu plus compliquée.

Gaza a toujours été le lieu de passage obligatoire entre les mondes égyptien et proche-oriental, entre la Méditerranée et les déserts du Sinaï et du Néguev. Fondé par les Égyptiens au deuxième millénaire avant notre ère, s’y sont succédé les Hittites, des envahisseurs indo-européens, puis, à partir du XIIe siècle avant Jésus-Christ, un des « peuples de la mer », les Philistins, qui en resteront maîtres pendant quatre siècles. C’est ce peuple qui a donné son nom à la Palestine.

Gaza n’a jamais été la terre des Hébreux

La Bible nous apprend que cette contrée n’a jamais été peuplée par les anciens Hébreux. Les Philistins sont toujours décrits comme des ennemis, tant dans l’histoire du colosse hébreu Samson et de la belle Dalila [1], que celle du futur roi David terrassant le géant Goliath [2]. Après les règnes de David et Salomon, le prophète Amos maudit ce peuple au nom de l’Éternel. « J’enverrai le feu dans les murs de Gaza, et il en dévorera les palais .» [3]

Puis défilent de nouveaux envahisseurs, les Assyriens, les Perses, Alexandre le Grand, les Séleucides et enfin les Romains. Les Philistins de Gaza finissent par se fondre avec ces autres peuples, mais les historiens n’en font jamais des Hébreux. Au contraire, ils s’hellénisent et ajoutent les dieux des Grecs à leur propre panthéon.

L’apparition des juifs

À l’époque du Christ, la Palestine est divisée en trois territoires soumis à Rome. Les Hasmonéens règnent sur la Judée, centrée sur Jérusalem, tandis que la Samarie et la Galilée est dans deux autres entités. Sur le plan religieux, les Samaritains et les Galiléens contestent la prééminence du Temple de Jérusalem et de sa caste sacerdotale. Les partisans de la Judée deviennent les juifs, tandis que d’autres, comme les Samaritains, conservent les premiers livres de la Bible, mais se détachent du judaïsme naissant. Il reste encore quelques milliers d’Arabes samaritains en Cisjordanie.

Gaza, ville de la diaspora

Les Romains n’ont pas dispersé tous les Juifs hors de Judée lors de la destruction du Temple de Jérusalem en 70 de notre ère, seule une élite en a été chassée. Les exilés se fondent dans des diasporas dispersées dans tout l’Ancien Monde. À Gaza, l’historien Jean Pierre-Filiu écrit que vers l’an 130 « une communauté juive, certes réduite, reste implantée dans le faubourg maritime de Mayoumas, où elle côtoie d’autres minorités, Samaritains, zoroastriens, chrétiens »[4]. Ces Juifs de la diaspora sont à l’origine du judaïsme rabbinique contemporain.

L’ère des prosélytismes

Sous l’Empire romain tardif puis l’Empire byzantin, le christianisme devient la religion dominante de Gaza et du Moyen-Orient. La lingua franca est alors une langue sémitique, l’araméen. Après la conquête arabe, les Gazaouis comme les autres passent progressivement à l’islam. Et à la langue arabe.

Pendant ce temps, le judaïsme se répand et fait des adeptes auprès de peuples sans lien avec les anciens Hébreux. Le Coran parle des Juifs de Médine, alliés du prophète Mahomet. Des royaumes juifs apparaissent au Yémen, en Éthiopie, chez les Berbères d’Afrique du Nord. En Europe centrale et orientale se développe un judaïsme ashkénaze qui va jusqu’à faire des adeptes chez les Slaves et les Khazars turcophones. Aujourd’hui il faut généralement avoir une mère juive pour être accepté comme juif, mais la tradition endogamique n’a pas toujours été le cas. Les Palestiniens d’aujourd’hui sont tout aussi descendants d’Abraham, Isaac et Jacob que les Juifs new-yorkais.

La Palestine musulmane 

Le mot « Palestine » réapparaît avec la conquête musulmane. Sous les Omeyyades (661-750), Gaza fait partie d’une division militaire nommée le « jund de Palestine ». Les Juifs y sont très minoritaires. En 1481 le rabbin Meshullam, de passage dans la ville, recense soixante familles juives et quatre samaritaines. D’un califat à l’autre, en passant par les invasions des croisés puis des Mongols, Gaza finit par tomber sous domination ottomane en 1525. Jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Le mandat britannique

En 1916, Français et Britanniques avaient déjà prévu comment dépecer l’Orient ottoman. L’accord Sykes-Picot crée le Liban, la Syrie, l’Irak, le Koweït, la Jordanie … et la Palestine. La Société des Nations en donne le mandat aux Britanniques en 1920. Alors que les immigrants sionistes s’implantent durablement en Palestine mandataire, les Gazaouis, musulmans, chrétiens, notables et communistes confondus, participent à l’agitation palestinienne de l’entre-deux-guerres contre la croissance des colonies juives. En 1946, quand le Royaume-Uni se retire de l’Égypte, le Fonds national juif fonde pour la première fois un avant-poste militaire sioniste à Kfar Darom en banlieue de Gaza. Et quand les nations arabes perdent la guerre contre le jeune État d’Israël en 1948, l’Égypte va administrer Gaza au nom d’un État palestinien inexistant jusqu’à la guerre suivante en 1967.

D.R

[1] Juges 13:1 et 16.31.

[2] Chapitre 17 du Premier livre de Samuel.

[3] Amos 1.7.

[4] Jean-Pierre Filiu, « Histoire de Gaza », Fayard, 2012, Paris.

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