À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

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Catherine Saouter

Serge Truffaut

L’horizon politique de Donald Trump se confond désormais avec un brouillard d’autant plus épais que le monde a été témoin ces derniers jours d’une avalanche de gestes posés par les autorités judiciaires de l’État fédéral, des États de New York et de Georgie sans oublier la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants.

Aux gestes évoqués, il faut en ajouter deux autres : il y a une quinzaine de jours, le Wall Street Journal et le New York Post ont souligné par éditos interposés qu’il n’était plus plus question de soutenir Trump. Ces médias estiment que ce dernier est une personnalité politiquement indigne pour avoir ignoré les violences perpétrées par ses partisans pendant 187 minutes le 6 janvier 2021.

L’indifférence manifestée ce jour-là par le chef de l’exécutif a eu par ailleurs un impact si profond chez des millions d’Américains que bien de ces derniers ont imprimé une inflexion sur les humeurs électorales qui inquiètent quelque peu les mandarins du Parti républicain. Voilà en effet qu’en vue des élections de mi-mandat une remontée des démocrates a été notée. Détaillons.

Le FBI à Mar-a-Lago

Tôt le matin du 8 août, les agents du FBI, mandat de perquisition en main, ont pénétré dans la résidence de Trump baptisée Mar-a-Lago. Comme l’opération avait été préparée à l’enseigne de la discrétion, ces agents n’avaient pas revêtu le coupe-vent sur lequel est imprimé en gros caractères: FBI. Et d’une.
Et de deux, ils ont frappé à la porte de Mar-a-Lago sachant que Trump était à New York. Et de trois, ils se sont présentés un lundi, soit le jour où le golf étant fermé le nombre d’employés est passablement réduit. Bref, le souci de discrétion, on le répète, fut le maître-mot de l’opération.

Avant de poursuivre, deux ou trois mots sur la qualité légale de la perquisition. Celle-ci a été accordée par un « juge-magistrat » ou « magistrate judge »et non par un juge d’une cour fédérale. Il est nommé par des pairs et non par le chef de l’exécutif. Enfin, pour qu’il accorde un mandat, obligation est imposée au demandeur, ici la Division de la sécurité nationale du ministère de la Justice, de présenter un niveau élevé de preuves qu’un crime a été probablement commis. Bien.

Parlons-en du crime possible. Au cours des mois qui ont suivi l’installation de Joe Biden à la Maison-Blanche, les Archives nationales ont réalisé que bien des documents dont certains estampillés « Top Secret » étaient toujours entre les mains de Trump. Bien évidemment une requête pour récupérer ces derniers fut déposée auprès de l’ex-président.

Ce dernier ayant ignoré la demande des Archives, les responsables de celles-ci se sont plaints auprès du ministère de la Justice en janvier de cette année en arguant notamment qu’après analyse, ils avaient la certitude que Trump avait conservé des documents disons sensibles. En avril, après négociations entre avocats des deux parties, des caisses furent remises.

Mais voilà qu’après avoir étudié le contenu des 15 cartons envoyés jusqu’à présent, nos chers archivistes ont encore réalisé que Trump avait conservé d’autres documents. D’où la volonté de forcer la main de celui-ci en demandant cette fois-ci un mandat de perquisition.

Selon les informations qui ont transpiré depuis le 8 août, le New York Times avance que 10 autres cartons ont été saisis par les agents du FBI. Autrement dit, Trump aurait gardé 25 et non 15 cartons en tout. Par ailleurs, le FBI a demandé et obtenu que toutes les bandes enregistrées par les caméras situées à l’entrée de Mar-a-Lago se retrouvent entre leurs mains.

Cela étant, si le ministère de la Justice détient la preuve que Trump a contrevenu aux obligations faites aux locataires de la Maison-Blanche dans le Presidential Records Act en détenant des documents secrets alors il lui sera interdit de se … présenter à tout poste électif!

M. Trump et Mme James

Le moins que l’on puisse dire est que Letitia James est aussi tenace que patiente. Procureure générale de l’État de New York, cela fait trois ans qu’elle enquête sur les possibles manipulations comptables de Trump avec la complicité tout aussi possible de ses enfants et de son gendre.

Après avoir interrogé ces derniers pendant des heures, voilà que le 10 août c’était au tour du père qui a fait le contraire de qu’il disait qu’il ferait. Jusqu’à présent, l’ex-président a toujours martelé que ceux qui évoquaient le 5e amendement accordant au prévenu de refuser de répondre aux questions du procureur étaient des lâches. Eh bien c’est ce qu’il a fait.

Pendant les quatre heures de son interrogatoire, Trump a brandi l’amendement en question à 400 reprises ! James essaye de savoir si Trump a gonflé la valeur de l’actif de sa compagnie pour obtenir des banques des prêts à des conditions favorables et s’il a diminué le rendement annuel de son entreprise pour payer le moins d’impôts possibles.

Murdoch lâche Trump

C’est fait. C’est même calculé. Rupert Murdoch, l’homme le plus dangereux au monde pour reprendre le mot récent de Biden après que Tony Blair eût dit la même chose il y a une vingtaine d’années de cela, Murdoch donc abandonne Trump ainsi qu’on témoignent les éditos du WSJournal et du NY Post.

Il lui préfère désormais Ron DeSantis le gouverneur «va t’en-guerre» de Floride. Au cours des 100 derniers jours, les marchands des aigreurs à l’emploi de Fox ont interrogé à plus d’une reprise ce dernier et pas une fois Donald Trump. Du jamais vu dans les annales récentes de la chaîne chérie des atrabilaires.

Autres casseroles

Le 9 août, un juge de la Cour fédérale, Cour d’appel, a conclu que Trump devait se conformer aux exigences de la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants et donc lui transmettre toutes les déclarations d’impôts souhaitées.

En ce qui concerne maintenant la Commission de la chambre des représentants chargée d’examiner le déroulement du 6 janvier dans ses moindres détails une addition d’audiences dans le courant de l’automne. Question centrale : Trump sera-t-il interrogé ?

La crainte

Le théâtre politico-financier dont Trump est évidemment le principal acteur a aiguisé la crainte chez les mandarins du Parti républicain, Mitch McConnell, leader de ces derniers au Congrès, en premier. Ils appréhendent que Trump annonce sa candidature avant les élections de mi-mandat et que cela se traduise par une perte importante de votes.

Ils ont d’ores et déjà constaté que les décisions de la Cour suprême comprenant pas moins de trois juges nommés par Trump, ont eu un effet boomerang inattendu.

Depuis l’abolition de Roe v. Wade, bien des électrices dites indépendantes et d’autres républicaines ont exprimé leur net rejet de cette décision en témoignant notamment du fait qu’elles aussi avaient avorté. À elle seule, cette décision a dopé le soutien à l’égard des démocrates.

Cela étant, pendant ce temps derrière les rideaux, Mike Pence engrange. Quoi donc ? Les espèces sonnantes versées par les gros donateurs qui ne veulent surtout pas de Trump.

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