À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

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JazzTimes

Serge Truffaut

Il paraîtrait que la surprise est parfois divine. Il y a peu, elle le fut pleinement lorsqu’on a appris que William Parker avait été sacré ‘Musicien de l’année’ par les critiques du mensuel JazzTimes. Qu’un des précurseurs du courant baptisé «loft jazz», dans les années 70, qu’un ex-compagnon de Cecil Taylor, qu’un animateur culturel, un défenseur constant des droits des habitants du Lower East Side à New York soit qualifié artiste de l’année a autant étonné que ravi.
Parker a énormément enregistré – au moins 150 CD -, et écrit environ une dizaine de livres. 

À l’image du pianiste Randy Weston, il a beaucoup étudié les musiques d’Afrique en compagnie de son batteur et vieux complice Hamid Drake. Ceci explique cela: à son principal instrument, soit la contrebasse, il a ajouté des flûtes africaines et parfois des instruments à cordes, dont la cora, tout aussi africains.

Moindres détails

Non seulement ça, il s’est employé à scruter dans ses moindres détails les catalogues des pièces écrites par Duke Ellington et Charles Mingus ainsi que par les figures de proue du free-jazz: Cecil Taylor évidemment, mais également Albert Ayler, le délicieux Don Cherry et un «peu beaucoup» les avant-gardistes de la Vieille Europe dont l’Allemand Peter Brötzmann.

C’est d’ailleurs cette inclination pour un jazz qui parfois décape, un jazz à mille noeuds marins du jazz de conservatoire et du jazz d’ambiance, qui a suscité l’étonnement évoqué plus haut. Car, on insiste, William Parker est la contradiction du conservatisme.

Sur ce flanc, celui donc de la musique et du combat, il est l’héritier direct du « plus-meilleur » musicien de jazz : Charles Mingus. Oui! Mingus. Silence dans les rangs ! Plus sérieusement, comme son illustre aîné son jeu à la contrebasse est aussi puissant que précis. Et comme lui, ses compositions se singularisent par une densité permanente.

Ce qui d’ailleurs fait, il faut bien l’admettre, que l’écoute de certains de ses albums peut être parfois aride. En bon initié aux recettes sonores de Cecil Taylor et du saxophoniste David Ware, il penche de temps à autres vers le totalement « pété » ou encore l’embouteillage des neurones.
Aussi, aussi, si vous ne connaissez pas notre homme et si le coeur vous en dit, évidemment, de mettre la mais sur certaines de ses galettes on vous conseille d’abord et avant tout des albums enregistrés avec son quartet habituel pour l’étiquette AUM Fidelity. Détaillons.

Depuis une vingtaine d’années, voire davantage, cette formation rassemble les excellents Rob Brown au saxophone alto, Lewis Barnes à la trompette et Hamid Drake. De leurs disques on a retenu Petit Oiseau et O’Neal Porch. L’un comme l’autre capte l’attention d’entrée de jeu et la conserve jusqu’à la conclusion.

Sinon, on recommande For Percy Heath enregistré lors du festival de Victoriaville en 2006 et édité d’ailleurs par l’étiquette Victo. Cet hommage au grand contrebassiste Percy Heath – il a été dans le Modern Jazz Quartet du début à la fin -, a été réalisé avec sa grande formation baptisé The Little Huey Creative Music Orchestra. Et enfin Raining On The Moon sur AUM en compagnie de son quartet augmenté du pianiste Eri Yamamoto et de la chanteuse Leena Conquest, un petit bijou.
Son site: williamparker.net

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Selon la revue Living Blues, les meilleurs albums de l’année 2021 sont: In A Roomful of Blues par le Roomful of Blues sur Alligator (Yes, yes, yes!); The Gipsy Woman Told Me par John Primer et Bob Corritore sur VizzTone; Ice Cream in Hell par Tinsley Ellis sur Alligator; Every Day of Your Life par Jimmy Johnson sur Delmark ( Yes!); 100 Years of Blues par Elvin Bishop et Charlie Musselwhite sur Alligator ( une merveille!) et Still Cookin’ par le Phantom Blues Band sur VizzTone.

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La revue JazzTimes propose sur son site les dix meilleurs albums signés Stan Getz. De cet immense saxophoniste, le magazine a retenu For Musicians Only avec Dizzy Gillespie sur Verve, Getz/Gilberto sur Verve également et qui inclut la fille d’Ipanema, Anniversary sur EmArcy et cette pure merveille intitulée People Time que Getz avait réalisée en compagnie du seul pianiste Kenny Barron. À ceux-là, on ajoutera Getz Meets Mulligan In Hi-Fi sur Verve, The Dolphin et Spring Is Here sur Concord.

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Les lauréats du National Endowment for The Arts 2022 sont: la chanteuse Cassandra Wilson, le batteur Billy Hart, le bassiste Stanley Clarke et le saxophoniste Donald Harrison. Ils seront fêtés au SFJAZZ Center’s de San Francisco le 31 mars prochain.

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Le cinéaste Barry Avrich a réalisé un documentaire de deux heures et dont le titre est… Oscar Peterson: Black + White. Il est diffusé sur Hulu filiale de Disney. On insiste sur la longueur consacré au pianiste montréalais: deux heures!

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  • Le nouvel album du trompettiste Eddie Henderson s’intitule Témoin de l’histoire. Il l’a bien nommé, son album publié par l’étiquette Smoke Sessions qui ose encore produire du jazz et non du « jazz-machin-chose-hip-hop-école russe du piano-rap-fusion ».

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  • Une fois par mois, parfois moins, le New York Times propose une rubrique intitulée ‘5 minutes pour apprécier un musicien de jazz’ ou un courant de cette musique. Ainsi, au cours de la dernière année, ce temps a été accordé au Miles Davis électrique, au jazz d’avant-garde, à Wayne Shorter ou encore au jazz de l’antiquité, soit évidemment celui de La Nouvelle-Orléans.

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