À propos de l'auteur : Diane Précourt

Catégories : Photographies

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Olivier Zuida archives Le Devoir

Le photojournaliste Jacques Nadeau devant son ordinateur dans la salle de rédaction du Devoir en 2016.

Diane Précourt

Quand il se pointait à la rédaction du journal, dandinant, le pas pressé, les cheveux en bataille, ses énormes appareils brinquebalant en équilibre sur les épaules, son téléphone accroché à l’oreille, même du fin fond de la salle on savait que c’était lui. Jacques Nadeau, photojournaliste au Devoir, l’œil allumé, constamment aux aguets des aléas de la vie, a fermé l’œil pour de bon.

Faisant fi des conventions de tout ordre, il se moquait des horaires de travail officiels, leur préférant les bruits du monde, de la ville, de l’ailleurs, toujours sur la touche pour capter le cœur d’un événement, l’expression d’une personne, l’âme d’une manifestation, le nœud d’un conflit. Quitte à se mettre lui-même en danger bien des fois.

Alors que beaucoup de mes collègues ont réalisé des reportages qualifiés de mémorables en sa compagnie, mon rôle au pupitre du Devoir consistait à lui faire part de sujets, de contextes ; on ne « commandait » pas de photo à « Nado ». Il n’« illustrait » pas un texte, il imprimait plutôt son regard perçant sur ce qui se dégageait d’une situation. Pour lui, le visuel, au-delà de sa fonction certes complémentaire au quotidien, dessinait son propre message.

Il est arrivé quelquefois, aux limites de l’heure de tombée, alors que je me faisais un sang d’encre devant une page vierge de l’image attendue, qu’il me remette in extremis la shot, celle qu’il avait dû mettre le temps à décrocher pour être satisfait. Mais, photo promise, photo prise. Le résultat dans le journal lui donnait raison. Féru de politique et d’actualités, cela ne l’empêchait pas de scruter d’autres réalités, d’autres sujets, d’autres personnages dont il sondait l’expression dans les moindres replis de leur condition, de leur sensibilité ou de leur vulnérabilité.

Sympathique rebelle allergique aux diktats qui pouvaient l’empêcher d’obtenir le moment de grâce pour déclencher son attirail techno, Nado refusait de « remplir » une requête formatée d’avance. Aussi, il avait en sainte horreur ce genre de remarque de la part de certains : « Je vais vous envoyer mon photographe ! » Un jour, alors qu’il parlait à je ne sais qui sur son cellulaire, en arpentant la salle comme toujours, j’ai entendu mon voisin de bureau de Nado dire (à la blague ? ou pas ?) : « Je vais vous envoyer mon journaliste ! »

Les photos de Jacques Nadeau ont porté et porteront la marque de vécus, immortalisant en images la vie telle qu’elle se vit. Sans fard. Sa folie créatrice nous manque déjà. À travers ça, son humour également.

Salut l’artiste, le collègue, l’ami. Salut Nado !

Marie-France Coallier archives Le Devoir

Jacques Nadeau lors du lancement
de son livre Vénérables (éditions Cardinal),
en compagnie de l’un de ses sujets, IIona, 93 ans.

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