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Claude Lévesque
Les Américains et les Israéliens ne sont pas formellement liés par un traité d’assistance mutuelle comme ceux qui lient les États-Unis au Japon et à leurs partenaires de l’OTAN, mais l’État juif a pu bénéficier de nombreuses livraisons d’armes et d’un bon accès aux technologies militaires américaines, sans compter un appui diplomatique presque sans faille depuis sa création en 1948.
On peut y voir plusieurs raisons: sympathie pour les victimes de la Shoah, nécessité stratégique pour les États-Unis de se doter d’un allié au Moyen-Orient, considérations électorales … La présidence a pesé de tout son poids dans l’évolution de cette relation, quoique la branche législative du gouvernement américain et les «mandarins » des départements les plus puissants y aient aussi laissé leur marque.
Quelques moments forts … et d’autres, un peu moins forts :
De Woodrow Wilson à Harry Truman
— Le 2 novembre 1917, alors que sévit toujours la Première guerre mondiale, Arthur Balfour, secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, adresse à l’Organisation sioniste mondiale une lettre par laquelle le Royaume-Uni se déclare favorable à l’établissement d’un foyer juif en Palestine. Cette dernière est alors occupée par les Ottomans, une des puissances contre lesquelles combattent les Alliés, auxquels se sont joints les Arabes.
Le 2 mars 1919, le président américain, Woodrow Wilson, appuie avec enthousiasme ce qui est devenu la Déclaration Balfour. Trois ans et demi plus tard, le 21 septembre 1922, le Congrès des États-Unis adopte une résolution en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, le jour même où le Conseil de la Ligue des Nations (LDN) appuie le mandat britannique pour la Palestine
— En 1947, les États-Unis soutiennent le plan de partage de la Palestine mis en avant par l’Organisation des Nations unies (ONU) nouvellement constituée. Ce plan, qui prévoit la fin du mandat britannique, propose que la Palestine soit divisée en deux États, l’un arabe et l’autre juif, avec Jérusalem devenant un territoire international. Le document, qu’approuvent la majorité des organisations sionistes et de la population juive du territoire, et que rejettent la plupart des habitants arabes de même que plusieurs États, est adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 27 novembre.
Une guerre civile éclate sur le territoire, ce qui n’empêche pas Israël de déclarer son indépendance en mai 1948, provoquant ce qui devient alors la «première guerre israélo-arabe», laquelle prend fin en juillet 1949.
Les États-Unis ont été le premier pays à reconnaitre le gouvernement provisoire du nouvel État, même si plusieurs conseillers et secrétaires (ministres) des présidents Roosevelt et Truman s’étaient montrés réticents à appuyer pleinement la cause sioniste.
Les États-Unis ont toujours été conscients qu’ils devaient aussi soigner leurs relations avec les États pétroliers arabes, dont évidemment l’Arabie saoudite.
De Dwight Eisenhower à Richard Nixon
— Le 26 juillet 1956, le président égyptien, Abdel Gamal Nasser, nationalise le canal de Suez. La France et le Royaume-Uni, qui avaient financé la construction de l’ouvrage un siècle auparavant et qui continuent de l’utiliser abondamment, préparent une opération militaire à laquelle ils ont convaincu Israël de participer. La diplomatie n’aboutissant pas à une entente, la France et le Royaume-Uni bombardent la zone du canal. Les États-Unis font pression sur les Britanniques pour qu’ils cessent leurs opérations, menaçant de vendre une partie des obligations en livres sterling détenues par le Trésor américain, ce qui finit par avoir raison de l’obstination du premier ministre britannique, Anthony Eden. Un cessez-le-feu intervient. La paix retrouvée est défendue par une force militaire (les Casques bleus) déployée à l’instigation de Lester B. Pearson, le ministre canadien des Affaires extérieures, qui recevra le Prix Nobel de la paix et qui deviendra premier ministre.
Washington oblige les Français et les Britanniques à se retirer de la région, et Israël à restituer les territoires qu’il a conquis lors du conflit, soit le Sinaï et l’enclave de Gaza.
La crise de Suez représente non seulement une des occasions, plutôt rares, où Washington a pris ses distances avec Israël mais aussi un différend majeur avec deux grands alliés de la Seconde guerre mondiale et une certaine identité de vue avec l’Union soviétique, même si la Guerre froide est loin d’être terminée.
— John F. Kennedy, parfois contre les avis émanant du département d’État qui tendaient à favoriser les relations avec les pays arabes, a exercé une politique étrangère très favorable à Israël. C’est lui qui a mis fin à l’embargo sur les armes en vigueur depuis des lustres, livrant à l’État juif le système de missiles antiaériens Hawk.
Son successeur, Lyndon B. Johnson, très sympathique lui aussi à la cause israélienne, aura été le premier président à fournir à Israël des systèmes d’armement offensifs, dont des chars d’assaut et des avions de combat, passant outre aux objections du département d’État. Il a décrit la relation bilatérale comme étant très« spéciale ». Malgré cela, les États-Unis ont évité d’intervenir trop activement dans le conflit qui allait bientôt éclater, par crainte d’une escalade.
— Du 5 au 10 juin 1967 a lieu la « Guerre des Six Jours », qui oppose l’État d’Israël dirigé par le premier ministre Levi Eshkol à trois de ses voisins arabes : l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Israël se sentant menacé depuis que Nasser a exigé le départ des Casques bleus de la région et interdit aux navires israéliens d’emprunter le détroit de Tiran qui contrôle le golfe d’Aqaba, déclenche les hostilités. La création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1964 avait déjà ajouté aux tensions.
La guerre tourne rapidement à l’avantage de l’État juif, qui occupe le Sinaï, la bande de Gaza la partie arabe de Jérusalem, le plateau du Golan et la Cisjordanie. La résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU ordonne à Israël de restituer les territoires occupés, mais la décision reste sans effet jusqu’à ce jour, sauf pour le Sinaï dont l’Égypte reprend le contrôle en 1979.
Durant le conflit, les États Unis, qui sont déjà embourbés au Vietnam, évitent d’intervenir directement.
Cela n’empêche pas l’aide militaire américaine à l’État d’Israël de prendre son essor: 102 millions de dollars par an entre 1966 et 1970, 634 millions de dollars en 1971, mais plusieurs milliards récemment (probablement plus de 16 milliards depuis le début de la guerre à Gaza).
— Le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie lancent une offensive conjointe contre Israël. C’est la guerre du Kippour. La première ministre israélienne, Golda Meir, se tourne vers les États-Unis, qui se montrent d’abord réticents mais qui acceptent d’organiser un pont aérien pour acheminer l’aide militaire requise après qu’il soit établi que les Soviétiques ont augmenté leurs livraisons d’armes aux deux pays arabes. Henry Kissinger, nommé secrétaire d’État, multiplie les déplacements afin de rencontrer les responsables égyptiens et syriens, mais également soviétiques, en vue d’obtenir un cessez-le-feu, qui sera signé le 22 octobre.
De Jimmy Carter à Bill Clinton
— Septembre 1978: rencontre à camp David à l’initiative du président Jimmy Carter entre Anouar el-Sadate, président de l’Égypte, et Menahem Begin, premier ministre d’Israël. Les négociations aboutiront en 1979 à la signature d’un traité de paix israélo-égyptien en 1979. Les accords de Camp David contiennent aussi un accord-cadre visant l’ensemble du Moyen-Orient : ce plan propose une autonomie transitoire de cinq ans dans les territoires de Gaza et de la Cisjordanie. L’OLP et les pays arabes autres que l’Égypte le rejettent. La rencontre de camp David vaut quand même à Sadate et Begin de recevoir le prix Nobel de la paix 1978. Le traité israélo-égyptien, qui prévoit la rétrocession du Sinaï à l’Égypte, est le premier à être signé entre Israël et un pays arabe. La Cisjordanie et Gaza demeurent sous occupation israélienne.
— Années 1980 : Ronald Reagan tente de réactiver le processus de paix israélo-palestinien. Des négociations secrètes ont lieu. Un plan présenté par le président américain prévoit l’autonomie des territoires palestiniens mais pas un État. Il est rejeté à la fois par Israël et par les Palestiniens.
— 9 décembre 1987 : début de la première intifada, une révolte qui allait durer jusqu’à septembre 1993. Le Hamas est créé pendant cette période, au cours de laquelle on assiste aussi à une intensification de la colonisation dans les territoires occupés.
— Au lendemain de la Guerre du Golfe, la situation au Moyen-Orient continue de préoccuper la communauté internationale. Les positions sont très éloignées : les Palestiniens demandent la souveraineté pour leur territoires, alors que Israéliens tiennent à la poursuite de la colonisation et exigent la fin de la violence à l’égard… des colons. Soutenue par les États-Unis, sous la présidence de George Bush père, et par l’Union soviétique, qui allait se saborder quelques mois plus tard, une conférence réunit le 31 octobre 1991 à Madrid des représentants d’Israël, de l’Égypte, de la Syrie, du Liban, de la Jordanie et du peuple Palestinien.
Les participants conviennent de tenter de régler le conflit israélo-palestinien en deux étapes: une première étape dite de « gouvernance intérimaire palestinienne » (reprenant le plan de Camp David), puis une seconde pour trouver une solution « définitive ». Plusieurs rencontres officielles, bilatérales ou multilatérales, de même que d’autres tenues secrètes, sont nécessaires avant qu’on en arrive aux Accords d’Oslo de septembre 1993 et à la création de l’Autorité palestinienne.
— 13 septembre 1993 : poignée de main dans le jardin de la Maison-Blanche entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin en présence de Bill Clinton. Les deux parties se donnent pour objectif d’établir cette Autorité palestinienne qui doit être intérimaire mais qui est toujours en place en 2025. L’évènement fait provisoirement renaître l’espoir d’une paix réelle et durable.
— 28 septembre 2000 : début de la seconde intifada après que le premier ministre israélien, Ariel Sharon, se soit rendu dans la mosquée al-Aqsa.
De George W. Bush à Donald Trump
— En 2005, le gouvernement israélien dirigé par Ariel Sharon démantèle les colonies israéliennes dans la bande de Gaza, donnant suite à une décision prise dès 2003 et confirmée par un vote de la Knesset l’année suivante. Le territoire demeure néanmoins occupé aux yeux de plusieurs juristes parce que l’autorité de l’occupant continue de s’exercer, notamment en contrôlant ses relations avec le monde extérieur, même si ses troupes ont été retirées pour l’essentiel.
— 25 janvier 2006 : le Hamas remporte les élections législatives dans la bande de Gaza, dont il chassera par la force le Fatah, qui reste au pouvoir en Cisjordanie.
— Dans un discours prononcé au Caire, qui lui a valu de recevoir le prix Nobel de la paix 2009, le président américain, Barack Obama, aborde divers thèmes, dont la religion, les droits des femmes, le développement économique, le conflit israélo-palestinien et la prolifération nucléaire. M. Obama réaffirme le lien indestructible («unbreakable») avec l’État d’Israël, tout en prônant une meilleure compréhension entre l’Occident et le monde musulman, ainsi que la création d’un État palestinien. Le discours est bien reçu par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et de façon assez mitigée par le gouvernement israélien.
— 6 décembre 2017 : Donald Trump, qui a été élu président en novembre 2016, reconnaît Jérusalem comme étant la capitale d’Israël et annonce le déménagement de l’ambassade américaine.
— 3 novembre 2022 : une coalition marquée très à droite, menée par le Likoud de Benyamin Netanyahou, prend le pouvoir en Israël.
— 7 novembre 2020 : élection du démocrate Joe Biden à la présidence des États-Unis.
— 7 octobre 2023 : des terroristes menés par les mouvements islamistes Hamas et Djihad islamique commettent des massacres dans les kibboutz situés près de la bande de Gaza et sur le site du festival de musique Nova. Bilan : 1219 morts et 251 personnes prises en otage. La tuerie est condamnée sans appel par le président américain, Joe Biden, et par la grande majorité des leaders de la planète.
La férocité de la riposte israélienne provoque assez vite le revirement d’une partie de l’opinion publique dans plusieurs pays, dont les États-Unis. Joe Biden critique à l’occasion les actions de l’allié israélien mais hésite à suspendre la livraison de certains armements.
Revenu au pouvoir, Donald Trump appuie au contraire sans réserve l’action du gouvernement Netanyahou. Il prive de financement plusieurs universités qu’il accuse de propager «l’antisémitisme » parce qu’elles ont toléré les manifestations pro-palestiniennes.
Il proposera une « riviera » à Gaza et la déportation par des moyens non précisés de la population de l’enclave.
— Le bombardement par l’aviation israélienne de la mission du Hamas au Qatar, le 9 septembre 2025, provoque un changement d’attitude radical des États-Unis dans le conflit. Donald Trump exige maintenant qu’un cessez-le-feu intervienne au plus tôt. Son plan de paix de vingt points est accepté le 10 octobre.
Principales sources consultées pour cet article : Carnegie Endowment for Peace, Council for Foreign Relations, Les Clés du Moyen-Orient, le Robert 2, les encyclopédies Britannica et Wikipedia.


