À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : International

Partagez cet article

Christian Tiffet

Jean Dussault

Le général Mark Milley a été le plus haut gradé militaire des États-Unis d’Amérique de 2019 à 2023, donc nommé par Donald Trump, et reconduit par Joe Biden. Un rare terrain d’entente entre les deux hommes. Pourtant, dès la deuxième investiture de Trump, le portrait officiel de Milley a été retiré des corridors du Pentagone, le siège des armées états-uniennes. Milley est devenu le Nikolaï Iejov de Staline. (1)

Même disparition pour Joe Biden dont la photo dans la galerie des présidents de la Maison-Blanche a été remplacée par celle d’un stylo automatique pour illustrer que le 46e président était trop impotent pour signer des documents.(2)

Question de photo toujours, Trump s’est plaint que celle accompagnant récemment son éloge à la une du Time a « fait disparaître » ses cheveux. (3)

Tout un enjeu.

Et, en juin, il avait fait apporter des retouches à son portrait officiel. (4)

Comme, jadis, Staline. (1)

Derrière l’image

L’anecdote sur la photo officiellement disparue de Milley pourrait n’être qu’une facétie permettant d’accoler le nom de Staline à celui de Trump (après Putrump,(5) Statrump ?).

Et l’anecdote sur la photo de Biden pourrait n’être qu’une autre illustration de la mesquinerie du maître de la trumperie.

Or, plusieurs, trop d’indices pointent vers beaucoup plus sérieux, vers une  forme de Trumpolitarisme.

Le bruit des bottes

Milley est passé de héros à minus aux yeux de Trump quand il a dit ce qu’il pensait de lui au renommé journaliste Bob Woodward : «C’est un fasciste dans l’âme … Il est la plus dangereuse personne de ce pays .» (6).

Comme l’ancien chef du FBI, James Comey qui l’a critiqué, et comme l’ancien conseiller à la sécurité nationale, John Bolton qui l’a critiqué, Milley a été banni, humilié et politiquement exécuté par celui qui l’avait embauché; par celui qui l’avait  en principe respecté, sinon admiré.

Le Big Boss s’est plaint même publiquement que les poursuites contre ces/ses détracteurs tardaient, il a congédié la procureure chargée du dossier, il l’a remplacée par une fidèle lèche-hum qui a dûment, dans les jours suivants, poursuivi Comey et Bolton.

Ladite thuriféraire ne peut pas poursuivre Milley puisque qu’il est protégé par un pardon préventif accordé par Biden avant son départ de la présidence. C’est dire comment les bottes de Trump résonnaient déjà sur les dalles de la Maison-Blanche avant même qu’il n’y remette les pieds en janvier.

Une tendance

En octobre, Trump a trouvé un autre flagorneur pour poursuivre la procureure générale de l’État de New York, Leticia James, qui l’avait fait condamner pour fraude. (7)

À l’été, peut-être en manque de prétexte pour aller en cour, Trump avait congédié la directrice de  l’Office des statistiques du travail  parce qu’il n’aimait pas les données sur la création d’emplois du mois de juillet. Il a alors écrit sur sa plateforme Truth Social : « Je viens d’apprendre que les « chiffres sur l’emploi » de notre pays sont réalisés par une personne nommée par Joe Biden […], qui a truqué les chiffres de l’emploi avant l’élection pour accroître les chances de victoire de Kamala [Harris]. » (8)

Rien à ajouter.

La guerre aux médias

L’administration Trump a accueilli l’automne en annonçant que les visas des journalistes étrangers en poste aux États-Unis passeraient de cinq ans à huit mois, période après laquelle le président ou ses sbires jugeraient « s’ils sont encore utiles aux États-Unis». Réaction de l’éditeur-adjoint de La Presse, François Cardinal : « Si le renouvellement d’un visa dépend, tous les huit mois, de l’appréciation d’une administration aussi peu favorable aux médias et à la liberté de presse, qu’est-ce qui empêchera cette dernière de sanctionner indirectement un journaliste jugé trop critique ? ». (9)

La réponse est dans la question.

Le Département de la Guerre

Dans l’édition de The Atlantic du 16 octobre, Nancy Youssef a raconté comment se sont terminées ses dix-huit années comme correspondante au Pentagone.

« Cet après-midi, des responsables ont confisqué les cartes d’identité de centaines de journalistes, y inclus la mienne. » À la suite de l’annonce de restrictions sur leur travail, les vrais médias ont décidé de ne pas se plier aux nouvelles règles « qui empêchent de faire notre métier, qui compromettent nos droits reconnus par le Premier Amendement et qui bafouent le droit du public à l’information ». (10)

C’est ainsi.

La guerre intérieure

Trump est contre les guerres lointaines qui ne lui servent à rien. Isolationniste comme les Américains le lui demandent, il n’a que faire des Palestiniens, Ukrainiens, Afghans, Ouïghours  et autres Soudanais déplacés, exilés, tués par des envahisseurs intérieurs ou extérieurs.

Et, concentré sur son nombril et celui de son pays, il se fout absolument que la Chine et le Russie remplacent l’aura américaine dans le monde.

Parce que, après tout et avant tout, sa  « vraie guerre » est contre une partie de son pays.

 L’aspirant au Prix Nobel de la paix veut faire la guerre dans les villes démocrates, voire aux démocrates de son pays.  Dans des États démocrates, il a mobilisé la Garde nationale pour affronter les forces policières locales qui, selon lui, nuisent au travail des policiers masqués de l’Immigration(ICE) qui veulent et doivent arrêter et expulser la gangrène de l’immigration illégale.

Il a dûment approuvé des aides d’urgence à des États républicains atteints de catastrophes naturelles, il a refusé des demandes similaires provenant d’États démocrates.

Et il a menacé New York d’y couper le financement fédéral « si la ville vote pour un maire communiste »  la veille de « son » 5 novembre.

De cause à effet

La seule cause des agissements du président Trump est son élection claire et légitime il y a un an. Sans ça, pas de Trump.

Tout un chacun a le droit d’être déçu de lui, mais personne n’a le droit d’être surpris. Après l’avoir vu et connu au pouvoir, plus d’électeurs ont voté pour lui en 2024 qu’en 2020.

Début novembre, dix mois après le retour de Trump au pouvoir, ses appuis  atteignaient encore 40 %.(11)

Des partisans sans doute prêts à aller l’applaudir, le vénérer dans la grandiose Salle de Bal qui portera bientôt ombrage à l’historique Maison-Blanche.

À rendre Staline jaloux.

 

 

(1) À lire dans Arno Graphy :La retouche photographique : petite histoire de la censure sous Staline

(2) LaPresse+ 23-10-2025

(3) CNN 14-10-2025

(4) Courrier international 15-10-2025

(5) En-retrait 12-2024

(6)War : Simon & Schuster, 2024. p. 179 « fascist to the core » and « the most dangerous person to this country »

(7) AP news 09-10-2025

(8) AFP 01-08-2025

(9) LaPresse+ 03-10-2025

(10) «The Pentagon’s new, 21-page press restrictions prevented us from doing basic news gathering, compromised our First Amendment rights, and disregarded the public’s right to know».

(11) LaPresse+ 04-11-2025

Laisser un commentaire