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Capture d’écran
Serge Truffaut
Saxophoniste alto, compositeur, arrangeur et enseignant à McGill, Rémi Bolduc se distingue depuis des lunes indiennes par sa constance dans le sérieux. Attention ! Le bon sérieux, l’indispensable sérieux, celui qui est l’exact contraire de la fumisterie si chère aux poseurs, aux frimeurs.
À ce trait de sa personnalité musicale, il faut en ajouter un autre : Mister Bolduc est un aventurier. Celui qui est comme le Capitaine Fracasse : sans peur et sans reproche. Sur ce plan, il affiche un sacré pedigree. Celui (bis) qui commande sa déclinaison. Allons-y.
Au fil du temps, celui des 40 ans, il a enregistré avec le pianiste Kenny Werner, considéré comme un « pianiste’s pianists ». Bref, comme un cador de l’instrument. Il a enregistré et fréquemment joué aux côtés du saxophoniste Jerry Bergonzi, un vétéran des formations de Dave Brubeck et Gil Evans.
En compagnie de camarades des environs montréalais, il a exploré les musiques d’Oscar Peterson, Dave Brubeck donc du génial Paul Desmond, Charlie Parker, soit une évidence pour tout altiste, et divers compositeurs comme Billy Strayhorn. Il a également, on s’en doute, imprimé sur ruban magnétique bien de ses compositions. Ce qui nous amène à celles qu’il propose depuis peu et qui tranchent avec le passé.
Pour grossir le trait, disons que pour le bénéfice de l’étiquette Les Productions Art and Soul, il a fait ce que Miles Davis avait fait en son temps. Mais encore ? Un jour Davis propose un Kind of Blue tout en douceur, le lendemain il propose un Jack Johnson sculpté à l’enseigne du funk.
Cela précisé, on ne sera pas étonné d’apprendre que cet album n’a pas un titre particulier si ce n’est ceci : Le Bolduc Groove Quartet. Qui est en fait le regroupement de Chantel De Villiers au ténor et à la voix, Nick Semenykhin à la guitare, Ira Coleman à la contrebasse et Rich Irwin à la batterie.
On doit confesser ne pas trop connaître ce qui relève du funk. Cela avoué, le résultat ou plus exactement les compositions de Bolduc ont en commun une tonalité joyeuse. Oui, cet album est convaincant, séduisant par la joie, la fraîcheur qu’il dispense. Ainsi qu’au plaisir évident que les compagnons de Bolduc prennent à jouer ses pièces.
On a particulièrement apprécié l’absence de la … pyrotechnie ! « De-que-cé »? Bolduc, De Villiers et Semenykhin s’abstiennent. Ils et elle s’empêchent d’aligner à vitesse grand V des chapelets de notes. Bolduc en particulier joue LA note. En clair, lui et ses amis évitent tout ce qui se fond dans l’esbroufe. Un regret? Que De Villiers n’ait pas joué du baryton.
Avec ce nouvel album, Rémi Bolduc s’affiche, sans prétention aucune, comme un maître artisan de la qualité. Grazie mille.


