• Le monde, celui des terriens s’entend, l’a mauvaise. Quoi donc ? L’humeur. En fait, ces mois-ci le bipède l’a mauvaise et rancunière, l’humeur. Un immense contrebassiste qui est également un immense compositeur et tout aussi immense arrangeur, producteur et chef de bande l’a notée l’a constatée et l’a même retenue. Il se nomme et non s’appelle, comme le souligna en son temps Arletty, Henri Texier.

  • Saxophoniste alto, compositeur, arrangeur et enseignant à McGill, Rémi Bolduc se distingue depuis des lunes indiennes par sa constance dans le sérieux. Attention ! Le bon sérieux, l’indispensable sérieux, celui qui est l’exact contraire de la fumisterie si chère aux poseurs, aux frimeurs. À ce trait de sa personnalité musicale, il faut en ajouter un autre : Mister Bolduc est un aventurier. Celui qui est comme le Capitaine Fracasse : sans peur et sans reproche. Sur ce plan, il affiche un sacré pedigree. Celui (bis) qui commande sa déclinaison. Allons-y.

  • Le 25 mai dernier à Woodstock, État de New York,, Sonny Rollins est mort. Il avait 95 ans. En 2013, celui que le New York Times a qualifié de « Giant of jazz saxophone » dans les heures qui ont suivi son décès avait déposé son instrument dans son étui pour la dernière fois. La cause ? Les égarements pulmonaires. Sa femme Lucille, sa complice depuis le milieu des années 1950, son agente, sa productrice, ayant été la proie de la grande faucheuse en 2004, Rollins s’est donc retrouvé veuf. Il a alors décidé de s’installer dans la bourgade nommée au milieu des érables, des chevreuils et surtout des oiseaux, de leurs chants qu’il écoutait jour après jour et auxquels son ami Eric Dolphy, saxophoniste et flûtiste, l’initia au début des années 1960.

  • Lorsqu’ici et là on dresse la liste des meilleurs enregistrements effectués en public, les live, comme on dit en « franglais » de bazar, on retrouve immanquablement le John Coltrane — Live At The Village Vanguard avec Eric Dolphy, le Charles Mingus — At Antibes avec là encore Dolphy et Booker Ervin, le saxophoniste de fer. Dans la même catégorie, celle des poids-lourds évidemment, il y a aussi Mile Davis At The Blackhawk avec Hank Mobley, le Duke Ellington — Live In Paris, Thelonious Monk —Live At The Jazz Workshop, le Bill Evans — Live At The Vanguard, Les McCann et Eddie Harris — Swiss Movement, Dexter Gordon — Homecoming, Art Pepper — Live At The Village Vanguard, The Art Ensemble of Chicago —Urban Bushmen, trois, quatre autres et puis c’est tout.

  • Ali Khameini est mort le 28 février ? John Hammond Jr, guitariste et chanteur du blues des campagnes également. Il avait 83 ans. Le sujet du mois … Non ! De l’année, oui de l’année, n’était pas un drôle de cas ou un paradoxe sur pieds le cœur battant la chamade, mais bien le cas le plus singulier de tous les « musicos » du « monde-mondial » dit post-moderne. Le sujet du jour était un bonhomme au physique personnifiant le grand efflanqué et qui, comme bien des bipèdes, méritent un brelan de politesses. Dans son cas, il faudrait spécifier de politesses grecques, les antiques, celles qui réclament son lot de considérations. De fait, ou plutôt en toute logique, le cas évoqué commande avant tout le recours à la généalogie. Celle qui permet d’ordonner en partie l’agenda d’une vie.

  • Allons-y avec les sujets inversés. Chronologiquement causant, le premier d’entre eux s’appelle Rich Lataille. Il est saxophoniste extraordinaire. Il a eu 73 ans en octobre dernier. Il est également, si l’on a bien suivi le labyrinthe des droits, propriétaire d’un nom. Un gros puisqu’il s’agit du Roomful of Blues.

  • Houlala ! La pureté, lorsque des tristes sires, les morfalous des idées, les cireurs des allégories rances, les branquignoles de l’histoire s’en saisissent avant de la disséminer dans leurs travaux nauséabonds, elle devient dangereuse, comme dirait l’autre. Voire très dangereuse. Heureusement, il arrive parfois que des artisans de haut vol s’en saisissent, eux, pour égayer, séduire, hypnotiser l’acoustique du bipède. Soit évidemment ses oreilles, qu’elles soient écartées ou vissées. Et alors là, on l’aime beaucoup, beaucoup, la pureté. On l’adore.

  • La divine Association For The Advancement of Creative Musicians (AACM) vient d’avoir 60 ans. Elle fut fondée à Chicago en 1965, en plein essor de la guerre au Vietnam, par le pianiste Muhal Richard Abrams aidé par le pianiste Jodie Christian et le batteur Steve McCall. Peu après, ils seront rejoints par Jack DeJohnette, Anthony Braxton, Henry Threadgill et les membres de The Art Ensemble of Chicago. Ensuite ? Par bien d’autres jeunes gens en colère.

  • De l’histoire, celle à laquelle on accorde parfois la greffe du grand H, peu d’artisans qui harmonisent quotidiennement l’univers du jazz de leurs découvertes s’en préoccupent. À la décharge de ces derniers il faut préciser que toute inclination prononcée pour elle, celle qui brandit le H, commande l’adoption des traits ou qualités que l’on prête au moine-soldat.

  • Le 19 septembre dernier de la scène du Smoke Jazz Club de New York, le saxophoniste ténor Craig Handy a ciselé comme à son habitude des notes robustes. Celles qu’il souffle sans l’ombre d’une hésitation. Handy est de l’école Charles Mingus. À ses côtés, il y avait le contrebassiste Essiet Essiet et le batteur Jerome Jennings qui faisaient ce qu’il se doit. Mais encore ? Assurer la solidité de l’architecture musicale.