À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : International

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Le 25 septembre dernier, Giorgia Meloni a remporté la victoire qu’elle espérait. La coalition de droite, formée des partis Fratelli d’Italia, La Ligue et Forza d’Italia, a obtenu 43,82 % des voix. À lui seul, Fratelli d’Italia, que préside Mme Meloni, a recueilli 26 % des suffrages. Sur une Chambre qui comprend 400 députés et 200 sénateurs, la coalition a fait élire 237 députés et 115 sénateurs.

Marie-Josée Boucher

En quelques mois, Giorgia Meloni a su s’imposer. La jeune politicienne de 45 ans n’en est pas à ses premières armes en politique.

Elle milite depuis l’âge de 15 ans. Elle avait alors joint le Mouvement social italien, fondé par d’anciens partisans de Benito Mussolini, devenu ensuite l’Alliance nationale, puis le Peuple de la liberté. Giorgia Meloni dirige le parti Fratelli d’Italia depuis 2014.

Elle a notamment été ministre de la Jeunesse de 2008 à 2011 dans le gouvernement de Silvio Berlusconi, devenant, à 31 ans, la plus jeune titulaire d’un poste de ministre de l’histoire politique italienne.

« Elle a une belle image et a démontré d’assez bonnes capacités de communication », observe Jean-Guy Prévost, professeur au département de science politique de l’UQAM.

Forte personnalité

Lors d’une entrevue téléphonique, il a souligné sa forte personnalité, qui lui a permis, selon lui, «de se hisser à la tête d’un parti comme Fratelli d’Italia, qui comporte pas mal d’egos machos. »

« C’est une politicienne qui a beaucoup de charisme, ce qui n’est pas très fréquent dans le paysage politique italien. Elle est très articulée et capable de s’adresser à des publics différents en Italie et à l’étranger », soutient, lors d’un entretien téléphonique, Bruno Ramirez, professeur émérite au département d’histoire de l’Université de Montréal.

Il ajoute qu’elle n’est pas féministe, moussant plutôt son image de mère et de chrétienne. « Son slogan, c’est Dieu, famille et patrie. C’est assez classique dans les mouvements conservateurs. »

À contre-courant du profil type

Giorgia Meloni polit son image depuis des mois. En mai dernier, elle lançait son autobiographie intitulée : Giorgia Meloni – Mon itinéraire.

Son slogan de la campagne électorale était bref : Je suis prête (Sono pronti).

En août dernier, elle diffusait son message électoral sur Youtube, en français, en anglais et en espagnol. Elle y fustigeait la gauche qui, selon elle, voulait la diaboliser. « Je sais très bien que ces articles sont inspirés par les puissants circuits médiatiques de la gauche, qui, ici en Italie, sont très forts dans les rédactions des journaux et dans celles des programmes de télévision, mais en nette minorité parmi le peuple italien. »

Elle terminait sa présentation par ces mots : « Nous sommes prêts à inaugurer une nouvelle saison de stabilité, de liberté et de prospérité pour l’Italie, que la gauche le souhaite ou non. »

Le jour de sa victoire, elle s’est présentée seule sur scène, vêtue sobrement d’un pantalon et d’un veston, et chaussée d’espadrilles blanches immaculées. Avec un large sourire, elle arborait une affiche ne comportant que deux mots : Merci à l’Italie! (Grazie Italia!)

Populiste ? « À coup sûr », répond Bruno Ramirez. « Elle s’inscrit tout à fait dans cette vague populiste. Le fait qu’elle soit un personnage charismatique va jouer en sa faveur dans le contexte actuel.»

Pour Jean-Guy Prévost, cette tendance à formuler un message clair, dénué de la langue de bois, a commencé en Italie avec l’élection de Silvio Berlusconi en 1994. « La droite s’exprime plus clairement que la gauche. Giorgia Meloni le poursuit de façon encore plus nette », dit-il.

Le Duce et le passé

Les deux professeurs d’université sont catégoriques : le fascisme de l’époque de Benito Mussolini est bel et bien mort et enterré. « Mussolini et le fascisme ne sont pas recouverts d’un opprobre comme Hitler et le nazisme en Allemagne », affirme Jean-Guy Prévost.

Il raconte que de 1943 à 1945, la guerre civile a donné lieu à beaucoup de règlements de comptes, après quoi on a tiré la ligne sur cette période pour rebâtir le pays. « Il y a eu une amnistie générale. On a permis à un parti néofasciste de se reconstituer, ce qui est interdit en Allemagne. »

« L’Italie a fait la paix avec son passé depuis longtemps », enchaîne Bruno Ramirez. « Les médias internationaux ont fait beaucoup de sensationalisme en parlant du retour du fascisme en Italie. C’est complètement erroné », proteste-t-il.

Le 28 octobre, ce sera le 100e anniversaire de la marche de Benito Mussolini et de ses troupes vers Rome. Jean-Guy Prévost ne pense pas que Giorgia Meloni commémorera cet anniversaire.

Bruno Ramirez abonde dans ce sens. « Elle n’en parlera pas du tout. Dans les derniers mois, elle a tout fait pour se détacher de cette tradition fasciste. Je vois très mal sa participation active à ce type d’événement. »

Il précise qu’elle se soucie également de pas inquiéter les marchés financiers, car l’Italie dépend largement de la Communauté européenne.

Dans le cadre d’un plan d’aide, le pays recevra, par tranches, un montant total de 200 milliards d’euros de la Communauté européenne. Pour ce faire, l’Italie devra respecter certaines mesures.

Résultats, rétrospective et taux de participation

Le bilan du scrutin n’est pas une surprise pour les deux spécialistes.

Par contre, Jean-Guy Prévost s’est dit surpris de la baisse du taux de participation. « La chute est brutale : 9 % de moins qu’en 2018, alors que 73 %, c’était déjà un record il y a quatre ans! »

Selon lui, le vote est beaucoup plus volatile depuis l’époque de Berlusconi. « Il y a de plus en plus de gens qui changent de position d’une élection à l’autre . » Il croit que certains électeurs, qui avaient voté pour le Mouvement 5 étoiles, ont décidé de revenir à droite. « C’est le bloc conservateur qui se rééquilibre. Un bloc assez solide sociologiquement. »

Rompue aux rouages de la politique

Pour Jean-Guy Prévost, Giorgia Meloni possède plusieurs atouts : « Elle compte une expérience politique non négligeable. Elle a été vice-présidente de la Chambre des députés pendant deux ans. Elle fait partie de l’establishment politique au sens large depuis un bout de temps.»

Au plan stratégique, il fait remarquer que Fratelli d’Italia n’a pas voulu joindre la coalition du gouvernement de Mario Draghi, devenant la seule opposition au gouvernement.

Bruno Ramirez salue cette habileté. « Ça a fonctionné pour Giorgia Meloni. Elle est devenue un personnage neuf dans la politique italienne. Cet élément a contrasté avec tous les politiciens qui se sont réunis autour de Mario Draghi et qui ont échoué dans le passé comme hommes politiques. Ça a renforcé son image face à l’électorat. »

« Il faut attribuer à la conjoncture actuelle le succès de Fratelli d’Italia, mais Giorgia Meloni n’a pas beaucoup de marge de manœuvre pour instaurer des politiques qui seraient plutôt de droite ou d’extrême-droite », évalue Bruno Ramirez.

« La coalition devra d’abord négocier pour savoir comment elle va distribuer les ministères », considère Jean-Guy Prévost. « Elle avait des scénarios, mais la faiblesse du suffrage de la Ligue va amener Giorgia Meloni à les réviser. J’ai l’impression que les membres de la coalition vont mettre de l’eau dans leur vin, et vont comprendre qu’une stabilité est demandée par l’électorat. »

Elle avait des scénarios, mais la faiblesse du suffrage de la Ligue va amener Giorgia Meloni à les réviser.

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