À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Non classifié(e)

Partagez cet article

Instagram

La première ministre Christine Fréchette, à droite, avec son homologue albertaine Danielle Smith.

Jean Dussault

Les premières ministres du Québec et de l’Alberta ont récemment jonglé publiquement avec Alber-bec et Qué-berta pour illustrer les alliances économico-énergétiques que pourraient construire leurs deux provinces.

Ouf !

Coïncidence

Deux des trois femmes qui gouvernent une province canadienne (1) sont à la tête d’un territoire riche à craquer d’énergie. L’hydro-électricité dans le cas du Québec, les hydrocarbures dans le cas de l’Alberta.

Christine Fréchette et Danielle Smith ont d’autres points communs que leur sexe et leur âge : elles sont toutes deux conservatrices comme leur électorat l’est de plus en plus.

Et elles sont politiquement des fédéralistes, publiquement tiédies puisque plus ou moins le tiers de leur électorat déclare en avoir assez d’être inféodé à un gouvernement central indifférent à sa spécificité.

Culturelle dans le cas du Québec au centre droit de la géographie canadienne, économique dans le cas de l’Alberta loin à gauche sur la carte du Canada.

Ce qui amène ces deux leaders à danser sur une corde raide.

Une corde aussi longue que ténue.

Tralalalalère

Les revendications sincères et légitimes de telle ou telles provinces à l’endroit du gouvernement fédéral sont aussi fréquentes que les changements de date sur le calendrier. Et trop souvent tout autant dénuées de sens, sinon celui de blâmer quelqu’un d’autre pour leur propre ineptie.

De même, les contribuables ont entendu, trop souvent, la rengaine du « c’est pas moi, c’est ma soeur qui a brisé la machine à vapeur » de la part des municipalités qui toutes, se plaignent, snif, que c’est la faute des autres, gouvernements, si elles ne réussissent pas à ramasser la neige, protéger les cyclistes ou aider les itinérants.(2)

Or, les manquements en haut n’excusent pas ceux d’en bas.

Blatérer une sororité et une solidarité AlQue n’y changera absolument rien.

Ouin, pis

L’idée d’une alliance Québec-Alberta ou Albeurta-Quebec (3) est une illusion, même une fumisterie.

Indûment résumée, l’opinion albertaine est que le Québec est un lieu de trop de gouvernement et donc de trop d’impôt. Ou de trop d’impôt parce que de trop de gouvernement.

Simple illustration des priorités.

Ainsi, beaucoup de Québécois sont partis en Alberta, se sont même sauvés en Alberta parce q’il y a là moins d’impôt et moins de gouvernement.

En politique comme dans la vie, il arrive que l’argent passe avant tout.

À ce sujet, il faut lire, même relire la chronique de Francis Vailles dans LaPresse+(4).

Son texte porte essentiellement sur l’immense enrichissement dont profite la province du pétrole grâce à l’attrait de sa richesse qui provient de son pétrole. C’est étonnant, voire fou, comment les choses économiques sont parfois simples.

Illustration aveuglante : à peu près le quart de la population albertaine de citoyens canadiens provient d’autres provinces qui y sont déménagés pour, officiellement, des raisons économiques. Dit autrement, pour faire plus d’argent.

Bien sûr, il n’y a rien là d’illégitime. Mais il n’y a rien là qui s’apparente à un sentiment de communauté trans-provinciale. Pas plus à l’affection pan ou co-canadienne.

Money talks, period.

Comme quoi les Albertains qui sont venus à Montréal à la veille du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec pour clamer leur amour de la « Belle Province » n’ont pas une seule seconde penser amener leurs enfants voir, et idéalement aimer, cette société distincte.

D’ailleurs, une infime partie de la population québécoise de citoyens canadiens provient d’autres provinces. Le Québec n’attire pas les Canadiens et il est aussi étranger de l’Alberta que l’Alberta ne l’est du Québec.

Allez imaginer que des élu.es de l’Idaho et de l’État de New York monteraient sur une scène pour prétendre à une éventuelle fusion politico-économique pour contrer l’hégémonisme par définition envahissant de leur gouvernement fédéral.

Même celles et ceux qui n’ont aucun sens de l’humour éclateraient de rire.

Les similitudes

La plus évidente, effarante ? similitude entre le Québec et l’Alberta, ou entre l’Alberta et le Québec, est le mouvement, la dérive ? vers la droite.

Le NPD a déjà eu des appuis significatifs en Alberta alors que QS avait une vraie base au Québec.

Souvenirs, souvenirs.

Une autre similitude entre les deux tient simplement et majestueusement à leur paysage : le  long des Rocheuses est aussi époustouflant que le long du Saint-Laurent.

Ou le contraire.

Moins poétique que le paysage, le débat sur l’énergie persiste.

L’Alberta veut exporter son pétrole des sables bitumineux vers l’Asie et le premier ministre Carney s’est engagé à investir des milliards de dollars des contribuables pour un nouveau pipeline vers la Colombie-Britannique.

Comme les ambitions albertaines de faire de l’argent avec celui des Canadiens n’ont pas de limites, le gouvernement Smith aimerait aussi qu’un autre gros tuyau traverse le Canada jusqu’à l’Atlantique pour exporter son pétrole en Europe.

Tellement ravie de contribuer à l’unité et l’économie canadiennes, la première ministre du Québec s’est dite prête à étudier un tel éventuel projet qui, forcément, franchirait le Québec. (Un peu comme elle s’est dite prête à étudier un éventuel projet de troisième lien qui traverserait le fleuve près de Québec.)

Elle a ainsi démontré à la fois son insouciance des questions environnementales et son obsession pour le soi-disant développement économique.

En fait, le Québec et l’Alberta ne se ressemblent pas, mais leurs gouvernements actuels, oui.

Le différence

Il en va tout autrement des populations respectives des deux territoires. En plus petite proportion qu’avant, mais quand même, les Québécois demandent plus de services publics tout en sachant qu’il y a un prix à payer.

La majorité accepte de payer ce prix parce que cela signifie qu’il est partagé par le plus grand nombre.

Même si l’appel à « faire payer les riches » soulève toujours un certain appui, l’immense majorité des Québécois sait très bien que les choix collectifs faits au cours des ans profitent au plus grand nombre.

Et surtout à celles et ceux qui n’ont pas les moyens de défrayer eux mêmes les services publics qu’ils reçoivent.

Cela n’arrivera pas en Alberta.

 

 

(1) Susan Holt est PM, libérale, du Nouveau-Brunswick depuis l’automne 2024.

(2) Dorénavant des « personnes en situation d’itinérance ».

(3) Sans accent aigu, inconnu au Canada

(4) Édition du 27 juillet 2026.

Laisser un commentaire