À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : Santé

Partagez cet article

Charlène Baron fait des exercices de musculation.
Marie-Josée Boucher

La santé nous préoccupe tous. Celle du cœur, pour des raisons évidentes, vient en tête de liste. Pour le Dr Philippe L’Allier, cardiologue et directeur de la prévention au Centre Épic de l’Institut de cardiologie à Montréal, la sédentarité et la mauvaise alimentation sont les deux principaux facteurs de risque.

Marie-Josée Boucher

Le plus récent portrait des problèmes cardiaques au sein de la population québécoise, recensé par l’Institut national de santé publique du Québec, remonte aux années 2015 et 2016.

Il indiquait qu’un peu plus de 730 000 Québécois de 20 ans et plus avaient reçu un résultat de maladie cardiovasculaire, ce qui représente 11,3 % de la population.

Lors d’une entrevue téléphonique, le Dr L’Allier a dit constater une augmentation des cas. « Le nombre total de patients atteints augmente, puisque malgré la très légère diminution de l’incidence, il y a une augmentation de la population. Donc, en termes de nombres absolus, il y a une augmentation très significative du nombre de patients atteints de maladie cardiovasculaire. »

Les effets de la pandémie 

Le Dr L’Allier est d’avis que la pandémie pourrait aussi avoir augmenté les problèmes cardiaques en raison de la sédentarité qu’elle a occasionnée pour beaucoup de gens. « On pense que le temps d’écran a augmenté en flèche. Malheureusement, il semble se poursuivre. »

Il s’inquiète particulièrement pour les jeunes. Leur manque d’activités physiques engendre des problèmes de surpoids et de maladies cardiovasculaires précoces. « Par exemple, j’ai traité aujourd’hui une patiente de 33 ans qui avait fait un infarctus. Nous n’avions pas l’habitude de voir cela auparavant », raconte-t-il.

Une alimentation saine

Selon le spécialiste, un des premiers facteurs de risque de maladie cardiovasculaire est lié à l’alimentation.

« La malbouffe et les produits ultra-transformés seraient à l’origine d’un problème très important, avec un impact négatif sur plusieurs facteurs de risque. Quand vous mangez mal, vous prenez plus de sel, vous faites plus d’hypertension artérielle et vous mangez plus de mauvais gras. Ces calories vides engendrent plus de surpoids, plus de résistance à l’insuline et plus de diabète. »

Faire échec à la sédentarité

La bonne santé cardiovasculaire passe aussi par un entraînement physique régulier. « Il y a une tendance globale nettement à la baisse du risque d’avoir des problèmes cardiaques quand on fait de l’exercice régulièrement », précise le Dr L’Allier.

« Ce que nous n’aimons pas comme cardiologues, ce sont les gens qui ne sont pas en forme et qui, subitement, font un exercice violent. Par exemple, après une bordée de neige, la personne doit se dépêcher de pelleter l’entrée de la maison, la neige est lourde et il fait froid. Ce n’est pas souhaitable ni recommandé d’aucune manière. »

Le Dr L’Allier avance un point important : « Il y a maintenant un lien très clair entre la sédentarité, le manque d’exercice, les facteurs de risque cardiovasculaire et les risques de développer un problème de neurocognition. Encore une fois, l’exercice et l’alimentation semblent fondamentaux dans le traitement et la prévention de ces problèmes de déclin neurocognitif. »

La réadaptation cardiaque

Le Centre Épic de l’Institut de cardiologie de Montréal offre un programme volontaire de réadaptation cardiaque aux personnes qui ont été soignées pour des problèmes cardiovasculaires.

En décembre dernier, nous nous y sommes rendus pour suivre le groupe de 7 h. Dans la grande salle d’entraînement vitrée, il ne faisait pas encore jour.

Sous la supervision de la kinésiologue Sophie Tanguay, neuf personnes, soit sept hommes et deux femmes, ont d’abord marché sur un tapis roulant ou ont fait du vélo stationnaire pendant 30 minutes.

La kinésiologue effectuait un suivi avec chacun des participants et modulait la vitesse de l’appareil selon leur progression. Puis, 30 autres minutes étaient consacrées à des exercices de musculation.

Comme le mentionnait Sophie Tanguay par courriel, chaque groupe du programme de réadaptation comprend un maximum de 15 personnes et a lieu deux fois par semaine pendant 12 semaines.

Les deux seules femmes du groupe, Charlène Baron et Jocelyne Beauséjour, ont accepté de nous livrer leur témoignage.

Charlène Baron, âgée de 52 ans, a fait un infarctus du myocarde aigu à l’été 2022. Elle a été traitée à temps à l’hôpital de Lasalle avant d’être opérée à l’hôpital Royal-Victoria.

Le programme de réadaptation répondait à ses besoins. « Il me donnait une sorte d’accompagnement et me permettait de recadrer mes balises », confie-t-elle.

Elle souligne que le Centre Épic est le seul établissement de la grande région de Montréal à offrir un tel programme de réadaptation cardiaque. « Sur la rive-nord et la rive-sud, il n’y en a pas! ».

De son côté, Jocelyne Beauséjour, 80 ans, a été soignée à l’Institut de cardiologie pour une artère bloquée au printemps 2022. Avant qu’on diagnostique ce problème, le moindre effort l’épuisait.

Elle avait également subi un accident vasculaire cérébral (AVC) à l’automne 2021 et elle voulait retrouver une mobilité perdue. « Je n’étais plus capable de faire les exercices que je faisais auparavant. Maintenant, ça revient », rapporte-t-elle, encouragée. Elle se réjouit également de pouvoir s’entraîner en groupe.

Antécédents familiaux et gestion du stress

Charlène Baron et Jocelyne Beauséjour comptent des antécédents familiaux marquants.

Le frère de Mme Baron a eu trois pontages à l’âge de 38 ans, et son grand-père maternel a été emporté par une crise cardiaque à l’âge de 58 ans.

De son côté, Jocelyne Beauséjour a perdu son père alors qu’il n’avait que 53 ans. Il est décédé subitement d’une thrombose coronarienne. Du côté de sa mère, ses tantes ont toutes été victimes d’un AVC.

Pour gérer son stress, Charlène Baron pratique le tai chi depuis 17 ans, elle fait du karaté depuis 20 ans et s’offre un massage thérapeutique chaque semaine. Son conjoint étant chef cuisinier, elle s’alimentait bien depuis longtemps. Depuis son infarctus, le couple a désormais adopté le régime alimentaire méditerranéen.

Jocelyne Beauséjour ne se considère pas comme une personne stressée, se nourrit sainement et dit avoir vécu calmement sa chirurgie de l’artère.

Symptômes annonciateurs différents chez les femmes

Charlène Baron insiste sur la différence de symptômes annonciateurs d’un problème cardiaque entre les hommes et les femmes.

Elle signale que les femmes ne doivent pas prendre à la légère des symptômes de fatigue, d’étourdissements, de sueurs et de vomissements. « En tant que femmes, nous en endurons pas mal. Certaines vont se dire : je vais aller me coucher et je vais aller mieux. Quand on a des antécédents cardiaques, il n’y a pas de raisons d’être aveugles à ces symptômes-là. Quand nous avons mal aux muscles, ça ne vient pas avec des sueurs!»

En allant consulter, Charlène Baron a mis toutes les chances de son côté. « Au triage, après un examen ECG, l’infirmière a tout de suite constaté le problème. J’étais bloquée à 100 % du côté droit! »

Jocelyne Beauséjour était déjà suivie à l’Institut de cardiologie depuis des années, notamment pour des souffles au cœur. Elle a choisi d’aller consulter rapidement et a été traitée adéquatement.

Les cas de ces deux patientes sont différents, mais elles ont toutes deux écouté leur corps. « Sans cela, nous ne serions pas ici; nous serions mortes! », résume Jocelyne Beauséjour.

« Je veux vraiment conscientiser les femmes », martèle Charlène Baron. « Si je peux sauver la vie d’une femme par mon témoignage, j’aurai fait mon travail. »

Marie-Josée Boucher

Le Dr Philippe L’Allier, cardiologue et directeur de la prévention
au Centre Épic de l’Institut de cardiologie à Montréal.

Laisser un commentaire

Autres articles

  • Surprise! Dans une annonce qui a confondu tout le monde ce 7 décembre, le gouvernement chinois abandonne l’essentiel de sa politique zéro COVID adoptée il y a trois ans, au tout début de l’épidémie dans le pays. Une bouffée d’oxygène pour les citoyens, mais qui est loin de sortir Xi Jinping de l’embarras.

    Continuer la lecture