À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

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Serge Truffaut

Dans les années 1960, la scène des musiques populaires était occupée au centre, grosso modo il va sans dire, par Bob Dylan, Joan Baez, Townes Van Zandt et deux ou trois autres troubadours chantant The Masters of War.

À leur droite, sans aucune qualification politique, il y avait les groupes de la crédulité et de la marguerite effeuillée : The Byrds, Grateful Dead, Jefferson Airplane, The Beach Boys, Iron Buttefly, Quiksilver Messenger Service, CSN&Y et autres jeunesses effrayées par la guerre du Vietnam et le massacre de quatre d’entre eux sur le campus de l’Université de Kent dans l’Ohio.

À leur gauche, il y avait les prolos, les mineurs de fond, les orphelins de mère, de père, et parfois des deux. Eux, passaient leur temps à creuser les sillons du blues des campagnes et des villes sous la bienveillance notamment de Muddy Waters et Willie Dixon. Ils s’appelaient Mike Bloomfield, Paul Butterfield, Canned Heat, Mark Naftalin et John Hammond Jr. Ce dernier était l’exception. De quoi ? De la classe sociale du bas, il n’était pas membre.

Il était le fils du célèbre producteur John Hammond, héritier, lui, des richissimes familles Hammond et Vanderbilt. De ce dernier, on retiendra qu’il avait signé Billie Holiday, Benny Goodman, Bob Dylan, Leonard Cohen, Bruce Springsteen et découvert Stevie Ray Vaughan. Passons.

De ce groupe, celui de gauche, il y en avait un sixième et non des moindres. Il s’appelait et s’appelle encore et toujours Charlie Musselwhite.

Depuis peu, ce cher, très cher Musselwhite propose ce qu’il propose depuis des lunes indiennes — par sa mère il est à moitié Choktaw —, soit un bijou musical. Un album plein de finesses. Un album de vieil homme — il a 81 ans —, qui conjugue son harmonica et surtout sa voix avec la sagesse de celui qui est revenu de tout car il a tout vu et pratiquement tout fait. Cet album s’intitule Look Out Highway sur étiquette Forty Below Records.

Dans une des 12 compositions de cet album intitulé Highway 61, ce cher Charlie résume en un couplet sa vie de  « musicos » : Well you know blues overtook me when I was a litte child Now the world is my home, mile after mile Now people let me tell you where highway 61 runs It runs from my back door down to the seeting sun.

Bien. Le blues l’a effectivement kidnappé alors qu’il était un gamin à Kosciusko, dans le Mississippi, et un jeune ado à Memphis, Tennessee. Là il a travaillé, tout jeune, dans les mines des environs avant de transporter les alcools frelatés la nuit. Bref, sa jeunesse est toute racontée dans les histoires de John Steinbeck et Erskine Caldwell.

Puis il y a eu les autres autoroutes, celle dont il raconte en quelque sorte la traduction en dur, en bitume, de la destinée, si l’on peut dire, comme il le conte dans le morceau titre Look Out Highway et qu’il ponctue encore et toujours de façon magistrale avec son harmonica, l’instrument par excellence des pauvres.

Charlie et son harmonica … Mettons qu’il est la définition, voire la personnification de la simplicité. De l’élagage de toutes les aspérités qui une fois disparues laissent toute la place à la moelle. La substantielle évidemment. Son jeu est un régal. Et comme il est augmenté de cette voix ciselée par les accidents du quotidien depuis 60 ans qu’il parcourt le monde, disons que le résultat est saisissant.

D’autant qu’il est accompagné par les musiciens avec lesquels il joue depuis des années, soit Matt Stubbs à la guitare, Chris Andersen au piano, Randy Bermudes à la basse et le génial June Core à la batterie.

Musselwhite et ses amis viennent de sculpter un objet musical convaincant de bout en bout. De la première à la dernière note.

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