À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

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Capture d’écran

Serge Truffaut

L’histoire toute récente de la politique migratoire imposée par Trump et ses  affidés, Stephen Miller en tête, s’est déployée comme jamais auparavant à l’enseigne du flux tendu. Tous les gestes posés ces derniers jours ont un objectif : aiguiser la violence entre le fédéral et les États, entre les blancs et les «bronzés ». Un dossier si délicat qu’il commande avant tout la déclinaison de sa chronologie.

8 juin 2025 : pour la deuxième fois en 60 ans, un président des États-Unis, un chef de l’exécutif, a fédéralisé la Garde nationale sans l’accord des autorités concernées, soit le gouverneur de la Californie Gavin Newsom et la mairesse de Los Angeles, Karen Bass.

9 juin 2025 : l’interdiction aux citoyens de 12 pays de fouler le sol des États-Unis est devenue effective ce jour-là. La grande majorité de ces pays sont africains, les autres étant situés au Moyen-Orient. À ces 12 ont été ajoutées des restrictions imposées à sept nations, dont le Venezuela.

10 juin 2025 : après avoir fédéralisé la Garde nationale, voilà que Trump a ordonné l’envoi de 700 Marines dans les rues de Los Angeles en formulant des arguments jugés fallacieux par le gouverneur et la mairesse.

Auparavant, dans la semaine du 15 mai, un premier contingent d’Afrikaners, bien blancs, tous Huguenots, étaient reçus à bras ouverts par les autorités américaines. Selon Trump toutes ces personnes étant les victimes d’un apartheid infligé par le gouvernement noir d’Afrique du Sud. Il faudra en accueillir au moins 8 000 dans les prochains mois. Détaillons.

L’histoire d’abord

C’est donc la deuxième fois en 60 ans qu’un chef de l’exécutif décide de déployer dans les rues d’une ville, ici Los Angeles, des forces armées relevant du fédéral sans avoir l’accord du gouverneur et de la mairesse, d’où le terme de  « fédéralisation ». La première fois ? Le 20 mars 1965. Lyndon B. Johnson était alors président.

À cette date, il avait signé un décret avalisant l’envoi de soldats à Selma, Alabama, après que l’ardent défenseur de la ségrégation George Wallace, gouverneur démocrate de cet État, eut indiqué à Johnson qu’il n’entendait pas protéger les « marcheurs » pacifistes qui souhaitaient emprunter le Edmund Pettus Bridge avec Martin Luther King à leur tête.

Antérieurement, en septembre 1957 pour être exact, l’autre fédéralisation digne de mention fut observée à Little Rock dans l’Arkansas. Une sacrée affaire. Trois ans après la décision de la Cour suprême qui avait conclu que la ségrégation dans les écoles publiques était anticonstitutionnelle, le gouverneur Orval Faubus annonçait l’envoi de la Garde nationale devant le Central High School de la ville pour en interdire l’accès aux étudiants noirs.

Après un bras de fer avec le président de l’époque Dwight Eisenhower, ce dernier exigea la fédéralisation unilatérale de la Garde dans le but de faire le contraire de ce que voulut faire Faubus, soit protéger l’accès du collège aux élèves noirs.

Sinon ? Entre la fin de la période dite de Reconstruction, période qui s’est poursuivie de 1865 à 1900, il n’y eut aucune fédéralisation de la Garde nationale. C’est dire l’importance de celle décidée ces jours-ci par Trump.

Enfin, on retiendra qu’après les violents affrontements provoqués par des militants de l’extrême droite à Charlotteville en Virginie en 2017 et au Capitole le 6 janvier 2021, Trump s’est appliqué à suggérer qu’ils défendaient une noble cause, histoire de ramener ces actes à de banals épiphénomènes. Bref, aucune force ne fut envoyée.

Les Afrikaners

Les blancs d’Afrique du sud totalisent 7 % seulement de la population du pays mais détiennent encore et toujours plus de la moitié des terres agricoles. Alors le président Cyril Ramaphosa a présenté une loi intitulée The Expropriation Act dont l’objectif n’est pas de spolier les agriculteurs blancs ,mais bien d’acheter les terres de ceux qui veulent les vendre. Bien.

Le 21 mai, alors que le chef de l’État sud-africain était reçu à La Maison-Banche, Trump et son vice-président JD Vance ont fait ce qu’ils avaient fait à Volodymyr Zelensky : ils lui ont tendu un piège devant les caméras de télévision. Ils ont éteint les lumières et projeté un vidéo. Un montage.

Le résultat ou plus exactement le contenu de celui-ci était atroce. Et ce, non pas à cause des images comme telles, mais bien à cause du chapelet de faussetés et de mensonges détaillés et commentés afin de convaincre tout un chacun que le pauvre blanc d’aujourd’hui était le sujet d’un … génocide ! Bref, Trump et son acolyte expert en double langage ont une fois de plus injurié l’Histoire.

Miller et Vought

Depuis la victoire de Trump aux élections de novembre 2024, deux hommes ne cessent de s’agiter derrière les rideaux avec force et brutalité. Ils s’appellent Russel Vought et Stephen Miller. De ce dernier, Trump dit et répète:   « J’aime ce gars. Il n’y a personne de plus malin et de plus dur que Stephen Miller. »

C’est lui qui le 9 mai dernier a remis en cause l’habeas corpus à la consternation de tous les juristes de Seattle à Boston en passant par Houston et Chicago. Puisque le pays est envahi par des étrangers, de dire en substance Miller, le droit de ces derniers de se défendre est aboli. Fichtre.

C’est Miller qui avec Vought évidemment, mais aussi avec la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, qui lors d’une audition devant les membres du Congrès a été incapable de définir l’habeas corpus, c’est dire son incompétence, ont exigé en mai que le nombre d’arrestations de clandestins effectuées par les agents du ICE, la police migratoire, passe d’une moyenne de 400 par jour enregistrées en février-mars à 3000.

On ne répétera jamais assez que depuis la défaite de Trump en 2000, Vought et Miller se sont appliqués pendant quatre ans à jongler et à malaxer « l’ethnonationalism » et le racisme scientifique du Britannique Houston Chamberlain, le déclin de l’Occident et le césarisme de l’Allemand Oswald Spengler sans oublier évidemment le grand remplacement du Français Renaud Camus.

Quatre ans durant, ce duo infernal, c’est le cas de la dire, a effectué l’alchimie des pires théories raciales qui se trouvent au coeur du Project 2025 qui est rien de moins que le programme élaboré par Heritage Foundation et qui est le poumon, si l’on peut dire, du mandat de Trump.

Rappelons, là encore, que le Heritage Foundation fut créé le 16 février 1973 par Paul Weyrich, Edwin Feulner et financé par Joseph Coors, soit trois avocats du nazisme qui, entre autres choses, voyaient dans chaque noir « un communiste qui veut tuer les Blancs ». Bonjour l’ambiance.

 

Capture d’écran

Une cinquantaine d’Afrikaners,
se disant « persécutés », ont été
accueillis début mai à Washington
en tant que réfugiés.

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