À propos de l'auteur : Claude Lévesque

Catégories : International

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Capture d’écran

Claude Lévesque

À l’approche du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis d’Amérique, le successeur de George Washington a reçu le successeur de George III dans les ors de la Maison-Blanche.

L’ironie de cette rencontre, c’est que le premier agit souvent comme un monarque absolu tandis que le second évite autant que possible de faire des gestes politiques, parce qu’il n’en a pas le droit, n’ayant jamais été élu.

Autrement dit, le « président qui voudrait être roi » a reçu le roi qui plante des arbres et des légumes bio et qui s’en tient au rôle qui lui est assigné par les règles en vigueur au Royaume-Uni.

Aux États-Unis, la quête d’absolutisme de Donald Trump est régulièrement décriée aussi bien par des élus que par des commentateurs, que le président et ses affidés qualifient de libéraux, de progressistes, de gauchistes radicaux, de salauds ou d’imbéciles au service des « fake news media ». L’invective dépend de l’humeur de la personne qui la lance et du climat qui règne au moment où elle le fait.

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a multiplié les décrets, que ce soit pour imposer des tarifs douaniers, fermer ou tenter de fermer certaines agences gouvernementales (comme le département de l’Éducation ou l’Agence de développement internationale des É.U.) ou congédier des hauts fonctionnaires pour des motifs souvent contestables, voire frivoles.

« No king »

Au cours des derniers mois, des manifestations de masse organisées sous le mot d’ordre de « No king » (Pas de roi) se sont déroulées dans plusieurs villes américaines, les participants voulant signifier qu’ils ne veulent pas être gouvernés par un monarque absolu ou par quelqu’un qui cherche à le devenir.

Entre autres choses, le manifestants ont dénoncé les violences commises par les agents de l’ICE au Minnesota et ailleurs,  l’instrumentalisation par Donald Trump du département de la Justice pour punir des ennemis politiques comme Laetitia James, la procureure générale de l’État de New York, et James Comey, l’ancien directeur du FBI et, récemment, la guerre qu’il a lancée contre l’Iran sans consulter le Congrès.

La démolition de l’aile orientale de la Maison-Blanche et son remplacement par une immense « salle de bal à la Marie-Antoinette » ont alimenté la crise. La Cour fédérale du District de Columbia a ordonné la suspension des travaux en mars, rappelant que «le président des États-Unis a la responsabilité des préserver la Maison-Blanche pour les futures premières familles, mais [qu’] il n’en est pas le propriétaire !».    

Qu’à cela ne tienne, le camp présidentiel, mené par le procureur général par intérim, Todd Blanche, et par le sénateur de la Caroline du Sud, Lindsey Graham, est revenu à la charge, prenant comme prétexte le drame survenu lors du dîner annuel des correspondants à la Maison-Blanche (1).

 Le(s) discours du roi

La visite de Charles III, destinée à célébrer avec trois mois d’avance le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, est survenue à un moment bien particulier. C’est deux jours avant son arrivée à Washington qu’un individu lourdement armé a franchi au pas de course les détecteurs de métal installés tout près de la salle de l’hôtel Hilton où Donald Trump, J.D. Vance et plusieurs membres du gouvernement américain assistaient à ce dîner des correspondants, déclenchant une fusillade.

Prenant la parole devant les deux chambres du Congrès, le souverain britannique a mentionné cet incident dramatique, jurant que des actes de violence de ce genre ne doivent jamais réussir.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le lien « irremplaçable et indestructible » qui unit les États-Unis et le Royaume-Uni 250 ans après la guerre d’indépendance. 

Cela ne l’a pas empêché de critiquer les dérives de son hôte, sans jamais le nommer. Il l’a fait ô combien subtilement, déployant des trésors de diplomatie et l’humour typiquement britannique dans lequel il excelle. 

Il a exprimé son « immense respect pour le Congrès […], cette citadelle de la démocratie créée pour représenter la voix de tous les Américains et faire avancer leurs droits et libertés ».

Il a parlé de la Magna Carta, qui a été édictée en 1215 pour limiter les pouvoirs du roi d’Angleterre ou, pour citer Charles III, « soumettre le pouvoir exécutif à des freins et contrepoids (checks and balances) ». Il a même souligné que la Magna Carta a été invoquée dans au moins 160 causes instruites par la Cour suprême des États-Unis.

Des styles différents

M. Trump n’assistait pas au discours prononcé au Capitole, mais il était présent quand Charles III a pris la parole à la Maison-Blanche quelques heures plus tard.

Le président n’a pas tari d’éloges pour son invité royal. C’est à se demander s’il a pris connaissance du premier discours car les opinions exprimées par les deux hommes en matière de démocratie et de gouvernance ne pourraient être plus éloignées. 

Charles III traite le premier ministre travailliste Keir Starmer avec respect. Ses prédécesseurs ont généralement fait de même quand ils ont dû se résoudre à une «cohabitation » avec des gouvernements d’obédience sociale-démocrate. Donald Trump, au contraire, ne cesse de critiquer et d’insulter les sénateurs et les représentants démocrates. Au fond, il admire probablement plus l’immense fortune de Charles III et le titre prestigieux qu’il porte que ses qualités personnelles.

Une pluie de décrets présidentiels

Depuis le début de son deuxième mandat, Donald Trump a signé plus de 250 décrets, portant sur des sujets aussi divers que les règles en vigueur pour les élections (une responsabilité des États fédérés), l’interdiction faite aux agences fédérales d’embaucher des sous-traitants qui favorisent la « diversité-égalité-inclusion », les herbicides, l’architecture et le « wokisme dans l’intelligence artificielle » (2).

Plusieurs de ces décrets contreviennent à des lois fédérales ou à la Constitution américaine. Des tribunaux ont déjà donné tort à Donald Trump dans certains cas, mais la Cour suprême a généralement tranché en faveur du chef de l’État. Depuis une quinzaine d’années, le plus haut tribunal a souvent tendance à favoriser la présidence dans ses décisions.

Une bonne partie des décrets trumpiens, de même que les actions prises par le président, reflètent les propositions contenues dans le Project 2025, le manifeste du think tank conservateur The Heritage Foundation.

Des politologues et des experts en droit constitutionnel y voient aussi l’apogée de la «théorie unitaire de l’exécutif». Il s’agit d’une doctrine controversée qui remonte à la présidence de Ronald Reagan et qui affirme que le président peut exercer un contrôle total sur la branche exécutive du gouvernement (3).

(1) Trump’s ballroom must go forward, DOJ argues in new court filing, Ben Johnson et Kyle Cheney, Politico, 28 avril 2026

(2) Trump’s Second-Term Executive Orders (2025–2026), Holland & Knight

(3) The Supreme Court is headed toward a radically new vision of unlimited presidential power, Graham G. Dodd,  The Conversation, 7 octobre 2025

 

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