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Capture d’écran
Keiko Fujimori et Roberto Sánchez.
Daniel Raunet
Au lendemain du deuxième tour des élections présidentielles péruviennes du 7 juin, certains organes de presse donnaient gagnante la candidate de la droite, Keiko Fujimori (Reuters, RTS), tandis que d’autres prédisaient la victoire de la gauche avec le candidat Roberto Sánchez (Radio France) et que la plupart conseillaient d’attendre (AFP, BBC).
En Amérique latine, le Pérou est le plus récent champ de bataille entre les partisans d’une droite dure et ce qui reste du radicalisme de gauche sur ce continent. Une bataille qui a failli ne pas avoir lieu, puisque les résultats du premier tour, qui n’ont été proclamés que 35 jours après le scrutin du 12 avril, ne laissaient que 0,1 % de différence entre les candidats en deuxième et troisième place, ce qui aurait pu déboucher sur un duel droite-extrême droite au deuxième tour.[1]
Bruits de bottes à l’extrême droite
Le troisième candidat dans les résultats officiels du premier tour, le trumpiste Rafael López Aliaga, n’a pas accepté sa défaite. Vingt et un mille deux cent neuf petites voix de différence dans un pays de 27 millions d’électeurs où le vote est obligatoire. L’ancien maire d’extrême droite de Lima a hurlé à la fraude jusqu’à la fin, sans fournir toutefois la moindre preuve. Il menace depuis de recourir à l’Insurrection.[2] Aliaga, un membre de l’Opus Dei, est opposé à l’avortement, au mariage gai, aux campagnes publiques de vaccination et aux programmes sociaux de l’État. Pendant la campagne électorale, il s’est plaint du droit de vote accordé aux analphabètes et aux Autochtones.
Pendant la campagne électorale, plusieurs anciens militaires de ses amis ont évoqué ouvertement à la télévision l’idée d’un coup d’État. Une menace à prendre au sérieux dans un pays qui a connu neuf présidents en dix ans (dont quatre qui sont actuellement en prison) et une dictature militaire de 12 ans de 1968 à 1980. Sans oublier le « Fujimurazo », le coup d’État de 1992, lorsque le président Alberto Fujimori s’était attribué les pleins pouvoirs.
Keiko Fujimori et son héritage paternel
Celle qui est arrivée en première place au premier tour avec 17,1 % des voix en est à son quatrième essai pour devenir présidente. Ses échecs précédents s’expliquent en grande partie par le souvenir de son père auquel elle avait servi de « Deuxième Dame » pendant sa présidence. Un sondage Ipsos d’avril indique que 48 % des Péruviens ne voteraient « jamais » pour Mme Fujimori. Le président Alberto Fujimori avait d’abord été très populaire pour avoir vaincu la guérilla maoïste du Sentier Lumineux et jugulé l’hyperinflation, mais le bilan de sa dictature est particulièrement lourd. Recours à des escadrons de la mort et décès de 70 000 personnes, stérilisation forcée d’indigènes, généralisation de la corruption dans toutes les institutions, Fujimori a passé l’essentiel de sa vieillesse en prison, de 2007 à 2020, pour violation des droits humains, détournement de fonds, écoutes électroniques illégales d’opposants, trafic d’influence, etc. Il est décédé en septembre 2024.
La candidate Keiko Fujimori, 51 ans, dirige le principal parti structuré de la vie politique péruvienne, Force populaire. Comme son père, elle professe une idéologie néolibérale mâtinée d’un discours sécuritaire autoritaire. Il faut dire que la violence causée par la recrudescence du crime organisé est la préoccupation numéro un du public. Autre facteur en sa faveur, le clientélisme : l’ancrage local de son parti l’assure d’un certain soutien dans les quartiers pauvres, par-delà les classes possédantes. Son programme ressemble beaucoup aux courants dominants du Congrès où Force populaire fait la pluie et le beau temps, en particulier quand il s’agit de destituer un président en exercice. L’un des enjeux principaux de cette élection était donc de fédérer l’ensemble de la famille conservatrice du Pérou, malgré le mauvais souvenir de la dictature fujimoriste. Certaines données préliminaires indiquent qu’au deuxième tour, nombre d’électeurs se seraient pincé le nez et auraient voté pour la gauche radicale pour faire barrage au fujimorisme.
Quoi qu’il en soit, les résultats sont en dents de scie. La commission électorale disait dès avant même le scrutin qu’elle n’annoncerait rien avant le milieu du mois. On s’attend maintenant à un recomptage général, ce qui, vu l’histoire du Pérou, pourrait prendre … plusieurs mois !
Le candidat de gauche poursuivi en pleine campagne du deuxième tour
C’est donc la gauche radicale qui incarnait, cette fois-ci, l’opposition au fujimorisme. Le candidat Roberto Sánchez Palomino, 57 ans, a passé la campagne électorale avec un énorme sombrero blanc sur la tête comme pour souligner ses racines rurales. Alors que les bastions de Keiko Fujimori sont situés dans les régions urbaines, dont la capitale, ainsi que dans le nord minier, les partisans de Sánchez se retrouvent surtout parmi les laissés-pour-compte du système péruvien, en particulier les Autochtones des régions andines du sud du pays.
Sánchez se réclame de l’héritage du président Pedro Castillo (2021-2022), un ancien instituteur destitué et condamné à onze ans de prison pour avoir voulu dissoudre le Congrès, mais toujours populaire auprès des plus déshérités. Ancien ministre du Commerce sous le gouvernement Castillo, l’homme au sombrero blanc a promis de faire libérer l’ex-président. Sánchez voudrait une nouvelle constitution qui transformerait le Pérou en un État plurinational dirigé de concert avec les nations autochtones, le modèle étant ici la Bolivie de l’époque Evo Morales. Il veut également revoir les contrats des industries minières et augmenter d’un tiers le salaire minimum.
Son succès au premier tour, non prévu par les sondages, illustre le clivage fondamental de la société péruvienne, déjà révélé lors de l’élection de Pedro Castillo. Le fossé est béant entre les élites de la capitale et un Pérou profond des régions andines et amazoniennes, pauvres, autochtones et marginalisées.
Avant même la tenue du scrutin, Roberto Sánchez est devenu le nouvel homme à abattre des pouvoirs établis. Le 13 mai, le parquet du Pérou a requis cinq années d’emprisonnement contre lui pour ne pas avoir déclaré 57 000 US $ de dépenses lors d’élections régionales entre 2018 et 2020.[3] La date choisie pour la mise en accusation, entre les deux tours de l’élection présidentielle, soulève des doutes quant à l’indépendance politique des procureurs. D’autant plus qu’à deux jours du scrutin, le 5 juin, le parquet a décidé de maintenir les poursuites contre le candidat Sánchez.[4]
Les députés obtiennent la peau de procureurs trop curieux
Le Pérou, est-il plus corrompu que d’autres pays d’Amérique latine ? Martín Tanaka, de l’Institut d’études péruviennes à l’Université pontificale catholique du Pérou, est loin d’en être sûr. « Si la corruption est si visible au Pérou, c’est que les dirigeants péruviens sont politiquement extrêmement faibles, inexpérimentés, et sans partis pour les soutenir. » Le politologue souligne le rôle d’« une poignée de procureurs anticorruption et de juges particulièrement déterminés à mener ces affaires jusqu’aux tribunaux ».[5]
Un activisme judiciaire qui n’est pas du goût de tous. Nouvelle étape dans la dérive mafieuse des institutions péruviennes, le 3 décembre dernier, le Congrès a démis la procureure générale du pays, Delia Espinoza, et lui a interdit toute activité dans la fonction publique pendant dix ans. Dans ses commentaires au journal Le Monde, la procureure limogée n’a pas mâché ses mots : « Plus de la moitié des députés sont visés par des enquêtes pour divers délits de corruption présumés, allant du trafic d’influence au détournement de fonds ou à l’abus d’autorité. On a voulu me détruire. Mais c’est aussi un message pour d’autres procureurs qui seraient tentés de poursuivre ces enquêtes : “Voilà ce qui vous attend si vous ne vous alignez pas.” ».[6]
Avec son éviction, ce sont de nombreuses enquêtes sur la corruption des élites qui sont passées à la trappe. Son successeur, Tomas Aladino Galvez, lui-même mis en cause dans certains de ces dossiers, s’est empressé de fermer plusieurs bureaux d’enquête, dont le pôle d’élite du parquet sur les ramifications péruviennes du scandale Odebrecht. Il a également mis le holà à toute nouvelle investigation, sous prétexte de « sursaturation » du système.
Les relents persistants du scandale Odebrecht
Odebrecht est une entreprise de travaux publics brésilienne qui, de 2002 à 2016, a déversé plus de 1 milliard $ CAN de pots-de-vin sur les élites d’une quinzaine de pays en échange de juteux contrats. Selon les autorités helvétiques, la compagnie faisait quatre dollars de bénéfice pour chaque dollar de corruption. Parmi les bénéficiaires des largesses d’Odebrecht se trouvent 240 personnalités politiques brésiliennes, l’ancien président dominicain Danilo Medina, son collègue colombien Juan Manuel Santos, le vice-président équatorien Jorge Glas, l’ancien patron de la pétrolière mexicaine Pemex Emilio Lozoya, l’ex-président panaméen Ricardo Martinelli.
Pour le seul Pérou, quatre anciens présidents ont été impliqués dans le scandale, Alan Garcia, Alejandro Toledo, Ollanta Humala et Pedro Pablo Kuczynski. Garcia a préféré se suicider d’une balle dans la tête, Toledo et Humala sont en prison, tandis que Kuczynski fait face à une poursuite dans une autre affaire de corruption, menacé de huit ans d’incarcération. Quant à Keiko Fujimori, la candidate favorite du premier tour, elle a passé plus d’un an en prison préventive, soupçonnée de blanchiment d’argent dans l’affaire Odebrecht. Elle a été libérée en avril 2020 pendant la pandémie de Covid et il n’y a jamais eu de procès.
Le trumpisme en peine ascension
Le Pérou n’est qu’un des fronts de la lutte de la droite contre la gauche en Amérique latine. Et dans cette lutte, c’est surtout l’extrême droite dure, qui l’emporte. Avec le président à la tronçonneuse d’Argentine, Javier Milei, avec celui qui se proclame au Chili l’héritier de Pinochet, le président José Antonio Katz, fils de nazi allemand, avec Nasry Asfura, le poulain de Donald Trump qui vient de remporter la présidentielle au Honduras, avec le néolibéral Rodrigo Paz Pereira qui a mis fin à deux décennies de pouvoir indigéniste en Bolivie, avec le président Santiago Peña du Paraguay, héritier des « valeurs » du dictateur Alfredo Stroessner et solide allié de Nétanyahou, avec le président Daniel Noboa de l’Équateur, un autre ami de Donald Trump, avec le président panaméen José Raúl Mulino Quintero pour qui les Panama Papers sur le blanchiment d’argent dans son pays ne sont que fumisteries, avec le président Luis Abinader de la République dominicaine qui fait expulser par dizaines de milliers les Haïtiens et leurs descendants, avec la présidente costaricienne, Laura Fernández, qui construit une mégaprison et s’affiche pro-Trump … et surtout avec celui qui sert de référence à toute la droite latino-américaine, le Salvadorien Nayib Bukele, qui a réussi le tour de force de mettre derrière les barreaux 2 % de la population de son pays au nom de la loi et de l’ordre.
Après l’imposition d’un protectorat américain au Venezuéla et les menaces de Donald Trump contre le régime communiste cubain, il faudra surveiller sous peu deux élections présidentielles, la Colombie où le millionnaire De la Espiriella (qui se targue d’attirer le vote des femmes grâce à la taille de ses testicules) est arrivé bon premier au premier tour des élections présidentielles et risque fort de mettre fin le 21 juin à la première expérience d’un gouvernement de gauche dans l’histoire de ce pays[7]. Et enfin, le Brésil, où le sénateur Flávio Bolosonaro rêve de venger son père Jair et de renverser le président de gauche Lula da Silva lors des élections d’octobre prochain. Deux élections clés pour les partisans de la Doctrine Donald, l’hégémonie américaine sur le continent.
[1] Sebastian Ortiz Martínez, « JNE proclama que los candidatos Keiko Fujimori y Roberto Sanchez pasan a la secunda vuelta presidencial”, El Commercio, Lima, 17 mai 2026. https://elcomercio.pe/politica/jne-en-vivo-keiko-fujimori-y-roberto-sanchez-pasan-a-la-segunda-vuelta-presidencial-de-las-elecciones-peru-2026-noticia/?ref=ecr
[2] Renato Silva, « Rafael López Aliaga vuelve a llamar a la insurgencia luego de proclamación de resultados: “Tenemos derecho a rebelarnos”, Infobae, Buenos-Aires, 19 mai 2026. https://www.infobae.com/peru/2026/05/19/rafael-lopez-aliaga-vuelve-a-llamar-a-la-insurgencia-luego-de-proclamacion-de-resultados-tenemos-derecho-a-rebelarnos/
[3]Site web, « Pérou : prison requise contre le candidat de gauche Roberto Sanchez avant le second tour de la présidentielle », Ouest-France, Rennes, 13 mai 2026. https://www.ouest-france.fr/monde/perou/perou-prison-requise-contre-le-candidat-de-gauche-roberto-sanchez-avant-le-second-tour-de-la-presidentielle-4e9f0bbe-4f0b-11f1-88ee-769cab556f2f
[4] Karem Barboza Quiroz, “Revés para Roberto Sánchez: PJ rechaza pedidos para archivar acusación por presunta falsa declaración”, El Comercio, Lima, 5 juin 2026. https://elcomercio.pe/politica/reves-para-roberto-sanchez-pj-rechazo-diversos-pedidos-para-archivar-acusacion-por-presunta-falsa-declaracion-noticia/
[5] Gilles Biassette, « Au Pérou, la gauche radicale aux portes du second tour de l’élection présidentielle « , La Croix, Paris, 13 mai 2026. https://www.la-croix.com/international/au-perou-la-gauche-radicale-aux-portes-du-second-tour-de-l-election-presidentielle-20260513
[6] Amanda Chaparro, « Au Pérou, le « pacte des corrompus » assoit son contrôle sur la justice »’ Le Monde, Paris, 6 mars 2026. https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/06/au-perou-le-pacte-des-corrompus-assoit-son-controle-sur-la-justice_6669776_3210.html
[7] Tiago Rogero, “Colombia’s far-right presidential candidate De la Espriella wins first round of vote ahead of runoff”, The Guardian, Londres, 1er juin 2026. https://www.theguardian.com/world/2026/jun/01/colombia-far-right-presidential-candidate-espriella-wins-first-round-of-vote-ahead-of-election-runoff
LES PROGRÈS DE L’ULTRADROITE EN AMÉRIQUE LATINE
Échange entre Daniel Raunet et Jean-Jacques Kourliandsky
Directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes
Fondation Jean-Jaurès, Paris.[1]
Quelles sont vos réactions à ce deuxième tour des élections présidentielles péruviennes ?
Plus qu’une réaction c’est une réflexion qui m’est venue à l’esprit sur les conséquences d’un résultat aussi serré et aussi polarisé. Le Pérou souffre d’une instabilité institutionnelle et politique chronique. Ces élections, leur résultat, tel qu’il se présente, ne vont aider en rien à remettre le pays sur rail. Au moment où je réponds à vos questions, chacun des candidats a obtenu la moitié des suffrages exprimés. L’une est d’extrême droite, côtière et de Lima (Keiko Fukimori) et l’autre représentatif d’une gauche andine (Roberto Sanchez). Quel que soit le vainqueur, fort de la radicalité territorialisée de son électorat, il poursuivra la lutte de tranchées qui a sapé depuis plus de vingt ans les fondamentaux de la démocratie péruvienne.
Au siècle dernier, l’Instauration de régimes autoritaires en Amérique latine passait généralement par des coups d’État militaires appuyés par le Pentagone et la CIA. Désormais, c’est plutôt le cas de réseaux d’extrême droite qui jouent le jeu des élections. Comment expliquer ce changement ?[2]
La perpétuation des inégalités économiques passe aujourd’hui comme hier par le contrôle des lieux de décision. Ce contrôle ne nécessite plus de recourir à la violence physique, aux coups d’État comme dans les années 1970. La maîtrise des cerveaux, la diffusion massive de discours légitimant l’ordre en place, ont pris le relais. Pour être plus précis, cela veut dire que forces armées et polices sont actuellement moins importantes, même si, en certaines circonstances cela peut encore s’avérer ponctuellement nécessaire (on le voit en Bolivie), pour maintenir le statu quo social. Il est stratégiquement plus décisif de disposer de relais médiatiques, qu’ils soient classiques (radios, télévision, presse écrite), ou nouveaux (réseaux sociaux, WhatsApp).
C’est en usant de ces instruments, mis à sa disposition par de grandes entreprises, que Jair Bolsonaro a, par exemple, gagné les présidentielles au Brésil en 2018. D’autres facteurs peu significatifs dans les années 1970 jouent également en faveur des forces d’extrême droite : l’expansion du pentecôtisme qui rejoint le libéralisme économique le plus radical en diffusant une théologie dite de la prospérité, et les connexions partisanes entre forces radicales de différents pays. Le parti espagnol d’extrême droite Vox a depuis 2019 joué un rôle de pont particulièrement dynamique entre partis d’ultradroites d’Europe et des Amériques.
Par delà les particularités nationales, quels sont les objectifs communs de ces ultradroites latino-américaines ?
L’objectif recherché est étroitement conservateur, perpétuer l’ordre social et fermer toute option au changement. La couverture idéologique utilisée pour persuader les majorités de voter conservateur est double : un, défendre les libertés menacées par les forces de changement qui, au nom de l’égalité, réduiraient drastiquement les libertés de chacun. Deux, diaboliser tout acteur prônant le changement, en l’affublant d’un mot satanisant, ne nécessitant aucune explication : communiste, bolivarien, castriste, castro-chaviste, populiste. Les messages peuvent être habillés localement d’additifs concernant le rejet des étrangers, la défense d’une éthique traditionaliste, la fabrication d’un ennemi interne ou extérieur.
L’une après l’autre, la majorité des démocraties latino-américaines sont conquises par la droite dure. Comment évaluez-vous les chances de résistance des derniers régimes de gauche élus démocratiquement ?
La capacité des derniers bastions de gauche à rester au pouvoir en Amérique latine, comme d’ailleurs dans d’autres régions du monde, repose sur la connexion de leurs partis et gouvernements avec l’électorat populaire et ses attentes. Cela suppose de prioriser la construction de programmes à cet effet, ainsi que celle de les faire connaître physiquement, par porte à porte, présence devant les centres commerciaux, les marchés là où il y en a, dans les transports collectifs. Cela n’exclut pas d’avoir de bons relais digitaux. Mais ils seront d’autant plus performants que le message qu’ils diffusent repose sur un programme consistant.
Sans programme et sans connexion avec l’électorat, la communication ne peut rien. Les moyens modernes de communication ne peuvent être pour la gauche une fin en soi. Cette modernité, habillée de la séduction du « nouveau », est naturellement instrumentalisée par les forces de droite. Ses initiateurs appartiennent au monde de l’économie de marché, et du conservatisme social. Comme sur bien d’autres questions liées à l’évolution technologique, la gauche doit aller au-delà du constat, maîtriser les instruments actuels de la communication afin de les mettre au service de ses valeurs. Faute de cela les partis de gauche et leurs candidats participeraient à une lutte des places acceptant les règles compétitives fixées par leurs adversaires. Quelle que soit la situation économique et politique dans leurs pays respectifs, ils partiraient avec un handicap.
[1] Échange de courriels, 11 juin 2026.
[2] Jean-Jacques Kourliandsky, « Extrême droite en Amérique latine : laboratoires d’idées et réseaux derrière l’offensive », Fondation Jean-Jaurès, Paris, 7 avril 2026. https://www.jean-jaures.org/publication/extreme-droite-en-amerique-latine-laboratoires-didees-et-reseaux-derriere-loffensive/


