À propos de l'auteur : Claude Lévesque

Catégories : International

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Capture d’écran

Andy Burnham, le nouveau premier ministre britannique : l’avenir dira s’il mènera une révolution, ou une certaine transition, ou s’il se contentera d’assurer l’intendance.

Claude Lévesque

Le 17 juillet, chassant le titulaire Keir Starmer, le Parti travailliste (ou Labour), ce grand parti de centre-gauche fondé en 1900, s’est donné un nouveau chef, qui a automatiquement accédé au poste de premier ministre lors d’une audience protocolaire au palais de Buckingham trois jours plus tard.

L’avenir dira si Andy Burnham mènera une révolution, ou une certaine transition, ou s’il se contentera d’assurer l’intendance. Mais pour combien de temps ? Jusqu’à ce qu’un autre travailliste lui succède à son tour, à moins qu’il tienne le coup jusqu’à ce que le Reform UK de Nigel Farage réussisse à prendre le pouvoir lors des prochaines élections générales, qui ne sont pas prévues avant plusieurs années ? Ou jusqu’à ce que ce soit le Parti conservateur qui le reprenne ?

Comme tous les leaders qu’on dit « charismatiques », il est assez jeune, ne manque pas d’ambition et a le sens des formules. Il y a eu des précédents. En prenant les rênes de ce qu’il avait rebaptisé le « New Labour », Tony Blair avait promis en 1997 de « moderniser » son pays, allant jusqu’à glisser dans quelques-uns de ses discours le mot « révolution » pour décrire son projet politique. Blair n’a pas tardé à s’avérer conservateur, en politique intérieure aussi bien qu’extérieure, à tel point que ses détracteurs l’ont surnommé « Tory Blair ».

Andy Burnham, pour sa part, a promis de « redonner espoir » à ses compatriotes, un slogan qui a bien servi Barack Obama aux États-Unis il n’y a pas si longtemps. Comment compte-t-il s’y prendre ? En opérant « le changement le plus significatif des quarante dernières années » dans la politique du Royaume-Uni. Vaste programme ! aurait dit le grand Charles (celui de l’Hexagone évidemment).

Une certaine idée de la « dévolution » 

Il n’est pas sans intérêt de souligner qu’Andy Burnham a exprimé haut et fort sa volonté de décentraliser davantage le Royaume-Uni, que ce soit dans la prise de décisions ou dans l’allocation des budgets. Le nouveau premier ministre trouve que le Parlement de Westminster en mène trop large. (Soit dit en passant, on ne peut pas reprocher à Tony Blair de n’avoir rien fait à ce chapitre puisque c’est sous sa gouverne que l’Écosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord ont chacun obtenu leur Parlement dans le cadre de la « dévolution ».)

Ce que M. Burnham réclame clairement, c’est que l’Angleterre, où vivent plus de 84 % des Britanniques, bénéficie à son tour de la « dévolution ». Elle ne possède pas son propre Parlement — c’est un peu comme si au Canada l’Ontario en était privée. Il a déjà été question dans le passé de doter l’Angleterre de sa propre législature, mais Andy Burnham ne l’a jamais réclamée. Il réclame plutôt que les régions de l’Angleterre, et notamment les grandes agglomérations autres que Londres, se dotent de certains pouvoirs, ce dont elles seraient actuellement privées à son avis. Il faut dire que le Parlement de Westminster et le quartier Whitehall, où logent la plupart des ministères du Royaume-Uni, se trouvent en plein coeur de … London, England, assez loin des autres pays-nations qui composent ledit royaume.

Il n’est pas sans intérêt non plus de mentionner qu’Andrew Murray Burnham est né près de Liverpool avant de déménager dans la région de Manchester. Il s’agit de deux des principales agglomérations du Royaume-Uni, qui ne sont distantes que de cinquante kilomètres. Proches l’une de l’autre donc, mais pas des villes jumelles à proprement parler, quoi qu’elles soient reliées par un canal depuis 1894, ce qui a facilité l’industrialisation de toute la région. De quelle région s’agit-il ? Officiellement, on dit le « Nord » de l’Angleterre, mais en regardant la carte on devrait plus justement parler du « Sud du Nord de l’Angleterre ».

Depuis 2010, Andy Burnham ne fait aucun mystère de son intention de devenir premier ministre du Royaume-Uni. Il s’est porté candidat à la succession de Gordon Brown cette année-là. Sans succès. Après la défaite du Labour sous la direction d’Ed Miliband en 2015, il essuya un nouvel échec, cette fois aux mains de Jeremy Corbyn. 

Obstiné, mais pragmatique

Entre 2017 et 2026, plutôt que de ronger son frein, il a fait sa marque en politique municipale, devenant le maire du Greater Manchester. Il est en même temps devenu l’un des hommes politiques les plus populaires du royaume, grâce à sa gestion perçue comme étant très dynamique. C’est en matière de transport collectif qu’il a le mieux réussi. Son bilan en matière de lutte contre l’itinérance, un dossier sans doute beaucoup plus épineux, s’est avéré moins reluisant. 

En janvier 2026, la direction du Labour l’a empêché de se présenter lors d’une élection complémentaire, faisant valoir qu’il devait plutôt terminer son mandat à la tête du Greater Manchester. Nombreux sont les observateurs qui y ont vu une manoeuvre de la part des alliés de Keir Starmer pour l’empêcher de contester de l’intérieur du Parlement de Westminster le leadership d’un premier ministre affaibli par les échecs du Labour aux récentes élections locales(1).

Andy Burnham s’est alors montré beau joueur, choisissant de lancer des initiatives spectaculaires comme une candidature de Manchester en vue de la Coupe du monde de soccer féminin en 2035 et une candidature du « Nord de l’Angleterre » en vue des Jeux paralympiques de 2036 ou 2040.

Manchester a déjà enlevé à Londres la tenue des Brit Awards (l’équivalent des Grammys aux États-Unis) en février dernier.   

Gauche ou droite ?

Le Parti travailliste est né à Londres, mais un ancêtre de cette formation,  l’Independent Labour Party, a vu le jour à Manchester. La première grande centrale syndicale, le Trade Unions Congress, qui existe toujours, y est née en 1868, dans un bâtiment qui est devenu le Musée de l’histoire du peuple. Un endroit fort sympathique qui commémore des évènements historiques, heureux ou malheureux. Malheureux ? Eh bien oui, comme le massacre de Peterloo, survenu en 1819, quatre ans après la bataille de Waterloo, quand la cavalerie a violemment chargé les manifestants pacifiques dans le parc mancunien de St.Peter’s Field. 

Manchester est souvent considérée comme étant le berceau de la révolution industrielle et du capitalisme. Karl Marx et Friedrich Engels y ont séjourné, leurs observations nourrissant leur réflexion sur le communisme. 

Quoi encore ? Emmeline Pankhurst et plusieurs autres « suffragettes » ont aussi vu le jour et grandi à Manchester. Plusieurs manifestations importantes, féministes ou autrement progressistes, y ont été organisées.

On peut dire que Manchester a joué dans l’histoire du Royaume-Uni et même du monde, un rôle plus important que son statut actuel laisse paraître.

La région a connu un certain déclin durant le XXe et le XXIe siècle, à l’instar de la Rust Belt aux États-Unis et d’autres régions du monde industrialisé. Depuis quelques décennies, de nouveaux partis, dont le UKIP puis le Reform UK, ont exploité le mécontentement des populations concernées.

C’est surtout dans les banlieues que les électeurs ont délaissé le Parti travailliste. Dans la ville centre, il a plutôt tenu le coup. Paradoxalement, une bombe posée par l’IRA et ayant défiguré une partie du downtown en 1996 a contribué à la relance de la région.

Les autorités municipales ont alors pris l’initiative de la reconstruction, mais le secteur privé s’est joint au mouvement dans la mesure où il y a vu son intérêt bien entendu. 

C’est un coup d’accélérateur qui a été donné à la nécessaire transition vers une économie des services. Manchester est devenue la région affichant la plus forte croissance économique du pays. Ses universités et ses grandes écoles attirent des jeunes de toutes les régions. Les flux migratoires ont été inversés entre Manchester et Londres.

Cette embellie a commencé avant le règne d’Andy Burnham mais on ne pas dire que ce dernier y ait nui.

Déchiré par ses orientations en matière socio-économique et par d’autres enjeux, le Parti travailliste a souvent louvoyé, élisant par exemple un gauchiste assumé, Jeremy Corbyn, en 2015 après l’ère Tony Blair, puis un centriste prudent, Keir Starmer, en 2020 pour succéder à M. Corbyn, qui avait promis des renationalisations tous azimuts et pris certaines positions jugées trop favorables aux Palestiniens. 

Comme beaucoup d’hommes et de femmes politiques de sa génération, Andy Burnham se dit progressiste et promet du changement, mais il est loin de pencher aussi loin à gauche que Jeremy Corbyn (2). 

(1) Burnham’s ‘Manchesterism’ got him to No 10 – but will it work for the UK, Faisal Islam, BBC 17 juillet 2026; et Labour pins hope on Burnham as he plans policy blitz, Chris Mason, BBC, 17 juillet 2026

(2) Britain hopes this man will save its economy. We went to Manchester to find out, Hanna Ziady, CNN, 18 juillet 2026

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