À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : Jazz

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Serge Truffaut

Le 26 mai dernier, Miles Davis aurait eu 100 ans. Le 23 septembre dernier, John Coltrane en aurait eu autant. Il n’en fallait pas plus pour que les forts en thèmes financiers ayant une maîtrise sans égale pour l’accumulation primitive de capital (sic), usent des mécanismes de mise en marché en ayant recours à la Grosse Bertha qui sur le flanc de la communication gueule aussi fort que la Pythie de Delphes. En clair, ils n’ont pas fait dans la dentelle.

Aux United States of Lake America, ceci a donné cela : des labels ont annoncé l’enregistrement d’hommages à ces immenses musiciens. Blue Note, pour ne parler que de lui, a publié tout récemment l’album que l’excellent saxophoniste Branford Marsalis a réalisé en compagnie de la chanteuse Diane Reeves. Leur sujet ? Coltrane.

Le New York Times, le Washington Post et autres quotidiens ou hebdomadaires ont signé de longs articles sur John et Miles. Au Royaume-Uni, The Guardian et compagnies en ont fait autant.

En France, premier marché du jazz per capita au monde, on a eu droit à la totale. Des producteurs ont organisé une tournée avec Terence Blanchard à la trompette et Ravi Coltrane, le fils de, au ténor. Le programme de la tournée : Miles et John évidemment. Mieux, le journal Le Monde a consacré une série de six (!) longs papiers au duo Davis-Coltrane. On insiste : une série de six articles sur deux musiciens de jazz.

Cette avalanche a ravi, mais elle a également agacé, voire passablement énervé. Car l’avalanche en question s’est distinguée par une absence majeure. Enfin, absence majeure … On exagère un peu, mais reste que la place accordée à l’architecte de l’association Miles Davis -John Coltrane a été celle qu’on accorde au figurant : petite, toute petite.

L’architecte en question s’appelait Red Garland. Mon très cher Garland était pianiste. C’est lui qui a suggéré à Davis d’engager Coltrane. Garland était alors membre du groupe des … savants ! À l’instar des pianistes  Tommy Flanagan, Hank Jones, Ray Bryant, Sonny Clark, Jimmy Rowles, Bill Evans et Wynton Kelly, ses grands contemporains, il connaissait le Livre du Jazz sur le bout des doigts.

Il savait que la progression d’accords de telle pièce était comme-ci, que les harmonies de tel morceau étaient comme-ça. Il avait étudié avec le saxophoniste Earl Bostic, le mentor de Charlie Parker, après avoir digéré les canons du gospel et du blues. C’est d’ailleurs là, la formation, que loge, si l’on peut dire, la différence entre lui et Bill Evans qui lui succédera dans le quintet de Davis. Evans avait été formé à l’école russe du piano. Autrement dit, la musique classique. Bien.

Au cours des premiers mois de 1956, Columbia ou CBS fait une offre à Davis alors lié contractuellement à Riverside. Au mois de mai, il enregistre un disque. Il en doit trois autres à cette compagnie avant d’être totalement libéré. Le studio du fameux Rudy Van Gelder situé dans le New Jersey, juste en face de Manhattan, est réservé pour le 26 octobre. Une date et une seule.

C’est là, vraiment là, que Garland va déployer une savoir-faire beaucoup trop négligé. Car c’est lui qui sera en quelque sorte le mécanicien de la production des trois albums en une séance, et une seule. Si Miles Davis et John Coltrane furent les champions de ce marathon musical unique dans l’histoire du jazz, Red Garland en fut l’entraîneur.

De Workin’, le disque de mai, Steamin’, Relaxin’ et Cookin’ les enregistrements d’octobre, on dit qu’ils composent l’inventaire du « Premier Grand Quintet » ou « First Great Quintet » de l’histoire du jazz. Sans Garland il en aurait été tout autrement.

 

 

 

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