À propos de l'auteur : Dorothée Giroux

Catégories : International

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Capture d’écran

Luigi Mangione, le tueur présumé de Brian Thomson, 50 ans, p.d.-g de la United Healthcare, une des plus importantes sociétés d’assurance santé américaine.

Dorothée Giroux

L’image d’un assassinat sur un trottoir de Manhattan, vers 6h40 du matin, le 4 décembre dernier, a déclenché un intérêt rarement vu pour un fait divers plutôt commun aux États-Unis. L’an dernier, il y a eu 19 952 meurtres chez nos voisins du sud. Il est vrai que la vidéo du tireur pointant une arme à feu à deux ou trois mètres derrière sa victime fait de l’effet. Le nom de la personne tuée et son poste, Brian Thompson, 50 ans, p.d.-g de United Healthcare, une des plus importantes sociétés d’assurance santé aux États-Unis ont de quoi retenir l’attention. Et que dire des inscriptions sur chacune des douilles trouvées sur la scène du crime, selon la police de la ville de New York : deny, defend, depose. Nier, défendre, renverser.

La colère

Le meurtre du p.d.-g de la société d’assurance-santé qui a engrangé 16 milliards de dollars de profits l’an dernier a fait remonter à la surface une immense colère chez beaucoup d’Américains. Les réactions ont été vives et continuent de l’être. Si certains n’ont eu aucune empathie pour la victime, d’autres condamnent l’assassinat tout en critiquant sévèrement l’industrie des assurances et le système de santé privé.

Voici un court échantillon de milliers de commentaires publiés à la suite d’articles du New York Times :

«  Je travaille dans le domaine de la santé et j’ai vu d’innombrables exemples de comportements malhonnêtes et honteux de la part des compagnies d’assurances envers les patients et les médecins. Ces sociétés ne se préoccupent que de leurs profits et de leurs actionnaires. Chaque mot sur ces douilles est le modus operandi des compagnies d’assurance santé. »

« Étonnés par ce torrent de haine dirigé vers cette industrie ? L’endettement médical est la principale cause des faillites et des batailles que doivent livrer les familles pour être en mesure de fournir des soins et des médicaments à leurs enfants. Dans quelle bulle l’industrie de l’assurance santé vit-elle ? »

« Les soins de santé comme commerce, voilà le problème. Quand une compagnie convertit ses patients qui ont besoin de soins de santé essentiels à leur survie en clients qui sont devenus leur principale source de revenus … Le levier que ces compagnies détiennent comme sources de revenus est hors norme, injuste et disproportionné par rapport aux autres industries. »

« Démocrates et républicains ont permis à Corporate America de se développer à des niveaux dangereux. Les soins de santé aux États-Unis, où tout est dicté par les profits sont une honte. »

L’endettement médical

Les dettes médicales font de plus en plus partie de la vie d’un grand nombre d’Américains qui ont eu des problèmes de santé. Selon le Bureau de la protection financière des consommateurs, (Consumer Financial Protection Bureau) les consommateurs devaient 88 milliards aux agences de recouvrement, en 2021, pour des soins de santé non payés. Selon une étude du CFPB qui remonte à 2014, « les consommateurs de soins de santé ne connaissent pas à l’avance les coûts des différents services médicaux dont ils ont besoin. Ces traitements sont souvent urgents et non optionnels, particulièrement en cas d’accident ou d’urgence. De plus, le règlement de différends sur la facturation avec les compagnies d’assurance santé est un processus long, compliqué et souvent dénué de transparence ».

Le service de recherche du Congrès américain a publié un document de synthèse en septembre dernier sur l’endettement médical. Deux pages seulement dont un tableau éloquent sur la provenance des revenus de l’industrie des agences de recouvrement. 24,7 % de leurs revenus proviennent du recouvrement des dettes médicales. C’est le secteur le plus important. Presque le double des revenus en provenance des dettes aux banques et cartes de crédit. Évidemment, les hôpitaux et professionnels de la santé ont recours aux agences de recouvrement pour se faire payer les services médicaux non couverts par les assureurs.

Il y a l’endettement, mais il y a aussi le refus de services avant que ceux-ci soient donnés. Aux États-Unis, des compagnies d’assurance rejettent de plus en plus de demandes d’autorisations de soins. Un sous-comité du Sénat américain a fait enquête sur une alternative au programme Medicare, le programme d’assurance santé auquel les personnes de plus de 65 ans ont droit aux États-Unis. Les compagnies d’assurance privées sont impliquées dans cette alternative à Medicare. Le rapport du sous-comité permanent des enquêtes, intitulé Refusal of Recovery, ou Refus de guérison, a été publié en octobre 2024. On y lit que United Health Care a refusé, à l’avance, de défrayer les coûts de soins post-aigus de près de 9% des demandes en 2019. Trois ans plus tard, en 2022, près de 23% de ces demandes étaient refusées. D’autres assureurs-santé dont les données ont été examinées par le sous-comité du Sénat ont des taux de refus frôlant les 25 % et 26 % en 2022 en ce qui a trait aux demandes de soins post-aigus..

Le refus de soins ne constitue pas le seul problème. Les patients qui n’ont pas payé leurs dettes médicales voient leur cote de crédit entachée. Et leur possibilité d’emprunter disparaître tant que la dette n’est pas payée. Qu’elle soit de 500 ou de 500 000 $.

L’inclusion de ces dettes médicales dans les cotes de crédit des consommateurs fait débat dans les instances politiques. C’est une question qui préoccupe les législateurs qui ont déposé quelques projets de loi au Congrès. Un autre projet de loi vise à encadrer les méthodes draconiennes de recouvrement des dettes médicales comme les saisies de salaire. Pour le moment, un seul projet de loi vise à établir un plan de subventions au Département de la santé pour annuler les dettes médicales impossibles à payer. Voilà les efforts des représentants et des sénateurs du 118e Congrès pour contrer l’endettement médical. Ce Congrès expirera en janvier 2025.

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