À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : International

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Jean Dussault

« The beacon on the hill », le fanal sur la butte, a été et demeure une immense illustration de la révolution américaine de 1776.
Au point d’en devenir un symbole national.
Dans les faits, les révolutionnaires avaient surnommé la plus haute colline de Boston « Beacon Hill» , la « butte du fanal »  parce que c’est de là qu’un guetteur agitait un fanal pour lancer l’alerte d’une attaque des Anglais maudits.
Dans la mythologie d’alors, perpétuée jusqu’à aujourd’hui, voir cette baladeuse lumière, c’était voir l’espoir de la victoire.
C’était croire qu’une idée est plus importante que la réalité.
Deux cent cinquante ans plus tard, le rêve demeure.
Le débat sur la réalité, lui, n’est pas terminé.

D’hier à avant-hier

L’immensément populaire 40e président des États-Unis d’Amérique, Ronald Reagan, a remis l’expression au goût du jour dans son discours d’adieu en 1989. Il a alors parlé de son pays comme « The shining city on the hill ». Librement traduit par « Tout là-haut, c’est nous ».
C’est là une autre variante du narratif étatsunien de l’exceptionnalisme américain qui a jusqu’à aujourd’hui illustré l’aspiration à un monde meilleur.
Le meilleur pour les meilleurs.

Le phare dans le brouillard

Depuis 1857, le magazine The Atlantic est un radar dans la complexité des États-Unis.
Par exemple, son numéro de janvier-février 2024 (1) avait prédit/annoncé ce qui émanerait d’un éventuel deuxième mandat de Donald Trump.
La clairvoyance de cette édition s’est avérée aussi admirable que déprimante.
Dans son numéro de novembre 2025 sur « La révolution inachevée », The Atlantic ajoute à son impressionnante feuille de route.

Tout un portrait

Vingt-et-un textes regroupés sous cinq thèmes racontent l’émergence du sentiment de révolte, révèlent des angles moins connus, étalent des contradictions, reviennent sur de grands moments et inquiètent sur la situation actuelle.
Tout abonné de The Atlantic y reconnaît son habituelle « étatsuniennité »: l’emballement pour l’idée de la nation en parallèle aux critiques de ce qu’il en est advenu.

La graine semée

Un texte de la présidente émérite de Harvard précise que deux objectifs fondamentaux animaient les révolutionnaires d’alors : le rapatriement des pouvoirs de Londres et, sans doute plus important, la détermination du partage de ces pouvoirs éventuellement rapatriés
« La nouvelle nation n’aurait pas de roi, ni d’armée pour imposer la volonté du gouvernement. »
C’était ça le plan…

Le conflit

Un autre article décrit les aventures des re-constitutionalistes. Non, il ne s’agit pas d’Américains qui veulent réécrire la Constitution, mais de passionnés qui reconstituent des batailles importantes de la guerre d’Indépendance.
Accoutrés en Anglais ou en rebelles, ces hommes « envahissent » des parcs nationaux à des dates anniversaires de telle ou telle bataille.
Un reportage de toute beauté, y inclus cette question : « Saviez-vous que les règlements des parcs nationaux interdisent de feindre y mourir ? »
Non.
Aussi dans ce numéro spécial de The Atlantic, la fascinante histoire racontée par l’auteur d’un livre sur « Un gouverneur royal, ses alliés noirs et la crise à l’intérieur de la Révolution Américaine. »
Trop résumée, l’affaire est celle du gouverneur, britannique, de la Virginie qui, en 1775, a proclamé l’émancipation des Noirs de son État pour en faire des Loyalistes. Et leur accorder des droits.
Sûrement sans le savoir, ledit gouverneur a entrouvert une porte …
Mille contorsions et détours plus tard, des abolitionnistes américains se sont servis de cette proclamation royale comme précédent légal à leurs revendications contre l’esclavage.
Only in America !

L’indépendance

Le menu du nouveau pays était chargé.
Celui de la City Tavern de Philadelphie, où les Pères Fondateurs se sont réunis le 4 juillet 1777 pour célébrer, est décrit par une historienne de l’alimentation américaine.
Only in The Atlantic !
Un autre menu, plus lourd,  est décortiqué par le PDG du National Constitutional Center sous le titre « Le cauchemar du despotisme ».
Dix ans après l’indépendance, Alexander Hamilton craignait les possibles répercussions des révoltes populaires au Massachussetts, entre autre contre la hausse des prix. « Selon Hamilton, la plus grande menace à l’expérimentation américaine était un démagogue qui flatterait le peuple, renverserait les élections et consoliderait les pouvoirs dans ses mains. »
Prémonitoire ?
Cela dépend, bien sûr, du point de vue.
Thomas Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’Indépendance qu’Hamilton défendait, n’avait pas le même genre d’inquiétudes. Il a écrit à son collègue : « Une révolte dans un État sur treize en onze ans, c’est l’équivalent d’une par État en un siècle et demi. Aucun pays ne devrait en subir aussi peu. »
Conclusion du collaborateur de The Atlantic : « Le succès de l’expérience américaine ne dépend pas d’un accord entre Hamilton et Jefferson sur l’équilibre entre le pouvoir et la liberté, mais il tient à l’engagement de bonne foi de tout le monde à participer aux inévitables tiraillements entre les deux. »
Pfiou !

L’inégale inégalité

Dans la Constitution rédigée par Jefferson, il est notoirement écrit que « tous les hommes sont créés égaux, avec des droits inaliénables, dont la Vie, la Liberté et la quête du Bonheur ».
C’est le credo de l’Indépendance américaine.
La gagnante du Prix Pulitzer pour l’Histoire en 2009, pour sa biographie de Jefferson, pose une question fondamentale dans The Atlantic : « L’Indépendance de qui ? »
Parce que les femmes étaient exclues du projet, parce que les Noirs n’y étaient pas inclus, parce que les « Indiens » n’y existaient tout simplement pas.

Dans le même chapitre

Une autre question, celle-là posée en 1829 par un pamphlétaire abolitionniste pas du tout impressionné par la libération annoncée cinquante ans plus tôt : « Je vous demande si vos souffrances sous la Grande-Bretagne étaient un centième aussi cruelles et tyranniques que celles que vous nous imposez aujourd’hui. »
Le temps passa et, en 1852, un militant de l’égalité des droits est devenu brièvement célèbre en prononçant un discours intitulé : « Qu’est-ce que le 4 juillet signifie pour un esclave ? » Réponse : « Ce 4 juillet est le vôtre, pas le mien. Vous pouvez fêter, je dois pleurer. »
L’autrice de ce texte, professeure à Harvard, offre une conclusion qui n’est pas concluante : « À l’approche du 250e, il y a moins d’espoir qu’il y en a déjà eu que les divisions raciales s’estomperont. »
Quand même, l’idée, l’illusion ? de l’égalité de droit sera célébrée en grand cette année. Et EN TRÈS IMMENSÉMENT GRAND PUISQUE C’EST LE PLUS GRAND DE TOUS LES TEMPS qui animera la Fête des Fêtes.

La crise

La devise de The Atlantic est Of no party or clique.
Une franche mise-à-jour de cet engagement exigerait qu’y soit ajouté : « Surtout pas de la troupe du 47e POTUS. »
Parce que The Atlantic ne réussit pas à ne pas s’objecter au trumpisme.
En actualisant, par exemple, une citation du Federalist Paper # 71 de Hamilton : « Le peuple est, comme d’habitude, attaqué par des parasites et flagorneurs, piégé par des ambitieux, des avaricieux et des dangereux. »
Ouch!
Et puis
Ouch! Bis.
Un autre texte démontre la profondeur et la régularité des vagues historiques.
Les révolutions américaine et française d’il y a 250 ans, la fournée totalitaire du début du 20e siècle qui a amené des bouleversements en Russie, en Allemagne, en Chine. Puis celle des années 1960, l’élan de libération, de décolonisation, des droits individuels, du mouvement féministe. Suivie de la révolution néolibérale des années 1980 et 1990 animée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher à l’Ouest; par Deng Xiaoping et Mikhaïl Gorbachev à l’Est.
Et que nous voici depuis 10-15 ans sur la crête de la vague du populisme : Trump, Orban, Modi, Javier, Putin, Brexit.
Il s’agit, selon The Atlantic, de vagues de fond.
Un texte de son édition spéciale soutient que celle-ci est aussi fondamentale que les précédentes.
Un coup dans les dents de l’optimisme. Et des optimistes.

Dur, dur

L’auteur du dernier article de ce bilan de « La révolution inachevée » est profondément triste : « Je ne veux pas arrêter de croire à la décence profonde de mon pays. Je ne veux pas résumer mon pays à un Président, à un parti, ou à deux partis (…) Je veux continuer à croire que mon pays et la démocratie sont inextricables. »
Mais, un très gros mais, « les républicains se déclarent hautement patriotiques alors que leur parti mine les institutions démocratiques et que leur chef flirte avec le royalisme ».
Guère mieux, « les démocrates ne se disent fiers de leur pays que lorsque c’est un des leurs qui gouverne, c’est à croire que leur patriotisme est attaché à leur partisanerie ».
Comme si, pour citer le titre d’un autre article de l’édition de novembre 2025 de The Atlantic : « Le fanal de la démocratie est en train de s’éteindre. »
Et, il en va ainsi, ce n’est pas seulement parce que c’est Donald Trump qui le tient.
(1) En Retrait, 04-24. Trump bis ?

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