Partagez cet article
Cinq ans ! Le bambin médiatique est né le 13 octobre 2021 en regardant le monde autour de lui avec cette question : pourquoi ? Tous les mois, il essaie d’y répondre. Il n’y arrive pas toujours. Qu’importe, ce sont ses premiers pas vers une meilleure compréhension de son écosystème. Voici quelques témoignages de ceux et celles qui forment l’équipe d’En Retrait.
Antoine Char
Prendre du recul pour voir plus large. Continuer à relier des éléments et des pans de réalité qui semblent au départ disparates. Faire des liens. Tout ça comme dans le temps, avant la retraite, et sans la pression de l’heure de tombée au Devoir. Comment résister à une telle invitation lancée il y a déjà cinq ans par ce si unique Antoine Char ! Et, pourquoi pas, en profiter en passant pour illustrer toute la richesse et la pertinence d’un genre littéraire souvent mal connu et même snobé par un peu tout le monde. Surtout quand d’autres vieux routards de l’information participent à l’aventure et soumettent chaque mois leur texte dans une sorte de danse collective — tir collectif ? — qui continue à refléter la complexité des enjeux qui déchirent le monde. Sans «patron» ni commanditaire. Sans «ligne éditoriale » sauf celles de l’ouverture et de la rigueur. Et même sans salaire ! Faut le faire, non !
Michel Bélair
Passer sa vie à observer celle des autres, dans l’espoir un peu vain que les multiples facettes qu’elle présente nous permettront de percer une partie de ses mystères, de dénouer certaines de ses complexités, d’exorciser certaines de ses horreurs. Partager ses découvertes, ses indignations et ses émerveillements sur le papier ou dans les médias, c’est ce que l’on appelle faire du journalisme.
Quand l’âge ou les circonstances, font cesser le privilège d’en faire son métier, le désir de dire persiste, bien que la possibilité en disparaisse.
En Retrait nous permet d’assouvir ce besoin, hors de bien des contraintes habituelles de la profession. En toute liberté. Cette équipe de professionnels que je lis, écoute et respecte depuis longtemps, m’a fait l’honneur de m’accepter parmi eux, pour exercer sur papier cet art que j’avais pratiqué jusque-là à la télévision. Il paraît que ça fait déjà cinq ans que j’essaie d’y partager l’étrange plaisir d’essayer de comprendre ce monde qui, il faut le dire, semble bien souvent de plus en plus déconcertant.
Jean-Claude Bürger
J’ai commencé à collaborer à En Retrait en mars 2022, pour le plaisir d’essayer la forme écrite de communication après plus de trente-cinq ans à la radio publique.
Dans mon temps, en tout cas, cela exigeait de garder pour soi ses opinions personnelles. Ce qui fait que, à l’œil, la moitié de l’auditoire était convaincue que j’étais un fédéraliste vendu; l’autre que j’étais un séparatiste fini.
Donc, à part l’écrit plutôt que l’oral, l’autre nouveauté provient d’une, oui, succulente liberté.
Faut croire que j’ai aimé l’expérience : je me suis surpris à compter soixante-douze textes dans les cinquante premiers mois de ma contribution.
Et j’ai souri en constatant qu’une majorité ne passerait pas le test du juste équilibre radio-canadien.
Jean Dussault
En Retrait, c’est une découverte pour moi. Je suis un jeune retraité de Radio-Canada. Quand on m’a proposé d’écrire sur ce site j’ai vu, dans cette invitation, une certaine reconnaissance d’un panel de journalistes émérites.
En Retrait c’est tout le contraire d’un isolement ou d’une mise à l’écart comme certains pourraient traduire le titre.
En Retrait c’est une liberté éditoriale, un privilège qui s’estompe avec le temps. C’est aussi donner le temps à l’analyse. Prendre le temps de bien faire et de bien dire les choses, dans un monde qui a tendance à les réduire en voulant aller plus vite que le temps.
En Retrait c’est pour moi un deuxième souffle après avoir couru trois décennies dans le monde du sport.
Robert Frosi
Retraite ou pas, l’actualité continue. Je la suis, avec autant d’intensité qu’au cours des 35 dernières années. La politique, l’économie, les conflits internationaux, les drames sociaux, tout cela m’intéresse au plus haut point. Explorer, comprendre, approfondir, écrire, débattre avec soi-même et avec une formidable équipe, voilà pourquoi je suis à En Retrait.
Dorothée Giroux
Ce projet de mensuel était une opportunité incroyable à laquelle je n’aurais jamais osé rêver, un tribune pour partager mes quelque 50 ans de journalisme sous un tout nouvel emballage inexploré, la chronique.
Dans un monde de plus en plus complexe, j’espère donc apporter un peu de science et de réflexion qui permettent de mieux comprendre les bouleversements auxquels nous sommes confrontés, et ils sont nombreux.
Qui plus est, partager cette expérience avec des collègues de renom et de riche expérience qui ont marqué l’histoire du métier au Québec est un immense privilège.
Dominique Lapointe
Je suis entré de plain-pied et avec entrain dans l’aventure improbable d’En Retrait en février 2022 avec un texte sur la montée en puissance de la Chine, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver. L’équipe dirigée avec doigté par Antoine Char cherchait quelqu’un pour aborder des enjeux économiques, ce que j’avais fait pendant 30 ans à La Presse.
Le mensuel m’offrait un véhicule pour aborder des questions de fond, mais d’actualité, trop souvent négligées par les urgences quotidiennes des publications orales et écrites.
J’y ai aussi rencontré des collègues chevronnés, souvent même érudits, qui partagent ce désir de mettre leur savoir et leur curiosité à contribution pour proposer un éclairage différent, voire négligé, sur les enjeux de notre monde.
Pour ma part, je m’efforce d’expliquer des aspects parfois complexes de notre réalité économique, en ayant le souci de ne pas écraser notre lectorat sous une avalanche de chiffres ou de concepts trop abstraits.
C’est un peu la poursuite de ce que je m’efforçais de faire durant ma vie professionnelle. Désormais, j’y jumelle rigueur et plaisir d’écrire sans les contraintes de l’heure de tombée.
Rudy Le Cours
Quand j’ai répondu à l’appel lancé par Antoine Char il y a cinq ans, c’est le désir de continuer à faire un métier que je place bien haut sur l’échelle de qualité de la vie démocratique qui a été ma motivation première. Je me suis donc lancée dans l’aventure avec le sentiment que je pouvais faire œuvre utile, tout en ayant en tête une responsabilité particulière, celle d’apporter ma contribution en tant que femme journaliste à la compréhension d’un monde en plein bouleversement.
Ici et ailleurs, nos certitudes sont ébranlées, nous sommes à la recherche de nouveaux points d’ancrage. L’information crédible basée sur les faits reste le meilleur antidote au chaos et à la morosité ambiante qui se nourrissent de préjugés, de rumeurs et de désinformation.
En Retrait est un lieu d’analyse et de réflexion sur le sens à donner aux évènements ou aux faits de société qui trouvent trop peu écho dans l’espace public. C’est aussi à sa façon un lieu de résistance, un espace de liberté qu’il faudrait inventer si ce n’était pas déjà fait.
Louiselle Lévesque
Cinq. Le beau chiffre rond, tout rond. Comme la Terre, comme la fécondité, comme le ballon rond qui unit dans les stades les cheveux blonds les cheveux gris.
Cinq ans, le quinquennat : le temps pour un président de la France de faire ses preuves.
Cinq ans, comme un plan quinquennal, remplacé aujourd’hui par Kalshi et Polymarket.
Pour les jeunots d’En Retrait, plutôt une période bénie qui a filé trop vite.
Claude Lévesque
Ce que j’apprécie dans le fait d’écrire pour En Retrait, c’est le luxe de prendre le temps d’approfondir un sujet, de bien fouiller et révéler les détails d’une histoire, aller au-delà de la nouvelle et rédiger un article le plus complet possible. C’est peut-être une goutte d’eau dans le paysage médiatique, mais elle compte !
C’est aussi une équipe sympathique de collaborateurs allumés avec qui c’est agréable et enrichissant d’échanger.
Guy Parent
Il y eut la retraite. Mais pas tout à fait. Il y eut plutôt un éloignement de l’effervescence du journal quotidien, papier, cette «drogue» électrisante de l’édition du lendemain dictée par l’heure de tombée qui vient avec, et malgré le tsunami des réseaux sociaux.
Puis il y eut En Retrait, cet inattendu projet qui appelait la réunion d’une bande de férus de l’information sous ses nombreuses figures. Des «retraités» de leur alma mater professionnel qui n’en ont pas moins le journalisme dans les veines.
En délaissant – mais pas tout à fait – mes éminents collègues du Devoir côtoyés pendant plus de 30 ans, j’ai trouvé là une essaim de journalistes portant dans leur besace plusieurs décennies d’expérience. Et d’expériences.
Un espace libre pour réaliser des textes sous un regard différent, analytique, avec un salutaire recul propice à mettre en mots des thèmes qui animent, scrutent ou bouleversent le monde, proche ou lointain, voilà ce qu’offre le magazine En Retrait.
Cinq ans, c’est peu pour un média, et c’est beaucoup à la fois eu égard aux milliers de lignes publiées depuis l’idée embryonnaire jusqu’à ce rendu éditorial mensuel, résultat notamment de réunions de production aux échanges aussi riches que créatifs émanant d’une joyeuse troupe dont l’humour le dispute à la rigueur.
Ainsi, pas de retraite pour En Retrait.
Diane Précourt
Je crois que Sartre appelait ça « témoigner devant le Tribunal des Crabes ». C’est un peu ce que je fais à En Retrait. C’est-à-dire que je m’exprime sans avoir trop d’illusions quant à l’impact de mes écrits. Pour moi, En Retrait, c’est une très grande liberté dans le traitement de l’information, une liberté qui n’était pas la mienne avant mon départ à la retraite. J’essaie de parler de sujets souvent ignorés par les grands médias québécois, mais pour qui écris-je ? À part un petit cercle d’amis, probablement pour très peu de gens. Je suis, dans le fond, dans une situation semblable à celle de l’écrivain inconnu, le génie comme le scribouilleur égaré, j’écris pour répondre à une impulsion personnelle qui n’a aucun rapport avec la rationalité. J’ai fait carrière à la radio, mais j’ai toujours estimé que l’écrit était le médium le plus complet, le plus satisfaisant. Il survit désormais sans support papier, dans les nuages cybernétiques, de façon beaucoup moins élitiste. Jeune octogénaire, je suis heureux de pouvoir encore contribuer, alors que la plupart de mes contemporains sont soit morts, soit inscrits aux abonnés absents, mais que moi, vieux soixante-huitard, j’espère toujours qu’on peut changer le monde.
Daniel Raunet
Dessiner pour En Retrait, c’est cinq douzaines de dessins en cinq ans livrés un à la fois au plus tard le 12 du mois. Qu’est-ce qu’un dessin de presse ? C’est un argument, qui livre en un seul regard un point de vue plus ou moins incisif. De la provocation la plus choquante à l’évocation la plus éthérée, chaque dessin, tribune muette, est, comme le dit le dessinateur Patrick Chappatte, le canari dans la mine. En Retrait m’offre le privilège de faire parfois chanter le canari.
J’avais passé quatre décennies à analyser et étudier des images faites par d’autres, voilà qu’Antoine m’offrait d’en produire à mon tour. Me sont revenus à l’esprit une gravure sur bois de Félix Vallotton à propos de l’affaire Dreyfus à la une du Cri de Paris, l’immense carrière de Plantu, fondateur de Cartooning for Peace avec Kofi Annan, la virtuosité des dessinateurs d’audience comme Noëlle Herrenschmidt ou François Boucq lors du procès de Charlie Hebdo. J’étais ébahie autant qu’intimidée. J’allais de surcroît me retrouver à voisiner Christian Tiffet et Garnotte. Le syndrome de l’imposteur n’était pas loin. Mais l’occasion était trop belle. J’ai embarqué dans l’aventure, aventure qui perdure aujourd’hui et continue d’offrir, sous la plume de vétérans vigoureux, des regards et des opinions acérés sur les soubresauts du siècle.
Catherine Saouter
Il y a cinq ans et trois lunes indiennes, Antoine Char dit Tony Car m’a rejoint dans ma caverne socratique de retraité où j’avais élu domicile. En ce lieu, je ne ruminais pas, j’étudiais le temps long de l’histoire. Mon objectif était aussi limpide qu’une eau minérale ISO 9 milliards : après quatre siècles de services constants sur le front de l’information il y avait urgence. De quoi ? Expurger mes neurones de tout ce qui ressemblait de près comme de loin au devoir de vitesse, à cette peste que l’on nomme l’information en temps réel et à laquelle tout journaliste est trop souvent condamné. Après m’avoir exposé son projet, j’ai compris que l’Antoine dit Tony Car m’offrait l’usage de la râpe à fromage sur les neurones récalcitrants, soit cette bande de paresseux qui se contentent des idées toutes faites réchauffées dans le micro-onde du prêt-à-penser. Suivez mon regard …
Non seulement j’utilise la râpe en question afin d’élaguer côté cour pour mieux ajouter côté jardin, afin d’être au plus près de la réalité inhérente aux sujets que je dois traiter, mais j’écoute, je lis, je retiens. Quoi donc ? La somme des connaissances, j’insiste, des volumineuses connaissances de mes chers collègues. De ces encyclopédistes – oui, oui encyclopédistes, je les connais pas vous ! -, qui conjuguent leurs savoirs avec le contre-pied que favorise l’intelligence des choses.
Pour paraphraser maître Queneau, dit Raymond Queneau, « Ça nous arrive souvent de penser à rien. C’est déjà mieux que de ne pas penser du tout ». Ave.
Serge Truffaut
Je n’avais jamais fait de la critique de cinéma avant En Retrait … La revue m’oblige à écrire à chaque mois : à me coltailler avec les mots que j’aime profondément et que je crains en même temps !
Paul Tana
Il y a cinq ans, je n’ai pas pu résister à la proposition de rejoindre l’équipe d’En Retrait et son initiateur, Antoine Char. Et quelle équipe ! Des professionnels de l’information toujours habités par la passion d’informer, qui ne cessent de m’impressionner par la rigueur de leur travail.
En me joignant à En Retrait, je savais aussi que j’allais retrouver avec bonheur d’anciens collègues du journal Le Devoir, où j’ai œuvré pendant une vingtaine d’années en tant que directeur artistique.
Au fond, tant qu’il y aura de l’audace, de la liberté et de la rigueur — avec une pointe de folie —, l’aventure se poursuivra, pour le plus grand bonheur, je l’espère, de nos lecteurs.
Christian Tiffet


