À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

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Christian Tiffet

Serge Truffaut

En son temps, de Gaulle avait constaté et répété que le Moyen-Orient était compliqué. Voici qu’entre l’avalanche, au demeurant tardive, de la reconnaissance d’un État palestinien par plusieurs pays et un plan de paix indéterminé négocié en Égypte, une réalité s’est confirmée : l’édification d’un labyrinthe domine désormais l’ordre du jour moyen-oriental. Détaillons.

La reconnaissance

Le 22 septembre dernier, dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Emmanuel Macron a reconnu l’État palestinien conformément à l’entente qu’il avait établie avec son homologue saoudien le prince Mohammed ben Salmane quelques semaines auparavant.

Dans les 48 heures précédant le geste du chef d’État français, deux autres membres du G7 avaient eux également reconnu l’existence d’un État de Palestine. Il s’agit du premier ministre Mark Carney et de son homologue britannique Keir Starmer.

Avant que ces poids-lourds — la France et le Royaume-Uni sont membres du Conseil de sécurité —, n’agissent de la sorte, bien des 155 membres sur 193 de l’ONU qui avaient précédé ces trois nations avaient dit oui à la requête formulée en ce sens par Yasser Arafat au lendemain du deuxième accord d’Oslo signé le 4 mai 1994, soit 31 ans de cela. 31 ans !

Lors d’un entretien avec le journal Le Monde, la juriste Monique Chemillier-Gendreau, professeur à l’Université de Paris et surtout conseillère devant les juridictions internationales dont la Cour internationale, a estimé que cette vague de reconnaissances arrive trop tard et trop peu. « Car ces nouveaux pays (…) ont laissé Israël détruire, méthodiquement, depuis des décennies, les bases de cet État (…) Pour accomplir les promesses contenues dans tous les engagements du droit international (…) il faut bien d’autres actes. Israël ne pliera que sous la contrainte. »

En fait, ce que Macron, Carney et Starmer ont reconnu ce n’est pas tant un État que le sentiment national palestinien. Faut-il rappeler que selon la définition classique d’un État, de Maurice Duverger à la juriste Chemillier-Gendreau, celui-ci est un territoire viable, une population regroupée librement, des institutions disposant des fonctions régaliennes et une capitale.

La riposte de Nétanyahou à cette série de reconnaissances fut brutale, comme d’habitude. Entre les déclarations de Carney et Starmer et celle de Macron, il a tenu à rappeler que les implantations juives en Cisjordanie avaient doublé au cours des derniers mois et que « nous continuerons sur cette voie ». Quant à ses ministres Ben Gvir et Smotrich, ils ont martelé que ces reconnaissances commandaient « l’annexion immédiate de la Cisjordanie ».

Lorsqu’on pose la loupe du principe de réalité sur cette région que constate-t-on ? Que la population de Gaza est déportée avec constance depuis des mois et des mois selon les humeurs politiciennes de Benjamin Nétanyahou, que la population de Cisjordanie est en déplacement forcé par des colons qui sont très majoritairement des fous de Dieu, qu’aucune fonction régalienne n’est exercée pleinement et que la capitale de l’État de Palestine reste une légende.

Enfin, on retiendra que cette reconnaissance aurait dû être accompagnée par un panier de sanctions pour la simple et terrible raison que la commission d’enquête de l’ONU a constaté, relevé et mis en relief que les autorités israéliennes étaient coupables de génocide. Tous les éléments juridiques commandant un tel constat sont en effet réunis.

Le plan de Trump

Avant tout, on doit noter qu’en bombardant les négociateurs du Hamas présents à Doha, le 9 septembre, au Qatar, Nétanyahou a commis une gaffe monumentale. Il a agressé un pays ami des États-Unis qui a implanté dans ces environs sa plus grande base militaire du Moyen-Orient.

Un pays si ami que la famille régnante, les Al Thani négocient des contrats d’affaires avec Jade Kushner, le gendre de Trump, et le fils de Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump en Russie comme au Proche-Orient. Fait à noter également, le premier ministre israélien a prévenu Trump à la dernière minute. En bombardant le Hamas, Nétanyahou souhaitait enterrer toute négociation de cessez-le-feu.

En agissant ainsi, l’Israélien a provoqué la colère de Trump qui s’est donc empressé de convoquer en Égypte, et en accord avec huit nations arabes, une rencontre. Au ras des pâquerettes disons que le président américain a repris le plan du quartet élaboré sous la présidence de Bush il y a plus de vingt ans de cela en le modifiant quelque peu ici et là.

Dans la ville égyptienne de Charm el-Cheikh se sont donc retrouvés des représentants du Hamas, d’Égypte, de Turquie, du Qatar et les envoyés spéciaux de Trump, soit son gendre Kushner et Witkoff. Première absence à soulever : Marco Rubio. Que ce soit avec la Russie ou les affaires du Proche-Orient, Trump condamne toujours son secrétaire d’État au rôle de figurant.

Sur le flanc des absences, une autre a été remarquée et retenue mille fois plutôt qu’une : aucun représentant de l’Autorité palestinienne n’était présent. En clair, des fondés de pouvoir du Hamas, soit une organisation qui veut instaurer une théocratie religieuse du Jourdain à la mer, ont été invités mais aucun laïc de l’Organisation de libération de Palestine (OLP) qui reconnaît pourtant le droit à l’existence d’Israël. L’OLP regroupe le Fatah dirigé par Mahmoud Abbas, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP).

L’explication de cette énorme absence est simple : Nétanyahou veut gommer du paysage politique toute notion d’un État palestinien, toute proposition de deux États. Fondamentalement, il ne veut pas la paix. Il est un homme de guerre qui veut réaliser le rêve du père, l’historien Bension Nétanyahou théoricien du Grand Israël qui va de la mer au Jourdain avec des portions du Liban, de la Syrie et même de la Jordanie.

Le plan discuté ces dernières semaines s’est conclu pour l’essentiel à un échange des otages — une vingtaine seraient vivants —, contre environ 2000 prisonniers palestiniens. De ces derniers une autre absence a été relevée : Marwan Marghouti qui est derrière les barreaux depuis 20 ans. Les Palestiniens l’ont surnommé « Notre Mandela ». Il milite pour un accord de paix.

Dans un texte paru dans le numéro d’octobre de Foreign Affairs, Ami Ayalon, ex-patron du Shin Bet, service de renseignements israéliens, et ex-ministre dans le gouvernement d’Ehud Olmert, assure que « le refus de libérer Marghouti revient à refuser un accord de paix avec celui qui remporterait les élections et qui battrait donc ‘le Nouveau Hamas’. Nous négocions avec nos ennemis et nous détruisons nos amis ».

Non seulement ça, « en annonçant qu’il y aura un seul représentant Palestinien sur le Comité de la paix nous avons humilié tous les Palestiniens », a jugé Ayalon. Ce comité sera en charge de la reconstruction de Gaza.

Outre les familiers de Trump, soit les affairistes qui rêvent d’une Riviera dans les environs, on a assisté au retour d’un revenant et de son entreprise privée : Tony Blair. Lors d’une rencontre à la Maison-Blanche le 27 août dernier, il a été décidé que ce vétéran du quartet occuperait un poste important dans la gestion de la reconstruction. Le quartet fut créé en 2002 par les Nations Unies, l’Union européenne, la Russie et les États-Unis afin d’établir la paix.

Cela étant, le duo des forcenés de la colonisation que sont Ben Givr et Smotrich ont d’ores et déjà martelé qu’ils voteront contre le plan annoncé par Trump. Forts des 14 députés dont ils disposent à la Knesset, ils sont en fait des faiseurs de rois.

Dans leur cas, il faut dire, répéter et dénoncer qu’ils sont les héritiers politiques et fanatiques du rabbin américain Meir Kahane qui après avoir adopté la hiérarchisation des races chère aux nazis —  oui aux nazis ! —,était allé en Israël poursuivre un objectif mortifère : « Purifier la terre d’Israël des non-juifs. »

Et pour Kahane comme pour tous les suprémacistes israéliens, la terre de leur pays, la géographie de leur nation, est toute contenue dans la Bible. Pour Ben Givr, Smotrich et consorts, la Bible, pour reprendre leurs mots,  « est l’acte de propriété. La preuve que nous sommes propriétaires et qu’il faut donc installer des milliers et des milliers de personnes ». Aujourd’hui la Cisjordanie, demain …

La réalité est simple : il faut être membre du parti des crédules pour croire en la paix dans cette région tant et aussi longtemps, on ne le répétera jamais assez, qu’on utilisera l’Histoire, ici biblique, comme procureur général du temps présent.

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