À propos de l'auteur : Paul Tana

Catégories : Cinéma

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Paul Tana    

C’est une comédie qui se fait piéger par son propre sujet comme son protagoniste par son mensonge.

François (Louis Morisette) est un scénariste blanc, quinquagénaire au plus bas de sa forme créatrice et de son statut social, qui se fait passer pour un écrivain transgenre pour faire en sorte que son projet de série télé ait le plus de chances possibles d’être accepté par son producteur institutionnel, particulièrement sensible à la rectitude politique ambiante …

La manigance fonctionne !  François va devoir donc se transformer en femme ! Rigolotes les diverses scènes de transformation, mais une fois François devenu Françoise surgit un enjeu important que les auteurs mettent rapidement de côté : le mensonge !

François a menti à sa fille, à la mère de sa fille de qui il est séparé depuis un bout de temps, à son agente, à Sarah, une trans qui le guide dans cet univers qu’il doit raconter dans ses scénarios …

Pourquoi il a fait ça ? Pour gagner sa vie ! Mais à quoi ressemble ce monde où l’on doit mentir pour la gagner, qui nous oblige à être autre chose que nous-mêmes que l’on soit un mâle blanc ou un transgenre, où on ne peut pas être soi-même ?

Question intéressante, il me semble, mais le film au lieu de l’affronter de manière directe, glisse vers un territoire rassurant, essentiellement descriptif et didactique : les aléas d’être un homme trans lorsqu’on marche la nuit dans la rue, à l’urgence d’un hôpital lorsqu’on vous appelle obstinément par un prénom qui n’est plus le vôtre …

L’irrévérence du plan d’ouverture : des copains qui blaguent sous les douches après leur match de hockey dont on ne cadre en plan séquence que leurs pénis, aurait pu inspirer davantage les auteurs du film. Mais cette charge ironique cède très rapidement sa place à la joliesse sentimentale, aux  bonnes intentions et ce plan n’est au fond qu’un intrus dans le film.

Comme ces amis trans qui, assis autour d’une table de restaurant, se racontent leurs petites et grandes misères, le film, lui, est bien confortablement installé autour de  l’air du temps.

Deux acteurs réussissent à se tailler une jolie place dans ce film trop bien intentionné : Louis Morissette et Robin Aubert.

Ce dernier est à la fois le garagiste humble, rustre et paternel qui conseille François et le gentleman raffiné qui le guide dans le choix de ses robes. Malgré cette antinomie qui rend le personnage tout à fait improbable, Aubert réussit à rendre ces deux facettes avec humour et une belle justesse.

Au-delà de la transformation réussie de Louis Morissette, il y a son visage d’homme au regard si bienveillant et vulnérable qui m’est resté en tête : il a une présence extraordinaire à l’écran ! C’est celui d’un acteur en attente de personnages sûrement plus substantiels à interpréter/incarner.

Il y a beaucoup de films québécois, comédies ou drames, produits depuis quelques années, qui malheureusement ressemblent à François.e:  la gentillesse conformiste n’a pas de sexe, ni de couleur : elle semble faire partie du climat culturel ambiant, toutes catégories confondues.

 

 

François.e

Réalisation : Jean-François Asselin

Scénario : Gabrielle Boulianne-Tremblay, Jean-François Léger

Avec Louis Morissette, Pascale Drevillon, Geneviève Schmidt, Robin Aubert, Rachel Graton, Cassandra Latreille

Production : Louis-Philippe Drolet, Louis Morissette/KO24

Direction de la photographie : Sarah Mishara

Montage : Simon Sauvé

Musique : Mathieu Vanasse

Pays de production : Québec/Canada 2026

Langue : Français

Durée : 91 minutes

Étoiles : **1/2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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