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Donald Trump : portrait officiel.
Serge Truffaut
Le 22 août à l’aube, les agents du FBI ont perquisitionné la maison de l’ex-conseiller à la sécurité de Trump John Bolton dans le Maryland. Le motif évoqué par le ministère de la Justice auprès de la Cour fédérale pour obtenir l’autorisation de cette opération ? Bolton aurait emporté avec lui des documents classifiés secrets alors qu’il était membre du cabinet d’avril 2018 à septembre 2019.
Bolton, faut-il le rappeler, est un faucon. Un nationaliste proche de l’ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et de l’ex-vice-président Dick Cheney lorsque ces derniers se faisaient les champions de la présidence impériale. Lors des mandats républicains de Reagan et des deux Bush, il a toujours était nommé à des postes importants, notamment comme ambassadeur à l’ONU de 2005 à 2006.
Depuis la publication de son livre The Room Where it Happened en 2020, Bolton s’est taillé la réputation d’un critique de la politique trumpienne d’autant plus redoutable que ses propos sont aiguisés. Mettons qu’en vétéran de quatre administrations républicaines, les arcanes de l’appareil d’État n’ont plus de secrets pour lui. Bref, il est régulièrement invité sur les chaînes de télévision. Et d’une.
Et de deux, le 25 août par voie de communiqué Trump annonçait le renvoi immédiat de Lisa Cook de son poste de gouverneure de la Réserve fédérale. Il justifiait son geste en martelant que celle-ci avait effectué des manipulations financières dans le but d’obtenir un taux hypothécaire avantageux.
Premier constat : en agissant comme il l’a fait, le président des États-Unis a mis la présomption d’innocence entre parenthèses. Deuxième constat sans lien direct avec notre histoire : les manipulations financières, celles réalisées par les fils du président depuis janvier, ont ajouté, selon le magazine Forbes, un milliard de dollars à la fortune familiale.
En exigeant le renvoi de Lisa Cook, Trump vise en fait Jerome Powell, un républicain qu’il avait parachuté à la direction de la Réserve fédérale le 5 février 2018. Depuis son intronisation à la Maison-Blanche, Trump n’a pas cessé de reprendre les critiques formulées antérieurement à l’encontre de Powell en les enrobant désormais d’injures.
Il agit de la sorte, car il veut autre chose qu’une simple baisse des taux. Il veut quelque chose de fondamental, soit avoir la main haute sur la direction de la Fed, sur ses politiques. En clair, il veut lui retirer son indépendance. Et de deux.
Et de trois, le 23 août, à la demande de Trump, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ordonnait le renvoi du lieutenant-général Jeffrey Kruse, grand patron de la US Défense Intelligence Agency. Son tort ? Son rapport sur les bombardements des sites nucléaires iraniens concluaient que les dommages infligés étaient limités. On était bien loin du triomphalisme affiché à la télévision par Trump le soir des attaques en présence d’Hegseth et du vice-président JD Vance.
Auparavant, Trump s’était débarrassé d’Erika McEntarfer, directrice du Bureau of Labor Statistics. Elle avait heurté monsieur en assurant que les vérifications usuelles qui avaient été effectuées par les économistes de cette administration s’étaient traduites par une révision à la baisse des créations d’emplois en mai et en juin.
Pour faire court, vraiment court, à ces renvois il faut ajouter ceux de Gwynne A. Wilcox du National Labor Relations Board et Cathy A. Harris du Merit Systems Protection Board. Mis à part le cas Bolton, car il relève de la vengeance pure et simple, Trump a multiplié les faits du prince afin d’asseoir son autorité sur des agences fédérales en dépit des règles du Congrès.
Article II
Ce recours permanent à l’arbitraire a été grandement favorisé par la bienveillance de la Cour suprême et la flagornerie généralisée à son endroit, mais surtout par l’article II de la Constitution. Selon David French, avocat versé en mystères constitutionnels et chroniqueur invité au New York Times, la rédaction de l’article II fut si bâclée qu’elle a fait le lit de l’ambiguïté depuis 1787, année au cours de laquelle la loi fondamentale fut élaborée.
Selon son analyse, cet article est si vague pour ce qui a trait au périmètre dévolu au pouvoir exécutif, qu’il permet à tout président abonné à l’exercice autoritaire de son mandat de faire ce qu’il veut. On aura compris que l’article en question est de fait très succinct : « Le pouvoir exécutif sera conféré à un président des États-Unis d’Amérique. Il restera en fonction pour une période de quatre ans. » Point.
Tel que composé cet article ne fixe aucune limite au pouvoir exécutif, celui-ci n’étant pas défini à la différence de la branche législative et de la branche judiciaire. Or, si on s’en tient à l’esprit et à la lettre de la Constitution, alors, d’insister French, le Congrès, le législatif, détient plus de pouvoirs que l’exécutif. Selon lui, il est d’ailleurs faux d’évoquer un équilibre entre les trois branches.
Il se trouve en effet qu’il revient aux élus du Sénat et de la Chambre des représentants de déclarer la guerre, de débattre et d’adopter le budget, de voter des lois, de destituer un président, de démettre des membres de l’exécutif, du judiciaire et de la Cour suprême. Sauf que …
Sauf que l’article II demeurant inexplicite, il permet à tout président mal intentionné d’imposer sa loi. C’est d’ailleurs cette faille constitutionnelle qui avait fait dire à l’historien Arthur Schlesinger que sous Richard Nixon nous assistons à l’émergence d’une « présidence impériale ».
De la déviation impériale qui habitait alors Nixon, Donald Rumsfeld et Dick Cheney devaient en faire leur totem. Lorsque le premier fut nommé directeur de cabinet du président Gerald Ford et le second son adjoint, ils profitèrent à plein, si l’on peut dire, de la haine que les républicains nourrissaient alors pour ce Congrès qui avait forcé la démission de Nixon pour mieux semer les graines de la présidence impériale.
Et lorsque George W. Bush devint président en 2000, le duo Rumsfeld-Cheney s’appuya sur les dividendes obtenues à la faveur de leur long travail de persuasion pour une présidence impériale, afin d’imprimer sur le cours des deux mandats Bush l’empreinte de l’autoritarisme. Bref, c’est au cours de ces années que le Congrès fut affaibli au profit du judiciaire, d’une Cour suprême rassemblant des responsables choisis par le président et non élus, et surtout de l’exécutif.
C’est d’ailleurs dans la culture politique du duo en question que Pam Bondi, ministre de la Justice de Trump, a puisé pour rédiger un mémo, plus tôt cette année, qui est en fait son interprétation des pouvoirs dévolus au président dans l’article II.
En substance, Bondi avance que le président ayant le pouvoir de nomination de tous les dirigeants des agences gouvernementales il lui revient le droit d’imposer ses vues, de modifier leurs actions et de les renvoyer comme bon lui semble. En clair, Pam Bondi dit aux élus : « Circulez, il n’y a rien à voir. »
Et ce, pour le plus grand plaisir d’un Trump si revanchard qu’il ne digère toujours pas que des membres du Congrès aient souhaité le destituer. Comme disait l’autre, « la vanité est l’écume de l’orgueil ».


