À propos de l'auteur : Louiselle Lévesque

Catégories : Québec

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Élections Québec

Louiselle Lévesque

Les Québécois iront aux urnes le 5 octobre. La campagne électorale est sur le point d’être déclenchée et, selon les projections des maisons de sondage, c’est le Parti québécois (PQ) qui devrait former le prochain gouvernement. Cinquante ans après la première victoire de son chef fondateur, René Lévesque, le 15 novembre 1976, le PQ convoquera-t-il les Québécois à un autre rendez-vous avec l’histoire ?

Une question toutefois demeure en suspens, et elle est de la plus grande importance, les Québécois éliront-ils un gouvernement majoritaire ou minoritaire? Évidemment, cela ferait toute la différence, en particulier pour le PQ qui pourrait se faire couper l’herbe sous le pied avec son projet de pays et de référendum.

Un paradoxe confirmé

Paradoxalement, ce possible retour au pouvoir du parti indépendantiste surviendrait alors que la très grande majorité des Québécois francophones n’est pas en faveur de la sécession. En fait, l’électorat semble aussi ambivalent que par le passé au sujet de la question nationale indique un sondage mené chaque année depuis huit ans par Environics dans le cadre du projet Confédération de demain.[1]

Selon son dernier coup de sonde[2] effectué du 19 février au 7 mars 2026, 25 % des Québécois francophones se disent souverainistes. C’est plus que l’an dernier (21 %) mais moins qu’il y a cinq ans (30 %). Pas de quoi rassurer pour autant le camp fédéraliste puisque parallèlement l’option « rester dans le Canada » connaît un creux avec seulement 17 % de sympathisants francophones. Ils étaient 24 % en 2021.

Constat encore plus troublant alors que l’heure des choix approche, plus de la moitié des Québécois francophones, soit 58 %, se retrouvent dans la catégorie des « entre les deux », ni souverainistes ni fédéralistes ou ne savent pas.

Ces résultats un peu déroutants donnent une idée des efforts que devront déployer les formations politiques et en particulier le PQ et le Parti libéral du Québec (PLQ), qui ont les positions les plus contrastées sur l’enjeu national, pour gagner à leur cause ce bassin d’électeurs hésitants. Bref, nous sommes à l’aube d’une campagne où tout peut arriver.

Le dilemme québécois

Doit-on voir dans cette valse-hésitation le signe d’une certaine sagesse? De la prudence ? Le désir de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ? De se garder toutes les portes ouvertes ? Un mélange de toutes ces hypothèses ? Décidément, l’électorat québécois n’est pas facile à suivre ni à décoder.

L’historien Jocelyn Létourneau a même consacré à cet inlassable questionnement un ouvrage publié en 2006 et intitulé Que veulent vraiment les Québécois ?[3] Un titre qui n’est pas sans rappeler le « What does Quebec want ?» formulé par le Canada anglais depuis la fin des années 1960.

Loin de décrier cette ambivalence, l’auteur porte un regard plutôt bienveillant sur ce qu’il appelle « le caractère tiraillé, voire écartelé et déchiré de l’expression nationale des Québécois » (2006 : p.16).

Selon Létourneau, tout au long de leur histoire, les Québécois d’héritage canadien-français ont oscillé entre la peur d’être marginalisés en se séparant et la peur d’être assimilés s’ils demeurent dans le grand tout (2006 : p.18). Autrement dit, ils veulent décider de leur destin (volonté de souveraineté) sans être abandonnés à eux-mêmes (volonté de partenariat). Un essai qui n’a rien perdu de sa pertinence 20 ans après sa parution.

Moins peur ?

Autre élément surprenant du sondage Environics, alors que la guerre tarifaire déclenchée par le président américain Donald Trump se poursuit de plus bel et que ses menaces d’annexion sont toujours d’actualité, le regain de ferveur patriotique canadien enregistré l’an dernier s’est estompé au Québec.

L’identité québécoise a repris de la vigueur. 63 % des francophones se disent Québécois d’abord ou uniquement Québécois contre 56 % en 2025, ce qui fait dire à Charles Breton de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), un des organismes associés au projet Confédération de demain, que l’effet Mark Carney-Donald Trump est chose du passé.

« En 2025, on l’a bien vu, il y a eu un effet clair sur l’identité canadienne, la fierté d’être canadien, en raison des menaces de Trump et du 51e État. En 2026, je dirais que tout ça est un peu revenu à la normale. »

Une clé d’interprétation

Charles Breton n’est pas vraiment étonné de l’absence d’adéquation entre les intentions de vote pour le PQ et l’appui à l’indépendance. À son avis, c’est la volonté de désavouer un gouvernement aux performances plus que décevantes qui guidera les électeurs au moment de voter.

« Certains d’entre eux le font en raison de la souveraineté mais la majeure partie des gens, même la majorité des Québécois qui sont dans une catégorie autre, ces gens-là ne votent pas pour le Parti québécois pour la question de souveraineté. Ils votent pour le Parti québécois parce qu’ils pensent que ça va être le meilleur gouvernement provincial pour les quatre prochaines années. »

Selon lui, c’est l’usure du pouvoir et le bilan peu reluisant de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui ont provoqué sa chute de popularité plutôt que l’échec de la troisième voie qu’elle incarne. Le succès de la CAQ en 2018 et en 2022 tient à son avis au fait « qu’ils ont été capables de présenter ce qui est probablement sur la question nationale la position de la majorité, c’est-à-dire la position autonomiste. »

Car bon an mal an, la catégorie entre les deux, ni l’un ni l’autre ou ne sait pas, rallie plus de 50 % des Québécois francophones, confirmant la presque légendaire incapacité de l’électorat à trancher, une caractéristique sur laquelle l’ancien péquiste, François Legault, a tablé lorsqu’il a fondé la CAQ en 2011.

Charles Breton estime que ces résultats ont quand même le mérite de nous éclairer sur l’état d’esprit des Québécois en dehors de l’effervescence d’une campagne référendaire, c’est-à-dire « comment ils se définissent alors qu’ils n’ont pas à faire un choix à brève échéance ».

Le vote des jeunes

L’engouement des jeunes pour la souveraineté qui avait été perçu l’an dernier ne s’est pas confirmé ajoute Charles Breton. « Ce n’est pas un groupe qui est plus souverainiste que les autres, ça c’est clair dans nos données. »

Par contre, les jeunes démontrent une plus grande ouverture lorsqu’on leur demande si la souveraineté du Québec est une idée dépassée. « C’est le groupe qui a le moins tendance à être d’accord avec ça. »

Pour eux, c’est quand même quelque chose d’envisageable alors que chez les 55 ans et plus il y a 55 % des gens qui répondent par l’affirmative, estimant que l’idée a fait son temps. C’est 12 % de plus que chez les 18-34 ans. Il est vrai, souligne-t-il, que les moins de 35 ans n’ont pas perdu deux référendums ni assisté aux conséquences de ces deux défaites.

Ni oui ni non, peut-être

À qui pourrait profiter l’ambivalence ? Peut-être à Christine Fréchette qui ne s’en est pas trop mal tirée depuis son entrée en fonction comme première ministre à la mi-avril. Compte tenu de sa position mi-figue mi-raisin, c’est la CAQ qui aurait en principe le plus grand potentiel de croissance à condition qu’elle parvienne à inspirer de nouveau confiance ce qui est loin d’être chose faite.

Peut-être aussi au Parti conservateur du Québec (PCQ)? Mais Charles Breton doute que la popularité du chef Éric Duhaime dans la région de la capitale puisse faire tache d’huile, estimant sa vision de l’économie et du rôle de l’État trop à droite.

Et au PLQ ?

On peut se demander pourquoi le PLQ ne semble pas en mesure d’attirer davantage d’électeurs francophones déçus par la CAQ alors qu’il représente en principe une certaine stabilité politique en ces temps incertains.

Mais selon Charles Breton, le PLQ et son chef Charles Milliard n’ont pas encore réussi à démontrer leur capacité de gouverner. « C’est là-dessus que va se jouer l’élection, la meilleure équipe pour diriger le Québec, à moins que la question référendaire revienne à l’avant-plan. »

Il y aurait alors une possibilité pour les libéraux de marquer des points précise-t-il. Le parti pourrait « devenir une valeur refuge surtout si la CAQ n’arrive pas à tirer son épingle du jeu. Il y a fort à parier que c’est le PLQ qui parlera le plus de référendum durant la campagne ! »

Christine Fréchette a déjà annoncé ses couleurs. Elle veut faire du référendum la question de l’urne, histoire de détourner l’attention du bilan de son gouvernement et de l’état désastreux des services publics, en particulier du système de santé. Mais cette stratégie d’exploiter à fond la carte de l’insécurité dans le but de nuire au PQ et de récupérer le terrain perdu pourrait avoir l’effet inattendu de pousser des électeurs dans les bras du PLQ.

[1] C’est le nom donné à une conférence constitutionnelle qui s’est tenue en novembre 1967 à Toronto, à l’initiative du premier ministre de l’Ontario, John Robarts, et à laquelle ont participé notamment le premier ministre du Québec, Daniel Johnson (père) et le ministre fédéral de la Justice dans le cabinet de Lester B. Pearson, Pierre Elliott Trudeau.

[2] https://environicsinstitute.org/wp-content/uploads/2026/06/ENV-COT26-Quebec-et-la-federation-canadienne.pdf

[3] Jocelyn Létourneau, Que veulent vraiment les Québécois ? Regard sur l’intention nationale au Québec (français) d’hier à aujourd’hui, Montréal, 2006, Les Éditions du Boréal.

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