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Capture d’écran
Serge Truffaut
Dans les heures qui ont suivi le débat qui opposa le 1er octobre dernier Tim Walz, le candidat démocrate au poste de vice-président, et JD Vance, son homologue républicain, la firme Focaldata réalisa un sondage à la demande du site d’information Politico, fondé soit dit en passant par des vétérans du Washington Post en 2007. L’objectif ? Calculer le taux d’adhésion des personnes ayant écouté cette discussion organisée par le réseau CBS.
Le résultat de cet exercice s’est avéré une photo de la division claire et nette qui distingue le contexte politique actuel des États-Unis. Selon les réponses obtenues, 50 % des citoyens estiment que Walz l’a emporté, autant pensent que la palme du vainqueur revient à Vance.
Signe de l’approbation prononcée que les électeurs cultivent pour l’un et pour l’autre des candidats, 72 % des démocrates assurent que Walz a gagné le débat. Pratiquement autant croit le contraire. 92 % des démocrates pensent que Walz ferait un meilleur vice-président et 91 % que ce serait Vance. Note importante : 41 % des électeurs inscrits n’ont pas regardé le débat.
Si les réponses aux questions posées par le duo Politico-Focaldata se conjuguent la plupart du temps avec égalité, un fait pesé, constaté, calculé a certainement inquiété l’état-major du Parti républicain : 58 % des indépendants, soit ces fameux électeurs qui font la différence à pratiquement tous les scrutins, ont jugé que Walz avait été meilleur que Vance qui sur ce flanc a obtenu 42 %, soit 16 % de moins que le démocrate.
Lorsqu’on pose la loupe sur la sociologie et la démographie du pays, on observe que Walz est beaucoup plus populaire que Vance auprès des jeunes de 25 à 34 ans, des individus détenant un diplôme, des Noirs, des Latinos, donc des catholiques. Vance est lui plus populaire chez les personnes de 55 ans et plus, les Blancs et les individus peu scolarisés.
Cela rappelé, le contingent des commentateurs, analystes, éditorialistes du New York Times, CNN et consort a retenu à l’unanimité, c’est à souligner, que ce débat s’était déroulé à l’enseigne de la civilité. Et qu’il a été de fait et par comparaison une mise en lumière de la violence qui singularise la vie politique américaine depuis l’élection de Trump en 2016.
De la violence aux États
Au cours de la dernière décennie, un regain de violence sur la scène politique a été enregistré dans les 50 États de la nation. Un sursaut, pour rester modéré, qui n’est pas sans rappeler les heurts brutaux des années 1960 pour cause de guerre au Vietnam et de combats pour les droits civiques. Il y a d’abord les cas spectaculaires. Soit …
Soit la tentative d’assassinat en 2017 par l’intermédiaire d’un fusil d’assaut entre les mains d’un extrémiste de gauche de Steve Calise, leader des républicains à la Chambre des représentants, et de quatre élus républicains. L’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 par des extrémistes de droite. Les deux récentes tentatives d’assassinat dont Donald Trump était le sujet. Sans oublier les menaces de mort à l’endroit des personnalités politiques, dont Nancy Pelosi.
Passons aux cas moins spectaculaires. Selon une étude réalisée par Robert A. Pape, professeur de sciences politiques et directeur du Project on Security and Threats de l’Université de Chicago, et qu’il a déclinée pour le numéro novembre-décembre 2024 de Foreign Affairs, les statistiques compilées par le FBI entre 2013 et 2021 révèlent que les incidents inscrits dans la catégorie terrorisme intérieur ont augmenté de 357 %.
Pas moins de 200 agents fédéraux sur les 1633 aux services des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ont été menacés par 250 individus qui ont été officiellement accusés. Pour faire court, soulignons que sur ce front la hausse des menaces a été de 400 % entre 2017 et 2023.
On laissera de côté la batterie de chiffres qui illustrent une flambée de la violence depuis 2016 pour mieux s’attarder au plus inquiétant: l’acceptation de l’usage de la violence par un nombre grandissant d’Américains. Plus de 15 % des citoyens — 12 % de démocrates, 15 % d’indépendants et 19 % de républicain — estiment que « l’usage de la force est fondée afin de s’assurer que les élus du Congrès et les fonctionnaires posent les bons gestes ».
D’après l’analyse de ces données et de beaucoup d’autres par Pape et ses collègues le moteur de ce regain de violence est une affection vieille comme le monde : la peur. Celle-ci découle des modifications démographiques et culturelles observables à l’horizon du court comme du moyen terme. Allons-y.
En 1990, 76 % des Américains se définissaient comme blancs. En 2023, le U.S Census Bureau a calculé que le nombre de blancs dépassait à peine les 58 %. En 2035, il sera de 54 % et en 2045 ce nombre passera sous la barre des 50 %. C’est de cela, cette peur de dépassement sociologique, que Trump se nourrit en noircissant le tableau comme le fit le président Calvin Coolidge et les supporteurs de l’Immigration Act promulguée en 1924 dans le but de réduire de la manière la plus draconienne qui soit les flux migratoires : de 800 000 au début des années 1920 à 150 000 après l’adoption de cette loi.
Les flux en question et la peur de l’autre qu’ils produisent firent la fortune du Ku Klux Klan dans les années 1920 comme ils font celle du mouvement Make America Great Again ainsi que le démontre d’ailleurs le sondage Politico-Focaldata qui nous rappelle que la base électorale du duo Trump-Vance est très majoritairement blanche, peu scolarisée et âgée de 55 ans et plus.


