À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec

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Jean Dussault

Normalement, l’équipe qui est certaine de gagner la prochaine partie a hâte de la jouer.

Il y a donc quelque chose d’anormal dans l’inquiétude affirmée, voire  l’hystérie affichée, par les fédéralistes à l’idée d’un prochain référendum sur une forme ou une autre de l’indépendance/souveraineté/autonomie du Québec.

Ou bien ils font semblant d’avoir peur de perdre une éventuelle bataille qu’ils sont certains de gagner. Ou bien ils n’ont rien de plus à proposer que la frayeur d’une calamité qui ne surviendra pas.

Dans un cas comme dans l’autre, ils omettent d’être utiles.

Pourtant

Évidemment, l’opposition à la souveraineté politique du Québec est légitime. Bien sûr, l’adhésion à l’idée et/ou à la nation canadienne est compréhensible.

Forcément, la sécurité que donne la stabilité pèse plus lourd que l’expérimentation par définition incertaine. Surtout dans une ère de bouleversements comme celle que vivent trop de peuples et de pays par les temps qui courent.

Que voilà tous des arguments intelligents à apporter dans une encore théorique campagne référendaire.

Or, les tenants du « non »  refusent même de débattre des tenants et aboutissants d’une éventuelle victoire du «oui». Ils ne veulent tout simplement pas que soit posée la question maudite.

Gnan-gnan

C’est, hélas, une tradition de faire campagne contre quelque chose plutôt qu’en faveur de quoi que ce soit. De pinailler pour cibler telle ou telle clientèle dans tel ou tel coin sur ceci ou cela plutôt que de proposer des solutions.

Parce qu’il est plus important que l’adversaire perde que de gagner soi-même grâce à une adhésion d’une franche majorité à son projet de société. Ou en tout cas de gouvernance. Ou, au minimum, d’intendance.

En clair, trop font de la petite politique.

Mais allez savoir pourquoi, quand le Parti québécois grimpe dans les sondages comme ça a été le cas pendant deux ans, la donne change. Ainsi, les partis politiques fédéralistes n’insistent même pas sur les raisons intelligentes de voter contre le PQ en octobre prochain.

Or, il y en a de ces raisons.

Surtout sur l’immigration, où ce parti ferait honte à son fondateur.

Rappel

Quand le Mouvement Souveraineté-Association fondé par René Lévesque a atteint la maturité suffisante pour se transformer en parti politique, M. Lévesque s’est opposé à ce que la nouvelle formation s’appelle « Le Parti des Québécois ». Ce nom était selon lui scandaleusement exclusif. Le compromis sur le nom « Parti québécois » finalement adopté devait signifier que le parti souverainiste souhaitait que des gens venus d’ailleurs deviennent des Québécois à part entière.

Aujourd’hui 

Les gens conscients de la réalité savent que le Québec a besoin d’aide pour maintenir son poids relatif dans la confédération. Les gens sensés réalisent que cela passe par l’accueil et la francisation des femmes et des hommes qui ont le goût de venir s’établir dans ce pas-pays.

La négation de cet état des choses par le PQ actuel constitue un motif intelligent de voter contre.

Mais ce genre d’argument ne viendra certainement pas de la nouvelle première ministre du Québec, caquistement  rébarbative à l’immigration.

Quant au PLQ, il ne va surtout pas dénoncer les restrictions draconiennes à l’immigration imposées par son grand-frère fédéral. D’autant moins que ses appuis les plus solides proviennent d’électeurs pour qui l’avenir d’un Québec français n’est pas une priorité.

Pour ce qui est du Parti conservateur, Éric Duhaime, sa proposition de « régionaliser » l’immigration n’apporte rien à la discussion sur l’ouverture/fermeture à l’immigration.

Le sujet de l’immigration est aussi compliqué que fondamental dans la discussion sur l’avenir de « la société distincte ». Il est hélas obnubilé par le discours fédéraliste puéril contre la tenue même d’un référendum sur la souveraineté.

Le cadre politique importe plus aux fédéralistes que ce qu’il englobe.

La division

Les partis à droite du PQ (ce qui est de plus en plus difficile !) préfèrent faire peur à la plèbe en agitant l’épouvantail référendaire.

Leur principal argument est qu’il ne faut pas créer la division au sein des citoyens qui, apeurés, découvriraient lors d’un référendum qu’ils ne pensent pas tous pareil.

Le cas Charest

Dans sa longue carrière politique, Jean Charest a été chef du Parti progressiste-conservateur fédéral, puis premier ministre libéral du Québec et, ouf, candidat à la direction du PC fédéral. Quelqu’un pourrait y voir un manque de constance. Néanmoins, il a fait preuve d’une cohérence exceptionnelle sur la question référendaire : il ne faut pas la poser.

Ses envolées oratoires quand il était, en fait, le leader du camp du « non » dans la campagne référendaire de 1995 avaient au moins le mérite d’être contre le « oui ».

Ses charges stridentes autour de la même non-question répétées jusqu’à sa défaite en 2012 ne démolissaient pas la thèse du « oui », elles criaient au loup pourtant évidemment édenté.

Et ses successeurs bleus ou rouges s’époumonent encore à prier et crier que le bon peuple ne doit pas être confronté à un point d’interrogation.

La logique de la division mène à l’abolition des élections.

Chouette : Orban serait encore en poste et Trump le serait jusqu’à ce que Dieu lui-même en décide autrement.

Plus près d’ici en temps et en distance, la crainte de créer de la division aurait empêché qu’il y ait une course à la direction de la CAQ …

Dans une période où tous les députés de tous les partis partout exigent d’avoir leur mot à dire sur tout pour des raisons presque toujours partisanes, des élu-e-s prétendent que les personnes qui les ont élus n’ont pas un mot à dire, ni oui ni non, sur un enjeu fondamental.

Donc

Il n’y a rien d’illégitime ni d’insensé à être plus partisan d’Option-Canada que d’Option-Québec. Mais il est tout aussi illégitime qu’insensé de s’opposer à la discussion et au débat parmi les citoyens;  et à leur droit de décider.

Comme si l’éventuelle victoire du camp du « non » consistait bêtement à empêcher les Québécois de se prononcer sur leur avenir.

En fait, si ce n’était de plagier l’écriture de Donald Trump, les partis fédéralistes remplaceraient les traditionnelles photos de leurs candidats sur les poteaux des rangs et des rues de la belle province.

Par leur seul message : RÉFÉRENDUM NON !

 

 

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