À propos de l'auteur : Louiselle Lévesque

Catégories : Québec

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Christine Fréchette qui vient d’être élue cheffe de la CAQ, le 12 avril 2026 à Drummondville.

Louiselle Lévesque

Le rideau est tombé sur le règne de François Legault, premier ministre du Québec et père fondateur de la Coalition avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis 2018. Les rênes du gouvernement et de son parti se retrouvent entre les mains de sa successeure, Christine Fréchette, choisie au terme d’une course un brin acrimonieuse qui n’a pas soulevé beaucoup d’intérêt et surtout n’a pas empêché la CAQ de rester au plus bas dans les intentions de vote.

La CAQ a donc une nouvelle tête dirigeante, et le Québec une nouvelle première ministre, la deuxième femme de l’histoire à occuper la plus haute fonction après Pauline Marois élue en 2012 à la tête d’un gouvernement minoritaire.

Mais l’empreinte de Christine Fréchette comme cheffe du gouvernement risque d’être éphémère car rien ne permet à la CAQ d’espérer décrocher un troisième mandat en octobre prochain. En fait, tout indique le contraire. La prochaine bataille pourrait bien en être une pour sa survie.

Un désamour assumé

La course à la direction de la formation politique n’a pas provoqué un réel engouement. La campagne qui a duré plus de deux mois s’est déroulée dans une certaine indifférence, ne suscitant l’adhésion que de 5000 nouveaux membres. Au final, seulement 15 800 militants caquistes se sont prononcés, et 58 % d’entre eux ont accordé leur préférence à Christine Fréchette contre 42 % à Bernard Drainville.

C’est bien peu de voix pour élire le chef du parti au pouvoir à Québec. À titre de comparaison, il y avait l’an dernier 400 000 militants inscrits pour participer à l’élection de Mark Carney à la tête du Parti libéral du Canada.

Le départ de François Legault sonne-t-il le glas de la CAQ qu’il a fondée en 2011 et qui compte à son crédit deux mandats majoritaires d’affilée dont le dernier en 2022 avec 90 députés sur 125 ? Est-ce le parti d’un seul homme ? Une parenthèse dans l’histoire politique du Québec ?

Les projections des firmes de sondage n’accordent qu’une poignée de sièges à la CAQ. Le parti pourrait même se retrouver sans aucun élu tellement le sentiment de dégagisme semble solidement ancré dans l’humeur de l’électorat.

Des temps difficiles

Incarnation de la troisième voie, ni fédéraliste ni indépendantiste mais nationaliste avec des ambitions autonomistes sans toutefois remettre en cause le cadre fédéral, la CAQ a-t-elle encore sa raison d’être ? Christine Fréchette réussira-t-elle à conjurer le sort ? La professeure Geneviève Tellier à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa croit qu’il faut donner la chance aux coureurs mais ne cache pas son scepticisme.

« Les problèmes de la CAQ, c’est la pertinence de ce parti-là et la déception de ce parti-là, et puis on a l’impression que la personne qui devait sauver les meubles ne s’est pas présentée. »

La politologue n’a rien décelé dans la course qui serait susceptible de raviver l’élan que François Legault avait réussi à donner à la CAQ. « Je ne l’ai pas vu avec ces deux candidats et avec madame Fréchette ça a l’air un peu ça mais avec beaucoup d’eau dans son vin. C’est dilué. »

Ce sont les piètres résultats au chapitre de l’économie qui ont fait le plus mal à l’ancien premier ministre affirme Geneviève Tellier. « Ce qui a été son Waterloo c’est la question économique. Il est arrivé en disant nous sommes le parti de l’économie mais après huit ans si on regarde l’économie, on n’a pas eu grand chose et les solutions qui avaient été présentées par la CAQ n’ont pas marché. »

« C’est un échec, poursuit-elle, on a beau dire qu’on est moins pire par rapport à l’Ontario qu’on ne l’était mais je pense que c’est l’Ontario qui a baissé économiquement. »

La difficulté pour Christine Fréchette qui a été ministre de l’Économie sera de se dissocier de ce bilan désastreux et de faire oublier, entre autres, les déficits et l’état de décrépitude dans lequel se trouvent bon nombre d’hôpitaux, d’écoles et de routes. Et il faudra bien plus que le retrait de la taxe de vente sur certains produits en épicerie pour faire la preuve de sa capacité de redresser la situation.

L’option ni oui ni non en perte de vitesse

La CAQ risque-t-elle de connaître le même sort que l’Union nationale ? Le parallèle est intéressant admet la professeure Tellier, l’Union nationale, un parti qui a vivoté après la mort de son chef emblématique Maurice Duplessis et qui a fini par disparaître.

« Il y a toujours eu ça de latent en arrière, rappelle la politologue. L’ADQ (Action démocratique du Québec), c’était pareil aussi, un petit fond de conservatisme et de nationalisme mais qui est très difficile à articuler. Et c’est sans doute parce qu’on a deux autres partis, libéraux et péquistes, qui prennent toute la place et qui disent qu’il faut être plus tranchés, la voie mitoyenne semble être un peu moins là. »

L’avantage de la CAQ, ajoute Geneviève Tellier, était de donner aux Québécois, qui ne sont pas prêts à s’engager sur le chemin de l’indépendance, la possibilité de repousser l’échéance, de ne pas avoir à faire un choix. « On remarque que la proposition caquiste était quand même intéressante pour beaucoup de Québécois, on oublie les chicanes constitutionnelles et on se concentre sur autre chose avec une pointe nationaliste. »

Un réalignement des forces

L’arrivée au pouvoir de la CAQ en 2018 avait mis en sourdine la dynamique entre fédéralistes et souverainistes qui a dominé la scène politique québécoise à partir de la naissance du Parti québécois (PQ) en 1968. Cinq ans plus tard, en 1973, le PQ obtient plus de 30 % des voix avec seulement six sièges alors que le Parti libéral du Québec (PLQ) rafle près de 55 % des voix et 102 des 110 sièges que compte alors l’Assemblée nationale.

Un cycle politique s’ouvre avec ce vote très polarisé autour de la question nationale. À eux deux, le PQ et le PLQ s’accaparent 85 % des voix ne laissant que des grenailles au Parti créditiste et à l’Union nationale. Le raz-de-marée libéral de 1973 a, d’une certaine façon, préparé le terrain à la victoire inattendue du PQ en 1976.

« Si les libéraux et le PQ reprennent le plancher comme cela semble se dessiner, on revient aux années commencées en 1973 », convient la professeure Tellier. Avec l’effondrement de la CAQ et de Québec solidaire, l’échiquier politique ressemblera, selon elle, à celui d’il y a cinquante ans.

« Pour l’instant on se redirige vers une division souverainiste-fédéraliste. L’économie est moins là. La nouveauté par contre, c’est le Parti conservateur et si le Parti conservateur continue de se maintenir, il va pouvoir amener un débat économique et forcer les autres partis à se positionner. »

 En mode recrutement

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) voit dans la défaite de Bernard Drainville une occasion inespérée d’attirer les caquistes aux valeurs conservatrices qui s’étaient rangés derrière le député de Lévis. Son chef, Éric Duhaime, tente de s’imposer comme la solution de rechange à la troisième voie qui serait selon lui « la voie favorite des Québécois ».

Le chef conservateur qui s’était tenu éloigné du débat sur la question nationale semble désormais enclin à miser sur le cheval de l’autonomie provinciale. Les appuis que recueille le PCQ dans les sondages lui permettent d’envisager une performance comparable à celle de l’Union nationale en 1976 qui avait fait élire 11 députés avec 18 % des voix, en se faufilant entre libéraux et péquistes.

Le PQ cherche tout autant à tirer son épingle du jeu en s’empressant de courtiser à grand coup de publicité les caquistes déçus par l’élection de Christine Fréchette, jugée trop timide dans la défense des valeurs et de l’identité québécoises, donc trop proche de la vision des libéraux.

Et pendant que ses adversaires se disputent des pans entiers de ce qui constitue l’essence même de cette coalition fragilisée, Christine Fréchette doit refaire l’unité dans ses rangs et regagner auprès de la population la confiance perdue au fil des promesses non tenues. Tout cela dans l’urgence.

 

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