À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : International

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Jean Dussault

Jean Dussault 

Juristes et spécialistes, partisans et opposants vont supputer sur l’issue des nombreux éventuels procès de Donald Trump. Et supporter l’affront à la décence qui va sans doute s’ensuivre.

Donald Trump aussi a droit à la présomption d’innocence.

Mais quoiqu’il en pense, ou quoique qui que ce soit en pense, ce n’est pas d’abord sa personne qui est en jeu devant la magistrature ou, même, devant l’électorat.

Ce qui est fondamentalement en cause, c’est l’idée même de ce pays jadis respecté, voire admiré malgré tant et trop d’erreurs et d’horreurs, en sol états-unien ou ailleurs dans le monde.

Le rêve

Reste, ou restait, l’objectif envoûtant de l’exceptionalisme américain, une notion aujourd’hui décriée comme prétentieuse, arrogante, tellement américaine.

Pourtant, c’est ce qui a animé la révolution de 1776 : une idéologie dans le beau sens du terme, en faveur de la liberté citoyenne.

Pour amorcer l’existence même d’une vraie citoyenneté, pour inventer l’appartenance et la participation à une communauté.

Remise dans son contexte, et dénuée de son enflure propagandiste contemporaine, la devise de «Life, Liberty and the Pursuit of Happiness» reste fichtrement plus envoûtante que la canadienne «Peace, Order and Good Governnment».

L’aspiration à un monde de liberté était révolutionnaire. Il y a, ou il y a eu, un esprit américain. Tentant, entrainant, engageant, inspirant.

Ce n’est pas que pour l’argent que des millions de gens ont voulu et veulent encore, parfois au péril de leur vie, émigrer aux États-Unis : c’est là que la vie promet, ou promettait, d’être meilleure.

Le cauchemar

Donald Trump n’est pas la cause de l’état de son pays.

Il en est le résultat.

D’autres que lui mentent, bousculent, insultent, accusent, crient, textent en majuscules. Peu ont été jusqu’à prétendre publiquement que le truc avec les femmes, c’est de les attraper par la chatte («grab them by the pussy»), mais paraît que Trump aime bien se démarquer…

Or, aussi baveux que soit l’homme, le problème n’est pas là.

Le réveil brutal

Le hic, le gros hic, c’est que 63 millions d’électeurs ont voté pour lui en 2016.

Et après avoir observé pendant quatre ans le Trump présidentiel, 74 millions d’Américains ont voté pour lui en 2020.

17 % de plus que quatre ans plus tôt.

 

Le grand portrait

Comme celui de tous les groupes, l’âge mental des États-Uniens se rapproche de celui du plus jeune d’entre eux. De Beebe à Los Angeles, de Miami à Anchorage, l’arrogance née du pouvoir national et de la domination internationale a cependant longtemps été atténuée par une forme de gentille naïveté personnelle, de générosité individuelle quasi culturelle.

Quiconque a côtoyé, connu, fréquenté les nièces et neveux de l’Oncle Sam l’a constaté.

Le journaliste retraité qui a longtemps ‘couvert’ les États-Unis peut en témoigner : les citoyens américains de quelque allégeance que ce soit dégageaient généralement une bonhomie quasi charmante.

De petits portraits

Memphis fait mal.

Pas loin de la célèbre Beale street, le ‘berceau du blues’, les États-Unis sont pris en flagrant déni.

En tournant de Main à Butler, il est là : le Lorraine Motel.  Là où le leader des droits civiques Martin Luther King a été assassiné en 1968.

Le site est devenu le gigantesque Civil Rights Museum.

Émouvant et éprouvant.

Anecdotique ou symptomatique ? Toujours est-il que, ce jour-là en tout cas, les visiteurs blancs dans la mer noire de monde étaient presque seuls de leur couleur au monde du respect, du recueillement.

Elvis the pelvis

Dans la même ville, mais dans un tout autre monde : Graceland.

Contrairement aux costumes de l’immense «performer», les foules montrées dans les films d’archives des spectacles d’Elvis Presley manquent de couleur.

Anecdotique ou symptomatique ? Toujours est-il que, ce jour-là en tout cas, les seuls noirs visibles étaient des employés du manoir touristico/funéraire.

Pow ! T’es mort

Le débat sur les armes à feu, pour ce qu’il en est, est officiellement constitutionnel et, donc, politique.

Dans les faits, l’acrimonie sur le sujet reflète un bien plus profond clivage; d’un côté, celles et ceux qui pensent qu’armer plus de citoyens va rendre le pays encore plus dangereux. De l’autre côté, la peur bleue de se faire tirer par une des centaines de millions d’armes à feu librement en circulation.

Pipi au Mississippi

C’est ainsi que des touristes ou des citoyens pourront trouver absolument surréel que les «rest area» soient pourvus de, c’est écrit sur un panneau, «armed security». D’autres sont au contraire soulagés et souhaitent que la même essentielle protection soit assurée partout.

Prier en paix

La Missourienne remerciait sincèrement Dieu qu’il y ait dorénavant un gardien armé à l’entrée de son église le dimanche. D’autres sont au contraire absolument outrés que la paranoïa en soit rendue là.

Mieux vaut ne pas retenir son souffle en attendant un débat intelligent.

Laissez les bon temps rouler

Le chauffeur de la navette touristique vers le centre de La Nouvelle-Orléans a chanté la même chanson trois jours d’affilée : «The worst nine words you can hear is ‘I’m from the government, and I’am here to help’». (1)

Personne ne lui reprochera de ne pas avoir cité ses sources.

Le fait est qu’il s’agit là d’une déclaration iconique de Ronad Reagan, illustrant que bien avant Trump, un autre Président républicain avait attisé la haine contre l’État qu’il… préside.

Au coton

La propriétaire d’une plantation de coton en Arkansas (l’État de Bill Clinton) exhibait fièrement son pantalon à $12 : du coton indien. «Je ne peux pas me permettre d’acheter du coton américain parce que Biden ne veut pas nous aider. Trump, lui, aime le coton».

Bye-bye, et même au diable le jadis inspirant esprit américain serti dans la beauté exceptionnelle de son territoire.

La récolte

Pendant que trop de candidats à l’investiture républicaine débattaient  sur Fox News en août, Trump jasait avec un thuriféraire sur Twitter (x) : «There’s a level of passion that I’ve never seen. There’s a level of hatred that I’ve never seen. And that’s probably a bad combination.”(2)

  • Les neuf pire mots que vous pouvez entendre sont : Je représente le gouvernement, je viens pour vous aider.
  • Il y a un niveau de passion que je n’ai jamais vu. Il y a un niveau de haine que je n’ai jamais vu. Sans doute pas une bonne idée

 

 

 

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