À propos de l'auteur : Daniel Raunet

Catégories : Québec

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Daniel Raunet

Le directeur général des élections du Québec a choisi le jour du début de la visite officielle du prince Charles, le 17 mai, pour annoncer la radiation du Parti royaliste du Québec de la liste des partis politiques. Hasard ou pied de nez à un héritier du trône qui s’est bien gardé de mettre les pieds au Québec, on ne le saura probablement jamais, mais cet événement cocasse est une bonne occasion de s’intéresser à ces 16 petits partis qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale, mais qui sont dignes de solliciter nos suffrages l’automne prochain.

Le parti du piano public

Ça ne prend pas grand-chose pour créer un nouveau parti. Samuel Giguère, fondateur du défunt Parti royaliste du Québec, explique sa recette : « Une très grande proportion des membres fondateurs du Parti ne sont pas des royalistes purs et durs, ce sont plutôt des collègues de travail ; des employés de production que je côtoyais lors d’un emploi alors que j’œuvrais comme ingénieur industriel pour une entreprise manufacturière située dans la ville de Rivière-du-Loup. (…) J’ai même recruté quelques membres autour du piano public au centre-ville de Rivière-du-Loup où je me rendais quelques fois les fins de semaine pour étaler mon répertoire. »

Brigands et crapules

Sur son site, le PRQ explique avec le plus grand sérieux que la monarchie est le plus sûr moyen de réaliser la souveraineté du Québec. Le tout avec une bonne dose de complotisme en ce qui concerne son chef, Samuel Giguère : « La classe politique du Québec grouille de brigands et de crapules. (…) Avant cette pandémie je me limitais à percevoir ces gens comme étant simplement des pillards. La pandémie a révélé la malveillance et la méchanceté chez eux. Ce ne sont plus simplement des brigands ou des crapules, ce sont des monstres. »

Les grands petits partis

Trois des seize petits partis en lice nous sont familiers, car ils représentent des familles politiques connues qui ont déjà eu des élus au Québec ou au Canada. Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, en existence depuis treize ans, n’a toujours obtenu que des scores confidentiels, mais son succès relatif lors de l’élection partielle de Marie-Victorin cet hiver, 10,4 %, lui laisse espérer une percée l’automne prochain. Le NPD Québec, lui, traîne de la patte depuis longtemps ; en 2018 il n’avait récolté que 0,57 % des suffrages.

Quant au Parti vert du Québec, c’est le plus gros des petits partis, avec 1,68 % des voix. Son chef Alex Tyrrell risque toutefois de lui avoir donné le baiser de la mort avec un étonnant gazouillis pro-Poutine le 4 mars dernier : « Les plus récentes demandes de la Russie, soit un statut neutre et non nucléaire pour l’Ukraine, sa démilitarisation, sa dénazification, ainsi que la reconnaissance de la Crimée, Donetsk et Louhansk sont des demandes raisonnables qui selon moi devraient être acceptées .»

Les partis antisystèmes

Parmi les treize autres petits partis, on retrouve plusieurs organisations antisystèmes. Le Parti marxiste-léniniste du Québec, âgé de 33 ans, est le seul des groupuscules marxistes à participer à la joute électorale. Vingt-cinq candidats en 2018, 1708 électeurs dans tout le Québec, la classe ouvrière ne suit pas.

Démocratie directe prône… la démocratie directe. « Le Québec appartient à tous les citoyens et citoyennes, et non à une classe dominante, prétendant depuis longtemps défendre nos intérêts. » Ce parti propose que les journalistes soient élus dans les régions au suffrage universel et révocables à tout moment par voie de référendum.

Québec Intégrité est une formation qui se bat contre le contrôle des cerveaux par l’État, contre la vaccination obligatoire et pour la primauté des droits parentaux sur les enfants. QI se méfie des dirigeants : « Il est temps que les décideurs deviennent imputables de leurs promesses non tenues sans justification et aussi de leurs crimes. »

À l’extrême droite, Équipe autonomiste s’en prend au « racisme systémique antihomme blanc » et à la « violence conjugale subie par les hommes ».

Enfin, sur le thème « tous pourris », le Parti nul fait une critique anarchiste de l’État et propose aux électeurs d’annuler leur vote en votant pour ses candidats.

Les partis de la question nationale

Le recul du Parti québécois a amené certains à formuler leur propre solution à l’éternelle question du statut du Québec. En affirmant la souveraineté du peuple et non pas des élites, Démocratie directe remet à une assemblée constituante citoyenne le soin de définir les règles du jeu. Même idée chez Climat Québec, fondé par Martine Ouellet, qui allie écologie et souveraineté et pour qui « la République du Québec sera construite par et pour le peuple ». L’Union nationale, elle, a une autre solution, une confédération d’États indépendants et le rétablissement de l’Assemblée législative et du Conseil législatif de… 1867. Fidèle à son nom, le Parti pour l’indépendance du Québec prône une déclaration unilatérale d’indépendance au lendemain des élections. Et enfin, le Parti 51 suggère purement et simplement que le Québec devienne le 51e État américain. 0,03 % des suffrages en 2018.

Les partis d’une seule cause

Il y a aussi les partis d’une seule cause. Le Parti animal Québec a beaucoup de propositions pour la défense des chiens volés, des cerfs de Longueuil et des animaux d’élevage, mais pas grand-chose pour les humains. Le Parti accès propriété et équité a pour principal objectif l’abolition des taxes foncières. Le Bloc Pot de son côté cherche un deuxième souffle depuis la légalisation de la marijuana, soit la levée totale de toutes les restrictions restantes. Enfin, le Parti culinaire, 169 voix en 2018, est le parti d’un seul chef, un chef cuisinier qui n’a que de bons mots pour une alimentation saine.

Un sérieux défi aux institutions

Aux élections de 2018, les petits partis représentaient 179 000 personnes. Si on y ajoute les 2,1 millions d’abstentionnistes, le nombre des exclus du système atteint presque 36 % de l’électorat. Avec seulement 1,5 million de bulletins de vote, 24,5 % de ce même électorat, la CAQ gouverne avec une majorité absolue. C’est là l’éléphant dans la pièce de la démocratie québécoise.

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