À propos de l'auteur : Claude Lévesque

Catégories : International

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Claude Lévesque

C’est le choc malgré le caractère on ne peut plus prévisible de l’évènement. Pourquoi ? Réponse sous forme de question : combien de fois avons-nous entendu ce genre de phrase au cours des derniers jours: « Je n’ai pas connu d’autre reine qu’Élisabeth » ou, si on est indifférent à sa mort (ou si on fait semblant) : « Je n’en ai pas connu d’autre que celle-là .» Surtout si on est un baby-boomer et… God knows qu’on en compte quelques-uns au pays du Québec.

Qu’on soit pour ou contre la monarchie, qu’on aime ou qu’on aime pas la défunte en tant que personne, on ne peut échapper à un certain sentiment de perte, à moins d’avoir vécu toute sa vie dans une cabane au fond des bois, car Elisabeth II a longtemps fait partie de notre quotidien : elle apparaissait sur les timbres quand on s’envoyait encore des lettres, on voit encore son visage quand on sort un billet de banque de son porte-feuille même si c’est plus rare qu’autrefois ; peut-être le voit-on aussi quand on visite un magasin dont les rayons sont garnis d’illustrés sur les gens riches et célèbres.

La mort d’Élisabeth II constitue un jalon. Qu’on le veuille ou non, sa disparition nous fait vieillir.

Deuil calme, mais sincère

Pour les Britanniques, le choc est sûrement plus grand que pour nous car la majorité d’entre eux étaient véritablement attachés à sa personne, tandis qu’une minorité non négligeable tenait farouchement à ce qu’elle devienne une simple citoyenne, à ce qu’elle soit mise au rancart en même temps que l’institution millénaire qu’elle incarnait.

À voir les reportages repris en boucle sur des chaînes d’information comme la BBC, on a l’impression qu’au Royaume-Uni, on a mis un certain temps à saisir toute l’ampleur de l’évènement. Clairsemées au début, les foules se sont graduellement faites nombreuses et denses. Ce n’était pas la frénésie qui avait suivi la mort de Diana Spencer, plutôt un deuil calme, mais sincère, suivi d’un accueil plus chaleureux que prévu pour le nouveau roi.

Les commentaires glanés auprès des simples citoyens (et sujets) n’étaient pas toujours d’une grande originalité, mais ils ne sonnaient pas faux. Ceux des reporters et de leurs invités n’étaient pas plus originaux. C’était inévitable parce qu’ils décrivaient souvent des costumes sortis de la Renaissance ou du Moyen-Âge et des acclamations bizarres appuyées par des coups de trompette.

Job ingrat et souvent ennuyeux

La défunte reine, elle-même, n’a jamais rien dit d’intéressant, ont rappelé quelques observateurs irrévérencieux. Et alors ? C’est ce qu’on a toujours attendu d’elle quand elle parlait en public. C’était son job, un job ingrat et souvent ennuyeux, sans doute rendu supportable par la possession d’une immense fortune et la présence d’une armée de serviteurs. Son rôle était symbolique, il visait à assurer la stabilité du pays. C’est aussi ce qu’on attend de Charles III, peu importe ce qu’on a pu dire sur la nécessité de réaliser un équilibre entre « l’ancien et le moderne ».

En plus d’assurer la stabilité du Royaume-Uni, le rôle du souverain consiste à présider aux destinées du Commonwealth et à en assurer la pérennité. Cette organisation a remplacé l’Empire. Le Royaume-Uni s’y est résigné à contrecoeur. Il a bien fait. Cette association de pays libres joue encore aujourd’hui un rôle important dans la promotion des droits humains, parfois plus que les Nations unies.

Plusieurs pays et non les moindres n’ont pas gardé la reine ou le roi comme chef d’État. On compte 36 républiques parmi les 56 États-membres du Commonwealth. L’Inde et le Pakistan, les deux plus populeux, sont du nombre.

La plupart des autres républiques sont situées en Afrique.

Le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, probablement les trois pays les plus proches du Royaume-Uni culturellement parlant, sont demeurés des monarchies constitutionnelles, mais les sentiments antimonarchistes ou républicains y sont plus forts qu’au royaume des Windsor.

Sondages

En avril 2022, selon la firme de sondage Angus Reid, à peine plus du quart des Canadiens (26 %) souhaitaient que le pays conserve la monarchie après le règne d’Élisabeth II. Les résultats de cette enquête se comparent à ceux de plusieurs autres menées au cours des dernières années.

En mars 2021, la maison Léger indiquait dans un sondage pancanadien que 53 % des répondants trouvaient que la monarchie avait perdu sa pertinence. Ce résultat qui détonne un peu s’explique probablement par le fait que l’enquête avait été menée peu de temps après l’entrevue-choc que Meagan Markle et le prince Harry avaient accordée à Oprah Winfrey.

Cette même firme estimait récemment que les Québécois, à 83 % chez les francophones et à 54 % chez les anglophones, estiment que la monarchie est « inutile ».

Au Royaume Uni, on s’interroge évidemment sur l’avenir de cette monarchie. Même si la popularité de l’institution et de la famille royale a subi une baisse dans la foulée du décès de la princesse Diana en 1997, la cote est remontée graduellement depuis lors.

Que ce soit à Édimbourg, à Cardiff, à Londres, à Ottawa ou à Québec, les opinions sont fortement influencées par le libellé des questions et par les circonstances. Dans le contexte actuel, la question suivante est dans tous les esprits : Charles est-il un digne héritier d’Élisabeth ? La réponse est souvent négative. On peut se demander pourquoi. Quand il était prince héritier, ses prises de positions sur l’environnement et l’agriculture bio étaient admirées et décriées avec la même intensité, mais dans les deux cas, on se demandait s’il avait le droit de s’exprimer librement. Et en même temps, d’aucuns reprochaient à sa mère sa stricte impartialité et son apparente insensibilité.

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