À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec

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Jacques Parizeau et son épouse Lisette Lapointe le soir du 30 octobre 1995.

Jean Dussault

«L’’argent … puis des votes ethniques » ont causé la défaite du « oui » au référendum d’octobre 1995 sur la souveraineté du Québec.

Trente ans plus tard, les propos du premier ministre québécois d’alors sont politiquement gravés sur sa pierre tombale.

Tout le monde n’y lit pas la même chose.

L’argent vote 

La loi québécoise est claire : les dépenses référendaires des deux camps doivent être égales.

Ce ne fut pas le cas à l’automne 1995 : le camp du « non » a  dépassé de 10 %, $500 000 dollars, la limite imposée de cinq millions.

Mais, comme l’a noté le rapport Grenier (1), « la somme réelle était de 11 000 000 $, si on additionne les montants dépensés par le Conseil pour l’unité canadienne dans le cadre du programme Option Canada et par la suite par la société Option Canada. Comme on le constatera, la totalité de ce montant de 11 000 000 $ ne constitue toutefois pas des dépenses réglementées effectuées en contravention de la loi ».

En clair, le camp du  «non »a techniquement un peu triché. Et, en fait, il  a grossièrement violé le sens et l’objectif de la loi québécoise.

Par exemple, il a à grands frais amené à Montréal des milliers de Canadiens venus manifester leur attachement au Québec quelques jours avant le scrutin.

Mais, légalement, cela n’a pas ajouté aux dépenses en terre québécoise limitées par la loi québécoise.

Le directeur général des élections a d’ailleurs formellement protesté contre cette entorse au principe de la loi québécoise.

Les ethnies en question

En vain, Jacques Parizeau a corrigé ses propos du 30 octobre 1995 dans un livre publié un peu après: « Le seul critère important quant à l’orientation du vote sur la souveraineté (…) n’est ni la race, ni la couleur, c’est la langue. »(2)

Hélas pour lui, l’ancien leader indépendantiste s’est, là aussi, trompé. Prétendre que la langue a déterminé le résultat du référendum est aussi une erreur.

Certes, la quasi totalité des non-francophones a alors voté  «non ». Mais plus ou moins 40 % des francophones ont aussi rejeté la proposition souverainiste.

Si les francos de la province de Québec avaient voté  « oui » dans la même proportion que celles et ceux de la ville de Québec, M. Parizeau aurait pu faire le discours de victoire qu’il avait préparé pour ce grand-soir-là.

Si seuls les allos et les anglos avaient voté «non » il y a 30 ans, le Québec aurait déjà célébré un quart de siècle d’indépendance.

Une autre version

Le fait, indéniable, est que les allophones et les anglophones ont voté à la soviétique au référendum d’il y a trente ans : tous pareil.

La majorité francophone, pour sa part, s’est exprimée comme il se fait normalement en démocratie : plus d’un côté et moins de l’autre.

C’est là où la diatribe M. Parizeau prend sa racine : si, nonobstant leur culture d’origine, tous les Québécois de tous les horizons avaient voté selon des critères similaires à ceux de la majorité, le  «oui » l’aurait emporté.

L’unanimisme des non-francophones a donc eu plus d’impact que leur nombre, plus d’influence que le vote statistiquement ordinaire des francophones.

Dans cette ethnie franco-québécoise (3), la culture, la langue, l’histoire n’ont pas plus été des éléments déterminants au référendum de 1995 que dans n’importe quel scrutin.

Sinon, tous les francos auraient, eux aussi, voté de la même façon.

Ce qui, il faut en convenir, n’est pas un signe de santé démocratique.

Miroir

À l’élection québécoise du 3 octobre 2022, le Parti libéral du Québec/Quebec Liberal Party, c’est ainsi qu’il est officiellement identifié auprès du directeur général des élections, le PLQ/QLP est arrivé quatrième sur les quatre partis « habituels » : dans l’ordre, la CAQ, QS et le PQ ont obtenu plus de votes que lui.

Même le quasi nouveau Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime l’a talonné. (4)

Les libéraux forment néanmoins l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Grand état a été fait et grands émois ont été exprimés sur la dichotomie flagrante entre la proportion des votes obtenus et le nombre de députés élus.

Un rappel sommaire le démontre.

Avec 2/5 des voix, la CAQ a fait élire presque les 3/4 des députés à l’Assemblée nationale.

Arrivé deuxième, QS a proportionnellement récolté deux fois moins de sièges que de votes.

Le PQ a recueilli un peu plus d’appuis que le PLQ/QLP, mais trois fois moins d’élus.

Avec un score comparable à celui des trois partis d’opposition, le PCQ n’a fait élire aucun représentant au Salon bleu.

Les francophones qui ne voulaient pas réélire le gouvernement sortant ont partagé leurs votes entre quatre partis d’opposition.

Les anglophones qui ne voulaient pas réélire la CAQ ont tous voté PLQ/QLP.

Encore le/les/des votes ethniques

Il peut être utile de rappeler la définition d’une ethnie selon Le Petit Robert :

« Ensemble d’individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture.»

Les données statistiques du DGE sont révélatrices de l’ethnicisation du vote de la minorité anglo-québécoise (5): aucune des 21 circonscriptions remportées par le PLQ/QLP en 2022 n’avait une proportion aussi élevée de parlants français à la maison que la moyenne québécoise de 82 %. (*)

La moitié des députés libéraux élus il y a trois ans proviennent de circonscriptions où moins de la moitié de la population parle le français à la maison.

Dans la demi-douzaine de circonscriptions où moins de 40%  parlent le français à la maison, le candidat libéral a recueilli 50% ou plus des votes dans des ‘courses’ à plusieurs candidats.

En octobre 2022, le PLQ est statistiquement devenu le QLP.

M. Parizeau pourrait parler de votes ethniques.

 

 

 

(1) https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6165aa8543e32/DGE-6433.pdf

(2) Pour un Québec souverain. VLB éditeur 1997

(3) « Ensemble d’individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture ». Le Petit Robert

(4) https://www.electionsquebec.qc.ca/resultats-et-statistiques/resultats-generales/2022-10-03/

(5) Voir la section : « Portrait socio-économique »

(*) Ce texte ne prend pas en compte la population qui ne parle ni le français ni l’anglais à la maison, évaluée à moins de 1% par le DGE.

 

 

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