À propos de l'auteur : Jean Dussault

Catégories : Québec, Société

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Jean Dussault

Le Parti québécois a voulu poser la première brique d’une éventuelle nation indépendante.

Une brique de plus de cinq cents pages.

L’idée

Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec les propositions péquistes pour reconnaître l’audace, voire la témérité de publier un tel texte.  Seuls les cyniques nieront une exemplaire transparence à quelques mois de la prochaine élection québécoise.

La langue

Le déclin de l’utilisation du français au Canada n’est nié que par des menteurs.

Or langue et culture sont indissociables de l’identité.

Il y a beaucoup de questions sans réponse dans le projet péquiste, mais il n’y a aucun doute que le poids démographique du Québec dans le Canada diminue, entraînant une logique et démocratique réduction de sa place à la Chambre des communes.(p32)

Donc de son poids politique à l’intérieur du Canada.

Inéluctablement de plus en plus réduit.

Le diagnostic est clair; le remède est sujet à débat.

D’hier à demain

Bien sûr, il est approprié de raconter le passé du Québec pour en dessiner le futur.

La défaite militaire d’il y a plus de deux siècles et demi, la fumisterie du Bas-Canada/Haut-Canada, la monarchie sempiternelle, le rapatriement et les amendements de la Constitution sans l’accord du Québec en 1982 sont autant d’éléments indéniables de ce que le document du Parti québécois qualifie de freins à l’élan du Québec.

Mais l’histoire d’avant-hier ne constitue sans doute pas un argument émouvant pour les lendemains de celles et ceux de moins de cinquante ans qui n’ont jamais voté dans un référendum sur l’avenir du Québec.

Le défi des indépendantistes est de démontrer et convaincre que leur option vaut plus et mieux pour le plus grand nombre que la situation actuelle héritée des jours anciens.

L’état des lieux

Constitutionnellement, politiquement et bureaucratiquement, la gouverne des affaires canadiennes est guidée par une idéologie multiculturaliste qui stipule et statue que, malgré la récente fête de la Confédération, le Canada n’est pas une fédération de nations mais une mosaïque d’individus aux origines culturelles diverses.

Le fils Trudeau du père du multiculturalisme a défini le pays dont il a été lui aussi premier ministre comme un état post-national.

Sniff, sniff les peuples fondateurs; bye bye la notion de nation.

Les autres nations

Seul l’essentiel chapitre du Livre bleu sur les relations avec les Autochtones n’a pas été rendu public en juin, le PQ ayant choisi de laisser les dirigeants de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador en prendre connaissance et y faire leurs commentaires.

Aux premières approches du PQ pour jaser de question de nation, l’APNQL a répliqué que la question était prématurée …(1)

Quand même, le Livre bleu présente une analyse des relations avec les nations autochtones comme aucun autre parti politique ou gouvernement ne l’a fait jusqu’ici.

Par exemple : «Le régime canadien a perpétué un modèle colonial d’assujettissement des Premières Nations(…) Principal outil à l’arsenal d’assimilation du régime fédéral, la Loi sur les Indiens a placé les Premières Nations dans un état de dépendance, régissant leur statut juridique, leurs terres, leurs gouvernements et leurs pratiques culturelles. Cette loi a institutionnalisé un contrôle étroit et arbitraire, marginalisant les peuples autochtones au lieu de reconnaître leur autonomie et leurs droits ». (p46))

Alors que, « son propre parcours historique aidant, le peuple québécois est à même de comprendre le souhait des Nations autochtones de protéger et de faire rayonner leurs langues et leurs cultures sur le territoire du Québec et à l’étranger ». (p.336)

Les premiers … et les derniers

Reflétant le discours de plus en plus restrictif du Parti québécois sur l’immigration, son Livre bleu ne montre pas une aussi grande ouverture envers celles et ceux qui immigrent au Québec qu’envers ceux qui ont accueilli, ou enduré, les premiers colons et leurs descendants.

Il prône « la convergence culturelle » qui se définit comme suit : « Le fait que la culture québécoise de tradition française constitue la culture commune et le foyer de convergence des traditions culturelles des minorités ethniques présentes au Québec. » (p19)

« Ce modèle ne prône pas l’assimilation ou l’absorption dans un creuset effaçant l’existence des autres cultures (…) Ce modèle est distinct du multiculturalisme canadien, qui segmente la population en insistant sur les différences identitaires.» (p451)

Seulement quelques pages sur plus de cinq cents s’attardent, en fait survolent la question des droits des minorités linguistico/culturelles.

Le par ailleurs magistral Livre bleu du PQ néglige de rappeler que, sans une immigration importante, la population du Québec va continuer de décroître. Tout autant dans le berceau de la nouvelle nation que dans le lit du Canada post-national.

L’argent, l’argent

Si la question nationale en était d’abord et surtout une d’argent, personne ne serait accouru aux immenses ralliements des camps du Oui et du Non à l’Auditorium de Verdun dans les jours précédant le référendum d’octobre 1995.

Sachant que la viabilité économique d’un Québec indépendant est prouvée, Jean Charest et Philippe Couillard le reconnaîtront sans hésitation plus tard, Jacques Parizeau, d’une part, et Jean Chrétien, d’autre part, n’ont pas fait ces soirs-là la comptabilité de l’avenir devant leurs partisans survoltés.

Ils en ont plutôt appelé aux sentiments, à l’appartenance. À l’âme, à la fierté, bleue ou rouge.

Rien qui cadre dans un ennuyeux et ennuyant bilan financier.

Reste que même les divorces les plus harmonieux entraînent quelques discussions, comment dire ? Terre à terre.

Trop sommairement résumé, l’argument péquiste sur l’ardue négociation entourant le partage des actifs est que le fédéral ne voudra pas assumer seul son immense dette, c’est-à-dire la faire partager par dix millions de citoyens canadiens de moins devenus citoyens québécois. Et que donc, encore indûment raccourcie, la thèse péquiste avance qu’Ottawa « échangera » certains de ses actifs situés au Québec contre une partie de sa dette que Québec assumera.

Les experts et prétendus-experts auront un plaisir fou à départager la fiction de la réalité, tout comme sur l’éventuelle monnaie québécoise où, contrairement à l’argument pendant la campagne référendaire de 1995, le PQ prône clairement la création d’une nouvelle monnaie puisque dépendre de la politique monétaire d’un autre pays n’est pas la marque de l’indépendance.

Extrait pour les non-initiés à la science monétaire :« Il existait, en 2025, environ 163 monnaies différentes dans le monde. Si le Québec indépendant adoptait une monnaie nationale, ce ne serait pas exactement prématuré.» (p189)

Donc

Le Livre bleu du Parti québécois est un mélange d’élans envoûtants pour qui veut y adhérer, de questions non résolues, ajouté de technicité par définition assommante et complété par un catalogue impressionnant de statistiques.

Et, peut-être plus important, l’exercice montre une audace, voire une témérité rafraichissante dans le débat pré-électoral. Il s’agit d’une innovation et d’une transparence inédites.

Question de transparence toujours, à travers les nombreuses versions dudit document accessibles en ligne, l’auteur de ce texte a lu celui envoyé par le Parti québécois à ses membres.

Oui madame, oui monsieur.

 

(1) La direction actuelle de l’APNQL prétend représenter 43 nations (Voir en-retrait mai 2026). L’ancien chef des chefs parlait de 43 gouvernements.(Voir En Retrait, mai 2026).

 

 

 

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