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Les Furies : inventif et imparfait comme ses joueuses
Paul Tana
À l’aréna de Waterloo, Québec, l’équipe féminine de hockey perd son temps de glace au profit des Napoléons une équipe de hockeyeurs soi-disant semi-professionnels.
Mélissa, (Gabrielle Côté), une des membres de l’équipe, explosive et belle, prend à partie son mollasson de demi-frère (Antoine Bertrand) qui gère l’aréna et est responsable de l’injuste décision. Il ne veut rien savoir. Mélissa, furieuse, l’attaque brutalement … et se retrouve condamnée aux travaux communautaires auprès du Cercle de fermières de la région pour apprendre à contenir sa violence.
C’est là qu’elle fait la connaissance d’Yvette (France Castel), une petite vieille énergique, malgré son Alzheimer, ex-championne de roller derby dans les lointaines années 1970.
Ensemble elles vont créer l’équipe féminine de roller derby de Waterloo : les Furies.
Attention « Napoléons », ces filles en patins à roulettes s’en viennent : elles jouent pour gagner et venger les torts !
Cette comédie sportive et féministe m’a fait souvent sourire. Ce que j’ai particulièrement aimé ce sont ses deux premières parties où, on raconte les déboires de la protagoniste avec son demi-frère; avec l’agent de probation : un « immigrant-de- souche- français » trop gentil et naïf (Louis Carrière); la rencontre avec Yvette au Cercle des fermières; le cadre familial de Mélissa : son mari( Antoine Pilon) de qui elle est plus ou moins séparée mais qui va faire son lavage chez elle parce que c’est elle qui a gardé la laveuse, ses jumeaux, sa sœur « space et pas vite vite » ( Anne-Elisabeth Bossé avec sa merveilleuse capacité de transformation).
Mélissa, entrepreneure en construction de Waterloo, règne avec bonté, malgré son caractère un peu trop sanguin, sur ses gens et les Furies qui vont naître peu à peu sous nos yeux.
On y raconte aussi la formation folle, absurde, loufoque de cette équipe improbable. Nos furies sont à la fois vraies et caricaturales, justes et outrancières. La policière grande, blonde, forte et tout à fait nulle sur ses patins (Debbie Lynch-White), les deux « latinas » : la mère et sa fille lesbienne ( Ximena Ferrer, Nathalie Doummar), Roxane la patineuse artistique ironique, victime de violence conjugale ( Juliette Gosselin); Kim(Samantha Fins), la vidangeuse noire vibrante de vitalité et son « whip » naturel. Avec Yvette comme entraîneuse et Mélissa comme capitaine : « Sky is the limit », comme on dit en anglais…
Il y a une vérité tangible dans ces deux premières parties du film : elle est créée par le choix précis et inspiré des acteurs, par la cohérence de l’écriture dramatique, la capacité d’imitation de l’auteure, par la mise en images très juste de la réalisatrice, par la justesse du choix des lieux (le sous-sol d’église), par la conception des décors (la maison de Mélissa, celle de Roxane).
Vraiment un beau travail.
Mais ces Furies si sympathiques m’ont déçu dans le dernier acte du film.
Mis à part Roxane qui laisse tomber son mari violent et rejoint les Furies, les situations dramatiques qui se dénouent ici (le pari entre Mélissa et son demi-frère , leur réconciliation ou le match contre Montréal gagné par nos « underdogs ») sont traitées avec une certaine superficialité.
Comment ont fait les Furies pour gagner le match ? Par quel miracle ? Il aurait été intéressant d’imaginer la stratégie la plus délirante ou les hasards les plus invraisemblables pour faire en sorte que cette victoire existe, là sur l’écran. Mais ce n’est pas le cas …
Quant à la réconciliation, elle aurait mérité un développement plus approfondi, compte tenu de l’enjeu du pari qui lie Mélissa à son demi-frère : elle joue le tout pour le tout !
C’est la même chose avec Yvette, l’héroïne trop tardive de la fin du film. Elle y occupe une place centrale mais sans l’avoir nécessairement gagnée. Ce sont les auteurs, la scénariste particulièrement, plus que ses personnages, qui élèvent cet autel au legs et à la mémoire de leur vieille et énergique entraîneuse.
On perd, dans cette dernière partie du film, la précision dont la scénariste a fait preuve dans les deux premières. On pourrait dire qu’elle brille dans la description de tous ses personnages mais trébuche, parfois, en les développant.
Il y a enfin ces voix off qui nous rappellent l’héroïsme des femmes, des mères de notre monde : « Puissantes comme des catastrophes naturelles… »
Utiles ces messages ?
Je ne crois pas. Vous savez ce que Hitchcock disait à leur propos …
Je préfère les folies des Furies sur la piste de roller derby dans le sous-sol d’église de Waterloo, à cette rhétorique féministe essentiellement didactique. Ces folies sont bien plus convaincantes et drôles et constituent la véritable et vive « défense et illustration » de la cause féministe.
Avec ce film j’ai découvert une très belle équipe d’artisans, des acteurs de talent et, surtout, l’inventivité d’une scénariste pleine de promesses : Gabrielle Côté.
Les Furies. Réalisation : Mélanie Charbonneau, Scénario et dialogues : Gabrielle Côté. Avec : Gabrielle Côté (Mélissa), Anne-Élisabeth Bossé (Cassandre), France Castel (Yvette), Juliette Gosselin (Roxanne), Aurélia Arandi-Longpré (Léa), Debbie Lynch-White (Suzie), Lyraël Dauphin (Simone), Ximena Ferrer (Sonia), Nathalie Doummar (Amira), Sandrine Bisson (Kathleen), Samantha Fins (Kim), Thérèse Perreault (Janine), Carmen Sylvestre (Denise), Florence Boulé-Moineau (Noémie), Antoine Bertrand (Antoine), Antoine Pilon (Brian), Louis Carrière (Florian), Maxime De Cotret (Éric).
Production: Émilie Beaulieu, Sarah Châtelain, Stéphanie Pages. Productrice déléguée : Estelle Champoux. Producteur exécutif: Luc Châtelain. Société de production: Écho Média. Photographie : Ariel Méthot. Montage images : Isabelle Malenfant, Matthieu Bouchard. Pays : Québec, 2025 – Durée: 1h47m – Langue V.O.: français
Étoiles : ***


