À propos de l'auteur : Paul Tana

Catégories : Cinéma

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Nina Roza de Geneviève Dulude-Decelles : un film québécois en compétition officielle au Festival de Berlin 2025 où il a remporté le prix du meilleur scénario : ce n’est pas rien !

Paul Tana

Le film raconte l’histoire de Mihail (Galin Stoev) un curateur/commissaire bulgaro-montréalais qui décide de retourner dans son pays après presque trente ans, pour rencontrer un jeune prodige de la peinture abstraite qui a fait son apparition éclatante sur les réseaux sociaux du web. Le galériste  pour qui il travaille (Christian Bégin) est enthousiaste : il y a peut-être beaucoup de dollars à faire avec la petite peintre bulgare. Lui il l’est beaucoup moins et veut voir de plus près ce cirque « tiktokien ».

Il prend l’avion et le voilà de retour dans sa patrie à la recherche de la jeune virtuose : Nina, interprétée, par deux jumelles : Sofia et Ekaterina Stanina.

Presque trente ans auparavant il faisait le voyage inverse et débarquait à Montréal avec sa fille Roza (Michelle Tzontchev) après la mort de sa femme, la mère de Roza.

Aujourd’hui Roza est adulte, elle a un enfant, mais il y a toujours un vide en elle : sa mère dont elle sait trop peu de choses. Elle reproche à son père de ne jamais lui parler d’elle, ni de la Bulgarie. Pourquoi ? Face à ces questions il demeure muet et distant : énigmatique.

En Bulgarie, Mihail réussit à retracer Nina et, peu à peu, avec patience et attention, il établit avec elle une relation de confiance et va ainsi pouvoir l’aider à définir ses choix face à son art et à sa jeune vie : contrer les miroitements des beaux-arts et ses marchands; rester dans son village, dans ses terres avec ses amis.

Nina Roza, le titre du film est donc fait avec les prénoms de ces deux êtres chers à notre curateur.

Curare, prendre soin, soigner, c’est ce que signifie ce verbe en latin et en italien et il est à l’origine de « curateur ».

C’est ce qu’on nous apprend à la fin du film et c’est à ce moment qu’on pose une question : est-ce que Mihail a pris bien soin d’elles ? De la toute jeune artiste et de sa fille ?

J’avoue que la question m’a déstabilisé, pris par surprise comme si elle avait surgi de nulle part. Tout cette histoire pour aboutir à une telle question basée sur l’étymologie de « curateur » ?

Ça ressemble à une pirouette narrative qui installe la fin du film dans un belle mais stérile abstraction qui révèle des intentions brillantes, certes, mais désincarnées parce qu’il manque, entre autres, une exploration véritable de la relation entre Mihail et Roza; une interrogation plus substantielle du phénomène du « jeune prodige » en art.

Beaucoup plus incarnée est la trame du récit dédiée au retour de Mihail dans son pays natal. La caméra s’attarde sur son visage, les campagnes qu’il traverse, les paysans qu’il rencontre : une géographie du retour qui culmine dans la belle scène du souper avec sa famille retrouvée après tant d’années, le sermon que lui administre sa sœur, la caresse douce à son menton barbu après la colère : de très beaux et justes moments.

Mais même belle cette géographie se perd parfois dans le cliché : les trop longs chants villageois autour du feu de joie, par exemple. Ces images révèlent la fascination naïve de la « touriste » qu’est, malgré tout, la réalisatrice dans cette réalité qui n’est pas la sienne mais qu’elle essaie de toutes ses forces d’appréhender avec la plus grande sensibilité, attention, précaution.

On peut poser la question suivante : pourquoi avoir fait un film sur le retour au pays dans un pays qu’on connaît somme toute peu, qui n’est pas son propre pays ?

24 versions du scénario pour raconter cette histoire. Pourquoi se compliquer la vie à ce point ?

Malgré/avec sa dimension un peu trop désincarnée, il faut dire que le film brille, au niveau visuel. La réalisatrice travaille avec une maestria remarquable ses plans et sa mise en scène : je pense à cette scène où Mihail et sa fille reviennent à la maison : elle entre dans une pièce, il la suit puis revient dans le corridor : il y demeure seul, immobile debout pendant un moment … L’image évoque bellement, à ce moment précis, le rapport trouble entre les deux personnages !

Malheureusement cette clarté n’est pas toujours au rendez-vous dans le film, voilée par ses intentions abstraites et le glissement presque involontaire vers un certain exotisme.

Pourquoi se compliquer à ce point la vie ? C’est la question que je me posais en sortant du cinéma Beaubien. La simplicité c’est ce qu’il y a de plus difficile dans l’art et dans la vie, c’est « la sophistication suprême » comme l’a si bien écrit Leonardo da Vinci.

 

 

« Nina Roza »

Écrit et réalisé par Geneviève  Dulude-De Celles

Festival de Berlin 2025 : Ours d’argent pour le meilleur scéanario.

Avec : Galin Stoev, Sofia et Ekaterina Stanina, Michelle Tzontchev,Christian Bégin, Chiara Caselli. Production : Fanny Drew, Sarah Mannering. Direction de la photographie : Alexandre Nour-Desjardins. Montage : Damien Keyeux Musique : Joseph Marchand.

Une coproduction Québec-Italie-Bulgarie-Belgique, 2026.

Durée : 104 minutes

Étoiles : ***1/2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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