À propos de l'auteur : Pierre Deschamps

Catégories : Livres

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Crédit photo : Cosquer Méditerranée

Juillet, c’est le temps des vacances, comme on le chantait autrefois. Juillet, c’est aussi un mois de transhumance humaine, une période qui défie toute logique, qui donne lieu aux déplacements saisonniers de millions de bipèdes, seuls, en couple, en famille, en groupe, en avion, en train, à cheval, à vélo, à pied, vers des destinations dont la promotion n’est plus à faire. À la recherche d’un endroit à découvrir, hors les sentiers habituels, il y a une grotte, visitée de 33 000 à 19 000 avant notre ère, non par des touristes, mais par des Gravettiens d’abord puis des Épigravettiens ensuite. Une grotte découverte au hasard d’une plongée par Henri Cosquer, laquelle porte son nom depuis 1991.

Pierre Deschamps

La saison estivale touchant à sa fin, Henri Cosquer, un plongeur et scaphandrier expérimenté, décide en septembre 1985 d’explorer à proximité du cap Morgiou, situé entre Marseille et Cassis, les beautés sous-marines du massif des Calanques.

Ce jour-là, par trente-sept mètres de fond, il pénètre dans une ouverture d’un mètre de haut sur deux mètres de large. Entré sans lampe dans ce tunnel de plus en plus sombre, il décide, après une vingtaine de mètres. de rebrousser chemin.

Un pressentiment

Il y reviendra quelques jours plus tard, muni cette fois d’une torche électrique. Arrivé lors de cette nouvelle visite au fond d’une impasse, le plongeur fait demi-tour, non sans avoir pressenti que « le petit trou au pied de la falaise cache un réseau souterrain et sous-marin qu’il lui faudra revenir explorer ». Il y retournera plus tard en septembre, en progressant encore plus loin dans le boyau, stoppé alors par un rétrécissement qu’il préférera ne pas franchir.

Un décor inattendu

En octobre 1985, il replonge, dépassant ce rétrécissement qui bientôt va s’élargissant pour aboutir devant une multitude de colonnes de pierres pétrifiées qui « se dresse dans une immense salle aux volumes tourmentés ».

En braquant sa torche vers le plafond de la salle engloutie, il réalise qu’il y a de l’air plus haut. Sortant la tête hors de l’eau, Henri Cosquer émerge dans une partie de la cavité située au-dessus du niveau de la mer. Un spectacle fabuleux se dévoile devant lui au fur et à mesure que sa torche balaie ce qui l’entoure : stalactites, stalagmites, concrétions, draperies, voûtes penchées et parois de calcaires aux teintes orangées.

Quand sa lampe torche et sa lampe électrique de secours cessent de fonctionner – presque simultanément –, le plongeur rebrousse aussitôt chemin dans le noir le plus total. Sa mémoire des lieux lui vaudra non sans frayeur d’avoir la vie sauve.

Un musée immergé

Sans doute marqué par cet incident qui aurait pu lui être fatal, Henri Cosquer reviendra dans la grotte immergée le 9 juillet 1991 en compagnie de trois autres personnes. Ce jour-là, Henri Cosquer et ses compagnons progressent vers une salle inconnue où ils « tombent en arrêt devant plusieurs mains humaines dont l’image se détache dans le faisceau des lampes ».

En progressant dans la grotte, le quatuor repère la présence de dizaines de représentations ornées : « De nouvelles mains en grand nombre, dites “négatives” car elles ont été obtenues en projetant du pigment noir ou rouge sur la main posée sur la paroi, à la façon d’un pochoir .» Des mains d’adultes et d’enfants.

Mais ce n’était rien à côté de ce que leurs yeux apercevront ensuite : chevaux, cerfs, bouquetins, bisons, phoques, chamois, poissons, pingouins, mégacéros, antilopes et, étonnamment, un félin d’une espèce indéterminée. Tout un bestiaire d’images qui se révèleront être des manifestations d’un art primitif, riche de plus de 550 « entités graphiques ».

Un sanctuaire classé

Le 3 septembre 1991, Henri Cosquer se rend dans les bureaux de l’administration des Affaires maritimes, à Marseille, pour y déclarer sa découverte, exposant au regard de fonctionnaires ébahis de nombreuses photos des parois d’une grotte qui ne porte pas encore son nom.

Quelques jours plus tard, les conclusions d’une mission d’expertise scientifique de la grotte sont sans appel : la grotte Cosquer a bel et bien été « décorée par des populations de chasseurs-collecteurs du Paléolithique supérieur, comme d’autres sanctuaires tels que Lascaux, Niaux ou Altamira ». C’est à ce moment-là « que la grotte va basculer définitivement dans l’histoire ».

La Provence, qui n’avait jamais livré de grotte ornée du Paléolithique, tient dès lors son premier musée d’art pariétal. Un arrêté du ministère de la Culture du 2 septembre 1992 fera d’ailleurs en sorte que la grotte sera « classée au titre des monuments historiques avec son environnement immédiat ».

Une grotte muséalisée

De 1994 à 2017, trois campagnes de numérisation de la grotte Cosquer seront lancées, la toute dernière donnant lieu à un relevé de « plus de 10 milliards de points en 3D [et l’enregistrement de] plus de 5To (Téraoctets) de prises de vue photogrammétriques ».

Les autorités ayant installé une grille à l’entrée de la grotte pour éviter toute incursion – une visite par des plongeurs amateurs ayant fait trois victimes en 1991 –, de ce trésor peint et gravé dans une grotte inaccessible à pied depuis près de 9 000 ans, il ne serait resté que des photographies et un court film si, en décembre 2016, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur n’avait décidé de soutenir la création d’un « projet de valorisation du patrimoine archéologique régional de la Grotte Cosquer ». Projet qui prendra la forme d’un bâtiment blanc construit à côté du Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), situé sur le port de Marseille.

C’est dans cette nouvelle construction, ouverte au public dès 2022 et inaugurée officiellement par le président Macron en 2023, que sera installée une réplique de la grotte Cosquer, à une échelle de 96 %.

Un parcours sur l’eau

Limitée aux dessins et aux gravures les plus remarquables, cette reproduction partielle a recréé un lieu unique que les visiteurs parcourent à bord de nacelles flottantes. À faible vitesse, ils cheminent le long d’un circuit dont l’éclairage donne l’impression d’y pénétrer à la lueur d’une torche électrique. En 2025, le site a accueilli plus de 360 000 visiteurs qui ont ainsi pu admirer ce joyau de l’art pariétal, dans un environnement dont la température est constamment maintenue à 18 degrés.

L’édifice de Cosquer Méditerranée compte également une galerie où sont reproduits grandeur nature des animaux peints ou gravés dans la grotte : bison, antilope, pingouin et autres espèces de l’époque paléolithique.

Un ouvrage bien documenté et illustré

Sous le titre La grotte Cosquer révélée. Les secrets du sanctuaire préhistorique englouti [1], les éditions SYNOPS ont réalisé un ouvrage richement illustré qui plonge le lecteur dans l’histoire d’une découverte fortuite due à la curiosité d’un plongeur émérite.

Ouvrant sur un chapitre consacré au massif des Calanques, l’ouvrage renferme des chapitres fort bien documentés sur la vie a au temps du Paléolithique, la découverte et de l’authentification du site, l’aventure de la saisie en 3D du moindre détail des parois de la grotte, le récit de la construction de l’édifice qui accueille une réplique d’un site unique en Provence.

S’ajoutent  à cette abondance d’informations des témoignages de spécialistes (préhistoriens, géologues, archéologues, monitrice de plongée) qui racontent chacun à sa manière l’émerveillement suscité par leur passage dans la grotte et leur contribution à l’histoire de cette « bulle de mémoire emprisonnée dans le calcaire ».

En outre, quantité de photos, le plus souvent pleine page, restituent une foule de détails de la grotte découverte par Henri Cosquer. Comme si on y était presque…

[1] Pedro Lina, La grotte Cosquer révélée. Les secrets du sanctuaire préhistorique englouti, les éditions SYNOPS, Marseille, 2021, 238 pages.

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